Retour d’usage, suite et fin par Merrillee Reboullet

C’est la dernière semaine de juin ! Malgré la promesse des vacances d’été qui se présentent dans si peu de temps, mes élèves sont regroupés par quatre ou cinq. Ils sont complètement engagés et en train de discuter les points forts des histoires de « La Souris Qui Raconte ». Parfois les discussions prennent une ampleur intense. Parfois je suis appelée à la rescousse pour donner un deuxième avis du texte qu’ils écrivent. Mes élèves en immersion française* prennent au sérieux ces revues de livres demandées, sachant qu’écrire pour une audience à l’extérieur de l’école ou même hors de leur pays, c’est un cran au-dessus.
En effet, pour ce dernier article du blog, j’ai décidé de passer le micro aux élèves pour lesquels j’ai pris cet abonnement. Après tout, c’est eux qui sont les consommateurs des livres ; c’est eux qui rencontrent des personnages farfelus ou touchants et qui tracent les événements complexes. En petit groupe ils ont rédigé leurs impressions, leurs réactions et leurs recommandations. J’ai essayé de conserver leurs voix autant que possible pour que vous puissiez apprécier leurs grands efforts. Bonne lecture !

* Les élèves à qui Merrillee, enseignante dans le programme d’immersion française à High River au Canada, a confié la rédaction critique des histoires de LSQR sont en 4e année, niveau CM1 en France (rappel)

Le gang des chaussettes

Cette histoire est à propos d’une fille qui s’appelle Morgan.  Elle a pensé qu’une autre fille, Célia, “fait la belle”. Alors elle faitLecture garçons marcher Célia autour du quartier avec une chaussette sur la tête. La deuxième fille pense que son papa et maman avait trop de problèmes eux-mêmes alors elle ne leur a pas demandé de l’aide. Le lendemain matin à l’éducation physique Célia a frappé Morgan. Quand la maman de Célia a su ce que sa fille a fait elle l’amène au bureau du directeur. Célia était désolée. Morgan et Célia ont fini par devenir amies.
— Nous aimons l’histoire parce que c’est à propos d’une fille qui avait des problèmes avec quelqu’un et elle les a solutionnés. On est content que les deux filles ont fini par être amies. Malheureusement, c’était difficile d’entendre les personnes parler par endroit parce-que la musique étaient plus forte que la voix de la narratrice. Aussi on aurait aimé pouvoir ajuster la vitesse de la lecture pour mieux comprendre les mots parlés. Finalement, c’était une histoire bien réussie avec des belles images et les effets spéciaux.

Le prince de Venise

Au début, Luigi veut des nids d’hirondelles et il a demandé à Bernardino d’aller en chercher quelques-uns. Il dit que Bernardino ne peut pas revenir au château sans ces nids. Mais au lieu des nids d’hirondelles, Bernardino amène une noix magique.
— Ce qu’on aime de l’histoire est que la noix est magique. Aussi, c’est intéressant qu’à chaque partie, quelqu’un fait un vœu et ce qu’il voudrait avoir, apparaît devant ses yeux. Si les personnes aiment la fantasie et la magie avec les rois, elles vont aimer ce récit.

Voyage sur les ondes           

— Notre partie préférée est quand Tom et Léa ont amené la lettre au mari de tante Lucette quand ils voyagent dans le temps. C’est grâce à la radio qu’ils arrivent à remonter le temps et rencontrer leur tante quand elle était jeune. Le moment où ils se cachent en dessous de la table est rigolo et on aime que le garçon porte une chemise de superman et retourne à leur propre époque avec un lecteur MP3 !
Les effets spéciaux de l’histoire sont « cool » car il faut chercher les textes cachés pour comprendre toute l’histoire, même si parfois ils sont difficiles à trouver. Les images accompagnent parfaitement les événements. Les gens aimeront cette histoire parce qu’il y a de la bonne musique et des personnages intéressants.

La princesse aux pieds nus

Rémi est un cordonnier. Il fabrique des chaussures pour une belle damoiselle, mais le lendemain elles tombent des pieds de la fille.  Rémi a trouvé des chaussures qui sont bonnes pour la belle damoiselle. La belle damoiselle veut que Rémi coupe les chaussures et parte avec elle en laissant ses propres chaussures aussi.
— Nous aimons que l’histoire ait un grand problème et que les souliers parlent. C’est amusant quand Rémi pleure et quand la chaussure est devenue vivante. Nous sommes contentes qu’à la fin Rémi reçoive ce qu’il voulait.
Nous pensons que les effets spéciaux comme la musique étaient très jolis. Quand les personnes et les choses bougent c’est fantastique. Nous ne savions pas que les personnes et les objets pouvaient bouger dans vos histoires parce que c’était notre première fois.  Ouah ! Nous  avons aimé ça !
Même si nous avons aimé la musique, surtout celle du deuxième chapitre, on a trouvé que la musique dans le premier chapitre était un petit peu trop forte et que la narratrice devrait parler plus clairement. Dans le chapitre deux peut-être que l’histoire devrait expliquer un peu plus, et que les chapitres devraient être plus longs. Nous pensons que les grands et les petits aimeront ce livre parce qu’il y a plein de surprises. Le fait est que c’est fantastique ! Merci « La Souris Qui Raconte » pour cette très bonne histoire !

