En septembre 2016 La Souris Qui Raconte publiait « Ma rentrée colère » ! Sa sortie web était le 23, mais cet ouvrage, qui me tient particulièrement à cœur devait s’ouvrir sur d’autres perspectives.

Dans notre métier d’éditeur, nous faisons sans cesse des choix. Le premier que j’ai fait a été celui d’être un « pure-player jeunesse » . Cela fait quelques années maintenant. A la question récurrente qui m’était souvent posée : « et le papier dans tout ça ? » , je n’ai jamais répondu non ! Ma réserve de ne pas alourdir les tables des libraires dans un système de diffusion/distribution où je ne suis pas légitime, était un de mes freins.

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Tout est question de choix et de timing !

pic_2Lorsque mes amies et éditrices de L’Apprimerie (également créatrices de Carte à Lire) m’ont proposée de co-éditer cet ouvrage-ci, j’ai été séduite. Là où je n’avais pas le savoir faire que j’ai sur mes livres numériques, elles m’apportaient leur connaissance de la diffusion et de la distribution, avec une logistique rodée. Par ailleurs la déclinaison papier prenait tout son sens puisque elles avaient développé l’ebook interactif de « Ma rentrée colère » en Carte à Lire, et que leur marque de fabrique est le combo livre papier + ebook interactif !

Je suis donc particulièrement fière de vous annoncer la sortie en librairie de Ma rentrée colère, dans un joli format et imprimé sur un joli papier (qui pue bien l’encre, quoi qu’on en dise). Le livre est écrit par le talentueux Eric Sanvoisin, illustré par la non moins talentueuse Anna Obon (mais vous le saviez déjà) et lu par Robin Sevette, génialissime (dans la version papier vous aurez ce supplément magique, en téléchargeant gratuitement l’ebook) !
Nous aurons le privilège de présenter l’ouvrage à un parterre de libraires et de bibliothécaires à l’occasion d’un petit déjeuner à Fontaine O Livres le mardi 24 octobre de 9h30 à 11h (accès libre sur inscription).

Les librairies partenaires sont référencés ici (ça en fait un sacré paquet). Vous pouvez aussi nous solliciter en direct, La Souris Qui Raconte ou encore L’Apprimerie.

Pour terminer, et à l’approche du salon de Montreuil, le livre sera en vente sur le stand de L’Apprimerie (niveau 1). Eric vous le dédicacera avec tout son amour des mots, le lundi 4 décembre de 11h à 13h.

 

 

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Pas beaucoup de découvertes à faire sur les livres applications pour les enfants ces derniers temps, ne trouvez-vous pas ? Mon coup de cœur, deux en fait, et pas des moindres, publiés sur les stores depuis quelques mois, suivez le fil… ou le trait !

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« Moi, j’attends » & « La grande histoire d’un petit trait » d’après les livres éponymes de l’excellent Serge Bloch, abordent tous deux, à leur manière, le thème de la transmission. Dans le premier, il est question d’un fil rouge qu’un petit garçon (que l’on voit devenir homme) nous demande de tirer avec lui pour « avancer » dans l’application et attendre… Noël… la fin de la guerre… que ce soit l’autre qui demande pardon… ou encore qu’il y ait un nouveau petit dans la famille ! Dans « La grande histoire d’un petit trait » (rouge lui aussi), un petit garçon (encore) se promène et aperçoit un petit bout au bord du chemin. Il va le ranger avec ses trésors, l’oublier et s’en rappeler… le petit bout prend alors vie invitant l’enfant à dessiner quelque chose. Et par là-même, nous aussi ! Et l’on va dessiner avec ce petit garçon, dans cet univers onirique et tout à fait charmant, où le temps passe, tranquille, mouvementé, malicieux ! Jusqu’à la séparation… et la transmission !
La différence majeure entre ces deux livres applications réside dans ce que l’un et l’autre proposent comme interaction. Dans le premier, le lecteur clique sur le fil rouge pour continuer la narration. Dans le deuxième, c’est le dessin qui est moteur, nous propulsant créateur-explorateur ! L’enfant va adorer, non seulement il va dessiner, mais ses dessins vont prendre vie dans d’autres moments du livre… parce que « la vie est magique » !