Lecture fillesL’Ogresse

Cette histoire est à propos d’une princesse avec deux fées marraines. Elles lui offrent des dons pour qu’elle ne manque de rien.  Alors, tout le monde lui donne ce qu’elle veut. Elle commence à tout manger. Elle devient une géante, une ogresse ! Mais un jour les personnes de la ville décident de dire « NON » à ses requêtes ! Ensuite, elle demande à ses serviteurs et eux aussi, refusent de lui donner de la nourriture en disant « NON ». Elle veut savoir pourquoi. Ils lui expliquent que ses actions mènent le pays vers la ruine et elle a compris. Elle aide à nettoyer sa ville. Tout le monde vit avec un sourire au visage.
— Nous aimons cette histoire parce qu’elle est drôle. On peut choisir la fin de l’histoire parce qu’il y a trois options. Notre fin préférée est celle qui s’appelle « Dire NON ». Nous apprécions comment la narratrice lit l’histoire et la façon dont les images, bien dessinées à la main au lieu d’être en trois dimensions, montre l’histoire ; même quand on écoute l’histoire les images bougent.
On aime beaucoup cette histoire mais voici les idées qui, nous pensons, pourraient l’améliorer. Le volume de la musique était assez fort pendant que les personnes parlaient et parfois les paroles étaient prononcées si vite que c’était difficile de les comprendre. Peut-être si on pouvait ajuster la vitesse des paroles du narrateur et le niveau du volume, ça serait plus facile de tout entendre correctement. Une autre idée serait d’utiliser plusieurs personnes pour raconter le conte. Par exemple, quand l’ogresse est fâchée, on pourrait utiliser une autre voix.
Les personnes qui sont jeunes vont probablement aimer ce récit le plus, parce que c’était créé pour les jeunes qui aiment faire actionner les images avec la souris d’ordinateur. Merci pour cette très bonne histoire !

En lisant leurs rédactions, c’est clair que les élèves ont apprécié les histoires trouvées dans cette collection.  Nous n’avons pas eu assez de temps pour tout lire cette année, ce qui me convient, car je récupère la moitié de la classe l’année prochaine. Je veux remercier « La Souris Qui Raconte » pour cette occasion extraordinaire. Inclure des livres interactifs dans l’enseignement enrichit les ressources déjà disponibles aux professeurs de nos jours. J’encourage fortement d’autres professeurs qui enseignent le français comme langue maternelle ou dans mon cas, comme langue seconde, de considérer introduire cet ensemble de livres dans leur propre salle de classe. C’est un geste à ne pas regretter ! 

Merci Merrillee, pour ces retours d’usage, très importants pour nous, éditeurs. Merci aux élèves pour leur enthousiasme et oui, bien sûr, nous encourageons aussi d’autres professeurs à essayer nos ressources, car si nous sommes maintenant bien implantés en bibliothèques, les écoles restent encore à convaincre.

 

 

 

 

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Retour d’usage suite de Merrillee Reboullet

Vers l’autonomie en lecture : « Et qu’est-ce que l’on écoute aujourd’hui, Madame ? »

J’entends des traces d’excitation dans la voix du garçon de dix ans en face de moi. Je réponds en souriant, « Aujourd’hui c’est à toi de choisir. »  Je souris parce que je sais déjà qu’il sera ravi de pouvoir choisir lui-même une histoire de « La Souris Qui Raconte ».  Je souris également car je ressens avec lui sa fierté de mieux comprendre un texte plus compliqué, de mieux appliquer des stratégies de lecture qui l’aident à découvrir les nouveaux mots et de mieux gérer sa lecture indépendante. En tant que professeur, quand un des buts pédagogiques se réalise, c’est un grand moment, et il faut le vivre pleinement !

Un autre monde

Au début de l’année, en complément des buts habituels, j’ai fixé plusieurs objectifs par rapport à la littératie pour mes élèves. Premièrement je voulais les voir emballés par la littérature authentique francophone et deuxièmement je désirais qu’ils se voient comme des vrais lecteurs de français et pas seulement des apprentis d’une deuxième langue. Dans les deux cas, la collection de livres de LSQR correspond parfaitement et offre une ressource précieuse à mes élèves anglophones en immersion française.
Durant le premier trimestre de l’année scolaire, j’ai préféré présenter les œuvres de LSQR en grand groupe pour m’assurer que les élèves pouvaient bien comprendre et pour les aider à bâtir leurs stratégies de lecture.  Mais au second trimestre, je voulais les amener vers l’indépendance tout en les encadrant par quelques soutiens. Nous avons trouvé une formule qui combinait la lecture partagée en grand groupe, en petit groupe, ainsi que la lecture individuelle. Je vais les présenter séparément dans cet article, en commençant avec le partage en grand groupe et en finissant avec la lecture indépendante.

La classe a beaucoup aimé notre exploration des thèmes présentés dans le récit « La bulle d’Élodie ». Je craignais que les nuances d’amour ne plaisent pas à mes élèves qui sont un peu trop jeunes pour s’intéresser aux sujets romantiques. Mais je trouvais les autres thèmes qui y étaient abordés, tels que l’appréciation d’autrui, la célébration de nos qualités uniques et l’expression de nos émotions, trop pertinents pour s’en passer. La bonne littérature promeut les discussions liées aux expériences de la vie et je voulais renforcer leur apprentissage précédent de l’expression des émotions avec ce récit émouvant.
Conformes à ce que j’avais espéré, les conversations pendant la découverte de l’histoire étaient pleines de réflexion et les élèves ont fait preuve d’une certaine empathie pour une fille perçue comme différente.  Ils ont également identifié les situations qu’Élodie ressentait, lesquelles influençaient ses actions et ses décisions. Ce qui a été renforcé au cours de cette lecture, mais que je n’avais pas anticipé, était la fragilité de la compréhension d’un texte pour un apprenant de langue. Bien sûr, leurs connaissances antérieures leur apportaient l’idée de ce que c’était d’être sourd, mais en n’ayant jamais rencontré cette idée en français auparavant, ils ne connaissaient pas le mot et ne s’identifiaient pas avec les descriptions éloquentes de la situation d’Élodie.  C’est au moment où ils ont compris pourquoi elle vivait dans « sa bulle »,  que leur connexion au livre s’est intensifiée visiblement.

Comme beaucoup d’enseignants, j’emploie les centres de littératie dans mon cours de français pour favoriser un apprentissage ciblé à la production et la compréhension de la langue. Les élèves ainsi occupés, je suis alors disponible pour lire avec de plus petits groupes.  Un de ces centres inclut les habilités orales qui comprennent l’écoute et le parlé.  En général, les présentations de livres de LSQR sont exactement à la bonne longueur —si tout se passe bien côté technique !— pour la durée d’un de ces centres ; il y a juste assez de temps pour écouter, explorer toutes les animations éventuelles (ces dernières comptent pour beaucoup chez les jeunes !) et discuter avec leurs pairs de ce qu’ils ont lu, entendu et compris.
C’est dans ce contexte, en groupe de 4 ou 5 élèves, qu’ils ont découvert « Le prince de Venise », un conte qui rappelle à ses lecteurs d’être reconnaissants pour ce qu’ils ont dans la vie.  Malgré cette bonne morale et les nombreuses leçons possibles à tirer de ce récit, mon but en invitant les élèves à découvrir ce « prince » était tout simplement d’apprécier un livre contenant un peu de magie et d’inciter une réponse personnelle.  Nous commencerons bientôt à écrire nos propres récits imaginaires et j’aime exposer les élèves aux bons exemples d’un genre quand nous l’étudions spécifiquement.
Malgré mes attentes moins grandioses cette fois, je ne pouvais pas m’empêcher de demander aux élèves ce qu’ils souhaiteraient, s’ils tenaient eux-mêmes la noix dans leur main comme les citoyens de Venise. Les réponses variaient comme on pourrait imaginer entre la paix mondiale et la provision à vie des meilleurs bonbons !

Beaucoup de récits de LSQR contiennent des thèmes imaginaires avec des sorciers, des fées, des princesses et de la magie.  Cependant, il y a souvent une petite surprise ou un départ des contes classiques qui attire l’attention d’un élève de CM1 et CM2.  Ils connaissent à cet âge-là, certaines histoires traditionnelles et ils peuvent reconnaître les similarités et soulever les différences entre les classiques et les nouvelles.  Pour fournir encore plus d’exemples de récits imaginaires à mes élèves, je les ai invités à lire individuellement « Une botte pour deux » et « La princesse aux pieds nus ».  Ces deux titres font appel aux contes familiers tout en traitant des thèmes modernes : l’égalité des femmes et des hommes, la beauté intérieure et la célébration de l’individualité de chacun.  Les élèves plongeaient avec enthousiasme à l’écoute, les casques aux oreilles.