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Super bien fait l’un et l’autre, tendre et drôle, ces deux applications ne répondent pourtant pas au même modèle économique. J’aime bien cette expression, c’est grâce à elle que l’on gagne, ou non de l’argent !…
La première est payante (2,99€ sur l’AppStore), quand la deuxième est gratuite (mais comment gagne-t-on de l’argent si c’est gratuit ? Guère plus avec un prix de vente à 2,99€ !).

Le sujet de la gratuité se pose souvent dans l’édition numérique. Question qui ne viendrait à l’esprit de personne pour des objets physiques (des livres par exemple). Entre 0€ et 2,99€, dont il faut avoir à l’esprit que seul 1,49€ revient au « publieur » , c’est bonnet blanc ou blanc bonnet. Il faut donc trouver l’argent ailleurs. France Télévision est coéditeur des deux livres applications, et si on a presqu’autant de monde crédité à l’un qu’à l’autre, le soutien financier n’a pour autant pas été le même. En effet au-delà d’avoir obtenu un meilleur accompagnement au niveau des régions et autre CNC, « La grande histoire d’un petit trait » a bénéficié d’une campagne Ulule pour une cagnotte collectée d’environ 15 000€. Et c’est tant mieux, tant mieux pour cette très belle création ! Ce qui me gêne un tout petit peu aux entournures, c’est France Télévision dans le casting, associée à une campagne Ulule (il n’est d’ailleurs fait aucune mention de FTV dans le pitch)… Par ailleurs, et c’est surtout là où je veux en venir, propulser cette œuvre gratuitement, complique considérablement la légitimité d’un modèle de développement payant des applications. Et si France Télévision peut se le permettre, ce ne sont certes pas les petits éditeurs numériques, de moins en moins nombreux.

Ma question est donc la suivante, et si quelqu’un à l’autre bout du tuyau pouvait me répondre, j’apprécierais grandement. Si l’édition numérique jeunesse semble ne pouvoir s’affranchir d’un géant de l’audiovisuel pour proposer des œuvres comme celles présentées ici, ou encore « Le dernier Gaulois » ou « Phallaina » , pourquoi le faire gratuitement ?
Ça ne rend pas service au marché, et par voie de conséquence, ça ne rend pas service aux éditeurs pure-player jeunesse… Les survivants !

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Le très bel article publié sur le blog de Walrus m’a inspiré ce commentaire via le blog de La Souris Qui Raconte.
Bien que nos deux secteurs d’activités soient très éloignés, il n’en reste pas moins que nous sommes tous deux des éditeurs « pure-player » , et, si je suis tristement d’accord avec ce qu’on y lit, je ne suis pas d’accord sur le « si cela ne fonctionne pas, c’est que nous n’allons pas dans le bon sens » !

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D’abord c’est quoi le bon sens ? Une direction bien sûr, une bonne direction. Mais c’est aussi ce que Descartes nous en dit dans son Discours de la méthode :
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup d’avantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en éloignent. »
Et si nous avions, vous et moi, cette clairvoyance ? Si nous étions ceux qui marchent fort lentement ? Et si nous voyions comme une évidence ce qui ne l’est pas, parce que nous ne sommes pas aveuglés par une obligation de rentabilité immédiate ? Si nous n’empruntons pas la trajectoire bien tracée que le troupeau éditorial encombre, c’est que nous sommes mus par une conviction qui, si elle n’est pas lucrative, nous fait combattant chaque matin, nous laissant nos libertés d’action et de choix, au-delà des luttes intestines de pouvoir des maisons bien installées. Ce que nous faisons, nous le faisons parce que depuis le début nous y croyons. Croire, c’est avoir la foi, une morsure constante aux tripes qui nous fait avancer fièrement. Mais demandons-nous si ce à quoi nous croyons fait l’affaire du marché éditorial bien rodé, dont la prise de risque se résume, majoritairement, à miser sur de l’ultra « bankable » ?  Comment aurait évolué le livre numérique dont vous parlez, si des grandes maisons s’y étaient durablement intéressées ? Certaines s’y sont risquées (peu), reconnaissons-leur cette audace, mais le manque de succès immédiat les en a rapidement détournées. Or entre 2010 et 2017, sept petites années se sont écoulées, alors que l’édition a émergé au XVIIIe siècle, notre métier « pure-player » reste encore tellement jeune !