Sur l'écran du fond, La princesse aux pieds nus
Sur l’écran du fond, La princesse aux pieds nus. A droite, La grosse tête de Magior

 

Plus tard je leur ai demandé pourquoi ils aimaient lire les histoires de LSQR indépendamment.  Parmi les retours prévisibles comme « C’est amusant » ou « Quand tu cliques au bon endroit il y a des animations, » une fille m’a confié ce qu’elle appréciait. « Ça te lit l’histoire.  Et si tu ne connais pas un mot, la voix [du narrateur] te dit comment le prononcer. »  Pour des élèves qui apprennent sans cesse les nouveaux mots de vocabulaire, c’est un atout précieux.

J’ai hâte de voir comment nous intégrerons les livres pendant le trimestre final. J’imagine que nous allons continuer à les partager dans des contextes variés. Je préfère une approche fluide où les élèves prennent parfois l’initiative, d’autres fois c’est moi qui les dirige vers un texte « incontournable ».  La lecture est beaucoup plus attirante quand chacun participe à la découverte de livres bien agréables qui créent ensuite des souvenirs de partage. C’est ainsi que les « vrais » lecteurs sont emballés par la magie d’une belle histoire.

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En préambule, et pour ceux qui n’auraient pas reçu mes vœux, je vous les transmets ici. Il est encore temps de s’embrasser et se souhaiter toutes sortes de belles choses pour 2018.
Pour ma part lectures, rencontres et créations m’émerveilleront ces prochains 300 et quelques jours !

La Souris Qui Raconte l’a commencée en beauté avec deux rendez-vous la semaine dernière. Le premier était organisé par l’association Lire et Faire Lire, et le second par la médiathèque départementale du Morbihan (MDM).

Deux rencontres, deux publics, deux températures !

IMG_6228Prévue de longue date, cette première rencontre de l’année me conduisait à Eaubonne, dans le 95, où j’avais déjà eu l’occasion de présenter La Souris Qui Raconte lors du salon du livre. J’appréhendais cette présentation face à un public de bénévoles à la retraite (pour la plus grande partie), parfaitement ignorant des questions numériques… alors des lectures numériques ! Imaginez un peu !…
Ma surprise fut belle ! La cinquantaine de représentants de l’association du département m’a en effet épatée par la qualité des échanges et leur attention. Face à un public curieux, animé par une même passion que la mienne, lecture et plaisir de lire et faire lire à haute voix, j’ai eu, semble-t-il, autant d’émotion à partager mes publications numériques, qu’eux ont eu à les découvrir et les écouter. Ma rentrée colère portée par la voix de Robin, les a ravis. Alors que je leur passais le micro pour les inviter à lire, ils m’ont prié de faire lire Robin, littéralement sous le charme de son interprétation.

Alors bien sûr, on a évité de parler formats (ce n’était d’ailleurs pas le sujet) et de questions trop techniques, mais cette première rencontre de l’année, sous l’égide de la LECTURE, a été d’une grande richesse. J’ai été enchantée par l’expérience, la première du genre menée avec un réseau de lecteurs bénévoles, et assez impressionnée par la démarche de la présidente de l’association du département : faire le choix d’inviter une éditrice numérique plutôt qu’un auteur à l’occasion de ces réunions mensuelles.

La seconde rencontre me transportait dans le Morbihan, à Auray précisément, pour participer à la troisième marmite numérique.
Organisée par Cyrille Noël de la MDM, que je remercie ici encore, les temps de la journée questionnaient sur « Où va le numérique ? » , avec en guise de clôture et de restitution « Où va la bibliothèque ? » … Un vraiment chouette programme ! La matinée donnait largement la parole à Pascal Desfarges, homme prolixe sur les questions du numérique, du Big Data ou encore de l’intelligence artificielle. Un type brillant sans aucun doute !
S’appuyant sur une présentation parfaitement maîtrisée, Pascal Desfarges nous a embarqués pendant près de deux heures à bord des mutations numériques et du monde de demain poussant inexorablement la porte du monde d’aujourd’hui. Comment se préparer, y faire face sans le craindre ? Alors que la projection mentale de ce que j’entendais m’invitait dans le film Minority Report, j’essayais d’imaginer la perception des bibliothécaires de l’assistance face à un tel discours. Si la brosse à dents connectée sera sans doute une réalité dans quelques années, je me refuse à croire que des puces seront implantées dans nos corps pour nous transformer en ordinateurs à sang chaud ! Et si tel devait être l’avenir de l’homme, au vu de mon parcours de vie, il ne sera pas le mien. Paix à mon âme ! Je ne supporte déjà plus les réseaux sociaux et leurs enfermements algorithmiques… alors être connectés dès la première poignée de mains manque trop de poésie, de hasard et de charme ! Mais il n’empêche, si le discours semblait parfois caricatural, il abordait des sujets tout à fait d’actualité comme les Tiers Lieus, Fab Lab (avec des références fréquentes à La Fabrique du Loch) et tous projets collaboratifs partagés librement. Résumer en quelques lignes la prestation de Pascal serait 1) prétentieux 2) forcément erroné (si je devais être prétentieuse), car certains passages me sont passés un peu au-dessus de la cafetière.
Pour autant, ce que je retiens aussi de cette journée, c’est la dichotomie entre matinée et après-midi.

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© Cyrille Noël

L’après-midi était divisé en ateliers. Fab Lab (avec la Fabrique du Loch) d’une part et tablettes de l’autre. Je ne parlerais que de l’atelier tablette avec La Souris Qui Raconte (l’ubiquité n’étant pas ma spécificité). Celui-ci consistait à présenter mon offre aux bibliothécaires dont bien peu avaient eu la curiosité d’aller voir ce que le web raconte sur cette souris ! Et je n’ai pas séduit ! Présenter son travail, s’exposer en quelque sorte, est un art difficile. Imaginez-vous trente secondes face à un auditoire globalement amorphe, que vous essayer de stimuler par des questions et interactions et qui ne bronche pas ! C’est dur et j’aurais bien aimé avoir l’aisance et l’assurance de Pascal  ! Sans parler de ce grand moment de solitude qui s’amplifie a posteriori parce que le public est de facto concerné par la lecture, les livres et le numérique (thème de la journée).

Mon constat sur ces rencontres professionnelles de bibliothécaires, que je mène depuis plus d’un an maintenant, c’est qu’il existe quelques locomotives, dont Cyrille, qui portent un projet et le conduisent sur la durée avec l’espoir de faire des émules. Malheureusement la majorité regarde de loin, peu ou pas concernée, peu ou pas curieuse, avec pour résultat une inertie contre-productive.

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Retour d’usage écrit par Merrillee Reboullet facilitatrice et accompagnatrice pédagogique de l’immersion française en Alberta Canada.

Il n’y a rien de plus émouvant qu’une histoire, sauf peut-être une histoire partagée ! Cette année dans notre salle de classe nous nous sommes penchés sur la lecture. Son pouvoir, son influence, sa capacité à nous transporter, à nous remplir d’émotion et d’émerveillement.  Après tout, c’est l’amour de la lecture qui transforme quelqu’un qui lit en « lecteur avide », qui le pousse à dévorer les livres avec un appétit sans fin.

La beauté des histoires tient à ce qu’il y a de nombreuses façons de les découvrir.  On peut les lire tout seul, bien sûr, on imagine le lecteur dans le calme, s’évadant dans un autre monde, en voyage peut-être loin, mais sans bouger du confort des coussins du fauteuil.  Mais d’autres moyens existent pour magnifier des histoires autrement !  Par exemple, pourquoi ne pas employer la lecture à haute voix ou le récit oral entre amis ?  Et encore, le visionnage d’un film, qui constitue un des moyens les plus recherchés pour raconter une histoire de nos jours.  En effet, notre société a du mal à se délaisser d’une bonne histoire, LA bonne histoire.
Peut-être est-ce parce que j’aime tant partager une bonne histoire que j’étais si résolue d’intégrer les contes de « La Souris Qui Raconte » dans mon recueil de littérature à partager avec mes élèves cette année.  Mais c’est également vrai que mes élèves, en programme d’immersion française, profitent grandement d’un livre lu à haute voix et ceci pour plusieurs raisons.  Premièrement, ils aiment se perdre dans une histoire, donc écouter un livre devient tout simplement un plaisir et un repos au milieu d’une journée chargée.  Deuxièmement, ils ont souvent plus de succès à comprendre un livre lu à haute voix.  Et en lisant ensemble, ils peuvent poser des questions et discuter des passages qui pourraient éventuellement leur poser problème lors de la compréhension.  Finalement, écouter un lecteur français lire à haute voix, fournit des exemples authentiques de l’accent francophone et stimule leur propre lecture et leur expression orale.