Si j’ai en mémoire quelques exemples de livres numériques à ressortir de mes chroniques de blog : Le dernier Gaulois ou encore Phallaina produits tous les deux par France Télévision et proposés en consultation gratuite, force est de constater qu’ils ne sont pas légion, et en cela votre route est encore longue. Les deux œuvres embrassent vos convictions. Pas de page, et du scrolling horizontal ou vertical. Mais ne trouvez-vous pas qu’elles n’en restent pas moins du livre ? Un objet de narration qui permet l’évasion, affûte l’imaginaire et nourrit notre esprit ?
Ce n’est pas parce que nous avons appelé le livre numérique du même nom que le papier que celui-ci tarde à émerger. Une maison d’édition papier se distingue d’une autre, et pourtant elles produisent toutes deux du livre. Nous n’avons rien reproduit ! J’aime à croire que vos livres sont uniques et qu’ils ont le goût et l’appartenance de votre maison. Tout reprendre depuis le début laisse entendre que vous avez fait fausse route. Est-ce vous, vraiment ? Ou est-ce le marché vicié par l’oligopole éditorial du papier ? Vous avez fait des expériences audacieuses et courageuses. Continuez devant, explorez, défrichez, mais ne reprenez pas depuis le début, vous auriez perdu 7 ans.

 

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19 | 12
2016

C’est Cathy Dutruch, première auteure de La Souris Qui Raconte si vous regardez la rubrique « LES AUTEURS » qui nous fait à tous un merveilleux cadeau. Elle nous offre un texte, rien de moins ! Un très beau texte « Et si moi je veux la lune ? » que je vous invite à découvrir plus bas. Mais avant tout, comment naît une idée et ce qu’on en fait quand on y adhère. Explications !

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Si vos rêves sont beaux, le sien est différent

Cathy : L’école de Corre est une école que je connais bien. J’ai mené un projet artistique de grande envergure l’an dernier avec deux écoles dont celle-ci, 98 élèves : projet d’écriture, théâtre d’ombres et danse. L’autre école était celle de Vauvillers.
Les classes concernées sont les classes de cycle 3, CE2-CM1 et CM2. J’avais proposé cette année de revenir dans l’école de Corre suite au projet des instits de cette année, qui consistait à étudier mes livres, surtout l’ouvrage « Que fait ce loup là ? » aux éditions Points de Suspension.
Je devais donc revenir en classe pour répondre aux questions des gamins, sur comment on fait un livre, comment on l’écrit, comment on est ou devient auteur, etc…
Ma venue étant programmée un peu avant Noël, j’ai également proposé la lecture d’un conte que j’avais écrit. Il se trouve que j’en avais prévu un autre, mais au dernier moment, j’ai pensé que celui-ci serait super à illustrer, pour un travail d’art plastique en classe.
Je leur ai donc expliqué comment l’illustration se pense. Qu’elle ne fait pas que illustrer, qu’elle explique ou donne même la solution au lecteur. Nous avons ensuite parlé de La Souris Qui Raconte. J’ai expliqué le livre numérique, le travail des illustrateurs, conteurs, éditeurs, etc… Expliquer comment ça fonctionne et pourquoi il n’existe pas que les livres papier, ce qu’apporte l’interactivité… Le boulot technique, la musique… Je leur ai dit que cette histoire je l’offrais à Françoise de La Souris Qui Raconte, mon éditrice préférée (sic).
J’ai pensé ensuite que ce serait chouette pour eux de participer, puisque cette histoire je l’offre à La Souris, mais également à tous les enfants du monde qui pourront la lire sur le site.
L’envie d’offrir ce que je sais faire, écrire ! Un geste, une envie de donner, parce que nous donnons si peu !
Et puis c’est aussi une dédicace personnelle pour mon petit-fils qui va naître d’ici quelques jours.
Alors tout cela fait que j’ai proposé aux enfants de l’école de participer. Nous avons parlé de tout. Du monde, de l’envie de réaliser des rêves ! Que nous avons tous le droit de demander la lune ou d’aller la décrocher. Que rêver d’un monde meilleur nous rend meilleur nous-même et que si nous vivons des époques terribles, nous devons nous saisir de ce que nous avons et nous accrocher aussi bien à notre terre, qu’à la lune rêvée !
J’ai dit aux enfants que les illustrations qui seraient sélectionnées, seraient récompensées. Je leur offrirai des livres, LSQR leur offrira des affiches et des marques-page, ils seront très heureux. Ce sont des enfants formidables !

C’est ce que m’écrivait Cathy au moment où grandissait son idée. Alors merci Cathy pour ce merveilleux texte qui est tellement dans les valeurs que LSQR défend. Amour, partage, tolérance… Merci aux enfants qui m’ont adressé leurs œuvres, toutes pleines de joie. Et même si je n’ai pas pu les présenter intégralement ici, chaque enfant créateur mérite d’être remercié personnellement.
Je vous dis ici toute mon admiration pour vos très belles images, et vous souhaite un très joyeux Noël !
Et si… Et si…

ET SI MOI, JE VEUX LA LUNE ?

C’était un bien étrange magasin, dans une bien curieuse ville.
Il n’était ouvert que le soir et pour cause, puisqu’on y trouvait des étoiles.
Sur des étagères, bien rangées, les étoiles s’amoncelaient, de la poussière cosmique aussi, que l’on pouvait toucher, de la fine poussière d’étoile qui brillait, de la poudre aux yeux pour les songes.
C’était cela le magasin, un étonnement, un exploit dans ce monde.

La cloche tinta, une petite fille entra.
– Petite Ourse, ou grande Ourse ? Demanda la femme aux cheveux longs.
Elle s’approcha de la vitrine où était rangée la constellation.
Nulle autre qu’elle n’aurait pu tenir cette boutique.
Sans doute parce qu’elle avait le regard de ceux qui reviennent de très loin, ceux qui ont beaucoup vécu, ainsi qu’un sourire à vous tordre le cœur. Ce sourire là ouvrait les portes du monde, était empreint de générosité, d’élan envers les autres.
– Petite Ourse, ou grande Ourse ? Répéta-t-elle encore une fois.
L’enfant répondit timidement, en ouvrant grand ses petites mains.
– Grande Ourse, Madame. Merci beaucoup.
L’enfant s’en fut, et la cloche de la porte d’entrée tinta aussitôt.
Un nouveau venu fît son entrée.

– Bonsoir ! Une Etoile Polaire, s’il vous plaît ! J’ai besoin de fraîcheur. De grands espaces et de quoi me repérer !
– En ce cas, prenez plutôt l’étoile du berger, suggéra la belle dame. On ne sait jamais, si vous vous perdez…
– Avant de choisir ma destination, je suivrai donc votre conseil !
Le jeune homme sourit, en emportant l’étoile dans son sac de voyage.

Il y avait les habitués de la boutique. Ceux qui chaque nuit, avaient besoin d’une étoile où habiter. Un rêve à abriter, une signature à emporter, un ailleurs qui brille, ou l’histoire d’un monde inconnu dont eux seuls parlent la langue. Il y avait aussi les clients de passage. Ceux qui, d’étoile en étoile, se répètent l’adresse, font une halte secrète, une petite soif de grands espaces et de voie lactée.

On ne payait jamais, c’était gratuit, même si on l’appelait le « magasin ». Qui aurait eu l’idée d’avoir inventé la monnaie pour toucher de près Orion, Véga ou l’Étoile du Chien ? Les constellations côte à côte étaient tout simplement gratuites, à prendre, à rapporter, à emporter, à déguster, à échanger, à contempler.
Il suffisait d’en sentir une, la humer, écouter son trajet, la regarder filer, et quand elle vous échappait, elle traçait dans la nuit un trait furieux, argenté qui vous rendait la liberté. Absente, elle vous accompagnait malgré tout.