C’était donc dans le but de découvrir le plaisir de la lecture que nous avons abordé notre premier titre : « Thibaut au pays des livres ».  Dans la première lecture la classe a tout simplement exploré la présentation du livre avec des éléments interactifs, petites animations et aussi des effets sonores.  Les élèves étaient émerveillés !
La deuxième lecture fut plutôt un récit où, avec les images, mais sans le texte, nous avons nous-même raconté les événements de l’histoire. Ensuite, les élèves, en petits groupes, ont isolé les événements importants du début, du milieu et de la fin de l’histoire, en les mettant  sur un post-it, puis en les collant sur des grandes feuilles.  Ainsi nous avons pu réviser comment tracer le fil d’une histoire en ordre chronologique, ce qui est toujours important, surtout au début de l’année !
C’est important de cultiver des habitudes de bons lecteurs quand on lit.  Lors de ma leçon, les mots clés intégrés dans l’histoire présentaient l’occasion d’introduire une stratégie de compréhension d’un livre. Pendant la troisième leçon avec « Thibaut au pays des livres », nous avons tiré tous les mots-clés que Thibaut a trouvés dans le dictionnaire. Nous avons alors remarqué que c’était avec ces mots-clés qu’il a pu faire vivre ses histoires.  Et si nous faisions pareil ?  Est-ce que les mots-clés nous aideraient à mieux raconter ce que nous avons lu ou entendu ?  Ne serait-il pas plus facile d’écrire un sommaire si nous en avions extrait certains mots-clés ?  Pendant la lecture d’autres livres nous avons testé cette stratégie et trouvé qu’en effet, c’était très efficace.  La classe a donc ajouté cette méthode à ses stratégies de compréhension de lecture à utiliser.  Grâce à cette pratique, les élèves réussissent bien à repérer les mots-clés dans les textes divers.  Merci Thibaut !

POST-IT

 

Un autre titre que nous avons exploré récemment est « Voyage sur les ondes ».  J’ai choisi cette histoire surtout parce que nous lisons un livre, « Résistants à 10 ans » à l’heure du conte. Ce récit a lieu pendant la Deuxième Guerre Mondiale.  Mes élèves sont fascinés par cette période et veulent tout savoir de cette époque.  Donc non seulement  « Voyage sur les ondes » était une diversion pour mes élèves, mais aussi l’occasion d’examiner l’époque avec un regard différent des personnages de notre roman en cours.
Tout d’abord, il faut toujours introduire le livre, ce qui nous prend un certain temps.  Il y a des discussions autour de la compréhension du texte ainsi que les thèmes abordés dans le livre : la famille, le passage du temps, l’utilisation des indices du contexte pour comprendre ce qui se passe (comment s’y prennent les personnages Tom et Léa) et bien sûr le climat social avant la guerre qui est traité si spécifiquement.  Les élèves posaient beaucoup de questions et parfois il fallait les arrêter pour pouvoir finir le livre !

Une initiative chez nous est de rendre la réflexion des élèves plus « visible » en utilisant des routines de pensées.  Il s’agit des différentes routines qui aident les élèves à mieux faire les liens entre ce qu’ils apprennent et leurs vies actuelles ; ou bien qui encouragent les élèves à mieux communiquer leurs idées.  J’ai décidé d’introduire une nouvelle routine de pensée avec les élèves.  Cette routine les a invités à lier les thèmes de l’histoire avec leurs propres expériences et leurs apprentissages antérieurs. Ensuite ils étaient encouragés à approfondir leur recherche personnelle. C’était un peu difficile pour certains, du à la profondeur de réflexion demandée pour une telle tâche.  Mais ils étaient bien motivés d’y travailler parce qu’ils savaient que la prochaine activité les attendait…

DANS LE TEMPSPour l’activité finale associée à cet album, j’ai invité mes élèves à répondre à l’idée centrale de ce livre : le voyage dans le temps.  Plus tôt dans l’année, nous avons officiellement rencontré le conditionnel pour la première fois.  Maintenant je voulais qu’ils explorent ce temps de façon imaginative en créant une page dans leurs journaux visuels.  Je leur ai demandé de finir la phrase « Si je pouvais voyager dans le temps, je… » et puis créer une page artistique qui illustrait leur phrase.  Certaines idées étaient assez prévisibles ; plusieurs élèves rêvaient de retourner à l’ère des dinosaures. D’autres étaient plus réfléchis et révélaient le désir de rencontrer leur propre grand-mère quand elle était plus jeune. Comme toujours, les journaux visuels encouragent les élèves à s’exprimer dans toute leur créativité.

EIFFEL TOWER

J’ai déjà quelques titres dans la collection de « La Souris Qui Raconte » que je planifie de partager prochainement avec ma classe. Je pense également qu’ils sont prêts à commencer à explorer la collection par eux-mêmes.  Ils sont vraiment en train de devenir des lecteurs avides, aspirés dans une histoire, puis une autre.  C’est un plaisir de leur offrir des ressources diverses, tout comme les beaux livres animés et présentés par « La Souris Qui Raconte ».

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Avec la rentrée scolaire, qui finalement ne date pas d’un mois, j’ai eu quelques demandes étonnantes que je souhaite partager avec vous. L’une d’entre elle nous emmène au Canada, à High River Alberta.