Pourtant, cette nuit-là, toute à sa douceur, la dame brune vit entrer un garçon, fort maigrichon et agité. La cloche tinta, il salua et demanda tout droit :
– Et si moi, je veux la lune ?
S’il y avait d’autres personnes présentes, elles furent toutes très étonnées. Curieuses, inquiètes même, qu’allait-il se passer ?
– Nous n’avons pas la lune, ici, à proposer, répondit la dame embarrassée et elle jeta un coup d’œil furtif de tous côtés…
Le maigrichon repartit, et sa lèvre trembla, comme s’il allait se mettre à pleurer.

Une femme plus âgée, mit ses mains sur les hanches et ne put s’empêcher de commenter.
– Et puis quoi encore ? Il veut la lune ?
Mais la dame aux longs cheveux ne releva pas, elle continua à servir les uns et les autres, ceux qui sont déçus, ceux qui sont enthousiastes, ceux qui ne tiennent pas en place, ceux qui ne rêvent pas assez. Ils étaient si nombreux…
L’enfant si fin si menu revint le lendemain, dès la nuit tombée. Le magasin était bondé !
Il dit bonsoir, cet effronté et demanda :
– Et si moi, je veux la lune ? Qu’est ce que je fais ?
La belle dame des nuits d’Alpha du Centaure pencha la tête de côté.
Visiblement émue, bouleversée.
– Petit, pourquoi la lune ?
– Parce que. Et ce fut son unique réponse.

Encore une fois, les habitués s’exclamèrent, y allant de leurs commentaires.
– Mais parfois, nous-mêmes, nous contentons nous de lucioles, de vers luisants, les jours où le ciel est bien sombre !  Nous n’avons pas toujours une étoile à nous mettre sous la dent ! Et celui-là insiste et réclame la lune !

La dame si belle et si brune secoua ses longs cheveux. En regardant ses yeux, vous auriez pu y voir quelques paillettes, des soucis, un souvenir de mère.
Il était déjà reparti, le petit insolent.
Il y eut foule, le lendemain, je peux vous dire, afin de le croiser ce gosse incroyable ! De se moquer. Et même de le plaindre. Beaucoup s’étaient donné le mot et s’attendaient au pire. Il entra, comme si de rien n’était et à son air obstiné, la dame constata qu’en lui, rien depuis la première fois n’avait changé. Il dit bonsoir, comme à l’accoutumée, et tout de suite après :
– Et si moi, je veux la lune, s’il vous plaît ?
– Et si je n’ai pas la lune, à te donner ?
C’était un brouhaha, un concert d’exclamations. Des cris, de la colère. Une véritable manifestation.
– Il veut la lune, celui-là ! Il veut la lune ! Venez voir un enfant gâté !
C’est un caprice ! On n’a pas idée !

L’enfant repartit regardant droit devant lui.

Il y eut bien entendu le lendemain, une foule pressée, très énervée qui se précipita dans le magasin, au risque de tout renverser. Il y en avait partout des gens furieux, indécis, contrariés ! En rangs serrés, ils s’agglutinaient devant la porte d’entrée. Ils ne virent pas, du coup, l’enfant maigrichon et un peu affolé, qui tentait de se frayer un passage. Il y parvint, pourtant, et ce fut la surprise, lorsque la toute petite voix déclara.
– Et si moi, je veux la lune ?
Le silence se fit soudain autour de lui. Tout le monde regardait, sidéré. La belle brune sentit alors briller d’un coup toutes les étoiles invisibles à l’œil nu. Elle s’approcha de lui, et ouvrant grand les bras, elle la lui donna.