En novembre 2016 déjà, Lesley Doell, facilitatrice et accompagnatrice pédagogique de l’immersion française au Conseil Scolaire de Foothills et Présidente de l’Association Canadienne des Professeurs d’Immersion (l’ACPI), m’avait sollicitée pour tester la collection de livres numériques de La Souris Qui Raconte dans une école. Merrillee Reboullet avait repéré le site LSQR de ce côté-ci de l’Atlantique (Ah, l’enchantement de l’internet…) !
Sans vraiment trouver d’entrée commune, nos échanges s’étaient espacés, pour finalement se terminer en silence.
En ce début d’année, Merrillee Reboullet est revenue vers moi afin de reprendre la discussion là où nous l’avions laissée avec Lesley, et après quelques atermoiements, nous nous sommes mises d’accord sur la formule qui convient le mieux aux deux parties. Les 27 élèves de la classe de Merrillee vont ainsi s’exercer à la langue française avec les livres de La Souris Qui Raconte pendant toute l’année scolaire 2017-18, et en échange Merrillee s’est engagée à me faire un retour d’utilisation. Une pratique qui me manque cruellement et que je serai heureuse de relater ici.
Mais avant ces trois prochains rendez-vous, je voulais faire un peu plus connaissance avec Merrillee que je remercie pour ses très jolies réponses.

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Merrillee pouvez-vous nous faire une présentation rapide de votre parcours professionnel ?

J’ai commencé à enseigner en anglais en 2003 dans une petite école au fin fond de la prairie de l’Alberta.  Je suis restée dans la région pendant six ans avant de déménager en France. Après y avoir séjourné quatre ans pendant lesquels j’ai enseigné des cours d’anglais à divers étudiants, je suis retournée au Canada, cette fois pour enseigner dans le programme d’immersion française à High River où je me retrouve actuellement.

Comment avez-vous découvert le site de La Souris Qui Raconte, et surtout pourquoi l’avez-vous cherché ?

Je suis toujours à la recherche de ressources qui vont rendre l’apprentissage du français attirant voire ludique pour mes élèves. Puisque mes élèves vivent dans un contexte anglophone, ils n’entendent pas le français parlé dans la rue autour d’eux. C’est uniquement à l’école qu’ils vont apprendre le vocabulaire, la prononciation et la structure de la langue française. C’est une responsabilité que je préfère partager avec les interlocuteurs natifs autant que possible au moyen de vidéos, émissions éducatives et les livres lus à voix haute entre autres, afin de les sensibiliser le plus possible aux accents français divers et authentiques. Je veux également les exposer aux différents styles de littérature pour leur donner le goût de lire par plaisir en français. Je suis tombée sur La Souris Qui Raconte l’année dernière en faisant une recherche internet autour des livres audio et contes lus à voix haute. J’étais ravie de découvrir non seulement les histoires de LSQR lues d’une façon attrayante, mais aussi les petites animations inattendues qui surprennent les enfants et gardent leur attention tout au long du récit. Effectivement c’est réellement « la souris qui raconte », car c’est en glissant la souris de l’ordinateur sur les personnages ou décorations de la page que les informations supplémentaires ou cachées sont dévoilées ! Mes élèves l’adorent !

Pouvez-vous nous parler de votre école, et plus particulièrement de la classe concernée par cette expérience ? Quel âge ont les élèves, quel est leur niveau en Français ?

Notre école a deux voies d’enseignement : l’anglais et l’immersion française. Mes élèves suivent un parcours d’immersion précoce où la plupart d’entre eux commencent à apprendre le français en maternelle ou même pré-maternelle, selon la disponibilité du programme. Quand ils arrivent dans ma classe en 4e année (CM1 chez vous), ils auront eu au moins quatre, voire cinq ans de scolarité en français auparavant. Mes élèves peuvent tenir une conversation prolongée en français, comprendre un message oral assez complexe et normalement quand ils partent pour la sixième année ils lisent les nouvelles ou les romans jeunesse avec une certaine aisance. Bien entendu, ils ne sont pas au même niveau que les francophones du même âge, mais je suis toujours étonnée de constater ce qu’ils peuvent faire avec un français seulement appris et pratiqué pendant les heures de classe.

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Pourquoi avez-vous tellement souhaité conclure cet arrangement « donnant-donnant » ?