Oui, la lune, elle lui donna, vous avez tous bien entendu ! Énorme, ronde, belle, lumineuse et orange. Une lune entière et pleine, une lune de roi qui brillait dans ses mains d’enfant ! Le tumulte monta. Les protestations. Les cris. La jalousie. L’envie ! La foule déchaînée se mit à réclamer :
– Qui est-il, d’où vient-il ? Que se permet-il ? Incroyable !
L’enfant souriait en tenant dans ses bras comme un gros chat orange qui aurait commencé à ronronner. Une lune vivante, un bonheur évident. Dans la nuit très bruyante, les cris et les plaintes des autres, l’enfant quitta les lieux, les mains illuminées par cette grosse lune orange, qui prenait toute la place dans sa vie. Et la belle dame brune, qui le suivait des yeux, la dame aux cheveux longs serrés dans un filet doré, la belle dame brune d’Alpha du Centaure ou de la maison d’à côté leur expliqua à tous, les autres plein d’envie, ceci que vous devez écouter :

– La lune, il faut la demander, avant tout ! La vouloir pour de vrai, la désirer au fond du cœur, avec insistance et sincérité ! Il l’a fait, il est venu si petit, si menu, tout seul et au milieu de vous, pousser la porte du seul magasin de rêves du quartier… Et chaque jour vous l’avez regardé, de travers, en dessous, de côté, faire ce que vous n’auriez jamais osé. Vous l’avez entendu insister, me prier de la lui donner. Si vos rêves sont beaux, le sien est différent et que vous importe à vous qui voyagez et choisissez vos routes, la taille de son souhait ! C’est le sien, il grandit à l’intérieur et tout comme le vôtre il grandit dans son cœur.

Alors, s’il vous plaît, ne m’en veuillez pas.
Je suis allée lui décrocher.
La lune, la lune, je suis allée lui décrocher.
La dame en souriant se remit à ranger,
A épousseter,
A trier, à disposer…

C’était Noël cette nuit-là et lune ou pas, rien ne manquait dans le ciel.
Absolument rien…

Cathy Dutruch

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la chouette du cinéma« Par une soirée de pleine lune, la Chouette du cinéma se pose sur sa branche et salue les enfants… » ! La promesse faite par cette Chouette est de visionner 5 très jolis courts métrages – disponibles en salle depuis le 19 octobre dernier – mais pas seulement… C’est aussi un projet transmédia où images animées sur grand et petits écrans, et images papier imprimées se répondent, proposant à l’enfant une découverte pluri-sensorielle !

L’originalité de cette création est qu’elle est la première collection d’albums papier et numériques inspirée du cinéma d’animation. Ce programme produit par Les films du Nord, La Boîte,… Productions, que j’ai eu le plaisir de visionner, comptabilise déjà 50 000 entrées en 3 semaines d’exploitation. Il se compose des courts métrages intitulés « Compte les moutons » de Fritz Standaert (6 min 50), « Une autre paire de manches » de Samuel Guénolé (6 min), « La moufle » de Clémentine Robach (8 min 11), « La soupe au caillou » de Clémentine Robach (7 min 08) et enfin « La galette court toujours » de Pascale Hecquet (7 min 45). Arnaud Demuynck, réalisateur, scénariste et producteur, et Julie Guilleminot éditrice à L’Apprimerie ont voulu pousser plus loin l’expérience des seuls films d’animation et proposer, pour 4 titres (pour l’instant), une déclinaison sous forme d’ebook et de livres imprimés.

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J’en ai testé deux pour vous, « La moufle » et « Le parfum de la carotte » , pour deux raisons très différentes.
Pour ce qui est du premier, Clémentine Robach étant illustratrice pour La Souris Qui Raconte avec L’ogresse, je ne pouvais pas passer à côté. De plus La moufle est un vrai petit bijou de délicatesse (— dis Clémentine, quand reviens-tu faire un livre chez La Souris ?).
la moufleLe film d’animation sans parole « La moufle » est tellement abouti que le défi d’en faire un autre objet n’était pas facile à relever ! Pourtant, il l’a été. C’est un livre de 48 pages de 21 x 15 cm dont Arnaud Demuynck a écrit le texte (à partir de l’animation existante). C’est aussi un ebook qui propose au jeune lecteur trois options : JE LIS / JE DÉCOUVRE / JE JOUE.
JE LIS : L’ambiance musicale de l’ebook est celle du court métrage. Comme dans les livres de La Souris Qui Raconte, la lecture est optionnelle en l’actionnant dans le menu audio d’iBooks. La voix est douce, la lecture bien sentie. L’enfant peut lire seul ou écouter la jolie voix de la narratrice.
JE DÉCOUVRE : cette partie est très enrichissante et met en œuvre ce qu’on aime faire chez LSQR, dévoiler des petits secrets de fabrication. 7 secrets nous apprennent ainsi comment Clémentine a travaillé et créé ses personnages (principalement en papier découpé), comment elle les a animés et jusqu’au travail fait sur les bruitages. Vous vous souvenez d’Occidiane qui court dans la neige dans la fin de « Trouver à qui la faute » de L’Ogresse ? Eh bien la petite fille qui dépose une de ses moufles au pied de l’arbre marche elle aussi dans la neige « Quel étrange son fait la neige fraîche à chaque pas, quand les pieds s’enfoncent dedans ! » J’aimerais bien savoir si Marina, l’ingénieure du son de « La moufle » a utilisé les mêmes « astuces » que Michel, l’ingé son de La Souris (répondre en MP) !
Enfin JE JOUE : l’enfant est invité, soit à remettre dans le bon ordre les animaux qui se sont invités dans la moufle au cours de la nuit, soit à faire un memory.
Le livre coûte 12€ et l’ebook est gratuit sur le site www.lachouetteducinema.com dès lors que vous répondez juste à la question posée, dont la réponse est dans le livre. Vous ne souhaitez disposer que de l’ebook, c’est aussi possible sur le site de Carte à Lire. Bravo à l’équipe pour cette adaptation réussie qui bouleverse un peu les normes auxquelles on est habitué. En effet, on adapte plus souvent un livre pour en faire un film que l’inverse !

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Autre film, autre adaptation ! Plus difficile celle-là et à mon sens moins réussie que celle de « La moufle ».
N’ayant pas vu le court du « Parfum de la carotte » j’ai eu plus de mal à « comprendre » le livre. Si on saisit instantanément l’importance du chant (des notes de musique nous y aident), je me suis un peu perdue dans le récit qui mélange chansons et textes narratifs. J’ai imaginé que l’ebook exploiterait ce petit défaut pour jouer pleinement son rôle, rendant les deux media (livre et ebook) solidaires. Malheureusement, de mon point de vue, ça ne fonctionne pas.
L’ebook est développé avec les mêmes ressorts que « La moufle » mais en quatre parties cette fois : JE LIS / JE CHANTE / JE DÉCOUVRE / JE JOUE.
JE LIS : livre et ebook diffèrent, oh pas de beaucoup, mais ils diffèrent et ça m’a perturbée. La musique arrive par touches confuses, quelques notes de-ci de-là, elles aussi perturbantes ! La lecture, souvent chantée, mais sans musique, passe moins bien que dans la version « Je chante » .
tourne disque parfum carotteJE CHANTE : c’est pêchu et enlevé, les enfants vont adorer. Une idée comme ça… apprendre les chansons par cœur et retourner dans la partie JE LIS. Les faire chanter ensuite, plutôt que lire !
JE DÉCOUVRE : vous apprendra en 4 étapes les astuces de fabrication du projet. C’est à mon sens moins explicite que dans « La moufle » et peut-être aussi moins parlant pour le jeune lecteur, mais intéressant.
JE JOUE : propose un puzzle et un memory.
Si je suis moins emballée par cette déclinaison-ci, elle mérite cependant tout votre intérêt pour ce qu’elle apporte d’entrain et de bonne humeur côté musique. Le message du texte sur le « vivre ensemble » est joliment tourné (chanté) !

« Le parfum de la carotte » est également en format 21 x 15 cm et en 48 pages et coûte 12€, et 6€ en Carte à Lire.

Image de prévisualisation YouTube

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