J’ai plusieurs raisons pour aimer cette formule. Même si au début c’était une limitation de fonds qui me freinait un peu dans l’accès à ces livres, j’étais attirée plus encore par l’élément de partage qui m’a été proposé.
Premièrement, je suis ravie de pouvoir présenter cette collection à mes élèves. Non seulement ce sont les livres présentés d’une façon créatrice et engageante, mais ce ne sont pas les mêmes histoires que nous avons dans d’autres collections numériques.
Deuxièmement, j’aime l’idée de faire les revues de livres avec mes élèves. Dans mon enseignement je cherche à être transparente avec mes étudiants. Nous discutons souvent et longuement de pourquoi nous étudions une certaine matière ou un sujet particulier. Nous nous demandons ensemble comment une idée apprise à l’école pourrait nous servir dans « la vraie vie ». Et c’est précisément cette année où j’ai décidé de convaincre mes élèves que même si cela semblait un peu plus difficile de lire en français plutôt qu’en anglais, il y a finalement beaucoup de plaisir dans la lecture en français !  C’est un atout de pouvoir lire les auteurs francophones dans leur langue natale. Je voulais les inviter dans l’espace de « lecteur pour la vie » où on discute les livres que l’on a lu, où on donne ses avis, ses coups de cœur, ses recommandations. Ces occasions d’échange « entre lecteurs » sont certainement présentes dans un cours de français.  Cependant, si je parviens à faire « sortir » mes élèves des murs de l’école si isolants pour participer à la vraie vie, d’avoir une audience plus élargie, avec des vrais gens qui parlent français, c’est à ne pas manquer ! C’est donc, le moment propice pour notre classe de participer à un tel arrangement.
Ensuite, c’est aussi un excellent moyen de modeler devant mes élèves le processus d’écriture. En écrivant des parties de mes rédactions devant eux et en sollicitant leurs réactions, leurs idées et leurs mots, je leur montre ce que c’est de chercher le juste mot pour s’exprimer, de reprendre une phrase, car elle manque de fluidité ou parce que sa tournure n’est pas aussi jolie qu’elle pourrait être. D’expérimenter ce que c’est d’avoir ses propres idées critiquées ou éditées.  De savoir que tout cela et bien plus encore, c’est ÇA être écrivain. Comment puis-je en tant que professeur dédiée à ma profession, rater une opportunité pareille ?!
Finalement, j’aime écrire et encore plus en français. Je n’ai pas autant d’occasions que je voudrais pour raffiner mon expression écrite et je cherche toujours les moyens de rehausser mon français pour une utilisation professionnelle, mais aussi personnelle. J’aime avoir les défis devant moi. Pourquoi rester là où je suis quand je pourrais réaliser encore plus ?!

Qu’en attendez-vous ?

Je ne sais pas encore et c’est peut-être cela le plus beau.  Mes élèves ont tendance à me surprendre par leurs capacités !  Et j’ai tendance à leur présenter un projet et voir où ça nous amène, tout en soufflant dans la voile un petit peu pour diriger le bateau. J’attends donc d’être surprise et laisser la créativité nous réveiller.

Savez-vous déjà comment vous utiliserez la ressource, dans quel environnement de travail, en groupe, individuellement, etc… ?

J’ai plusieurs idées. Le logiciel est très bien adapté à la lecture en grand groupe avec un écran interactif. Surtout pour mes plus jeunes, la lecture partagée est idéale au début de l’année, car ils n’ont pas forcement de stratégie efficace en place pour traiter le nouveau vocabulaire dans un texte. Les effets sonores, la lecture à voix haute et les animations tiennent l’attention des élèves, surtout si plusieurs élèves peuvent participer à naviguer dans l’interface de l’histoire.  Mes élèves ont les journaux visuels dans lesquels ils répondent aux informations diverses tout au long de l’année. C’est une approche qui mélange les techniques artistiques avec l’expression écrite pour montrer leur compréhension d’un sujet. L’année dernière nous y avons créé une page pour répondre au récit « L’ogresse » qui mélangeait les médias de peinture, la laine et le papier journal avec l’écriture pour représenter les leçons apprises par les élèves à travers les choix d’Occidiane. Plusieurs de mes élèves ont cité cette page comme page préférée de leur journal visuel pour toute l’année.  Je suis certaine que nous allons employer nos habilités créatives dans nos journaux visuels pour répondre à plusieurs récits.
L’élément auditif des histoires de LSQR rend la présentation très utile pour l’utilisation en petit groupe ou individuellement également. Ainsi ils peuvent travailler l’écoute, l’amélioration de la prononciation et l’agrandissement du vocabulaire. Les élèves qui peut-être ne pourraient pas comprendre tout le récit s’ils le lisaient eux-mêmes, auront plus de succès en écoutant, car ils activent deux domaines langagiers (la compréhension écrite et la compréhension orale). L’élément oral devrait donner accès à la variété de niveaux de lecture que j’ai dans ma salle de classe, ce que je vais apprécier énormément.

© Clémentine Robach
© Clémentine Robach
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