La publication de ce nouvel ouvrage « Les 8 recettes magiques de la forêt des contes » ne déroge pas à la règle. Je vous propose donc de passer un peu de l’autre côté du miroir en découvrant quelques talents cachés de nos auteurs Camille Berta au texte et Julie Eugène aux crayons !

Camille, « Les 8 recettes magiques de la forêt des contes » est un livre de la collection à inventer, une collection qui demande pas mal de gymnastique rédactionnelle puisque le livre est en arborescence. Le cheminement de nos deux héros, Blanche Neige et son Prince, est en effet non-linéaire. Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez construit ce récit.

Une fois l’idée de départ trouvée, j’ai dessiné un schéma avec les grandes lignes du cheminement des deux personnages en fonction des ingrédients qu’ils devaient collecter pour aboutir à chaque recette. Puis, j’ai pu me laisser aller au plaisir de l’écriture (en gardant toujours un œil au schéma général de l’histoire) : imaginer des rencontres avec les personnages des contes, m’amuser avec les dialogues, inventer des situations incongrues, introduire des références… Le nombre de personnages et la nécessité de faire à chaque fois les présentations a été une contrainte. J’ai retravaillé plusieurs fois le texte pour le raccourcir tout en essayant de préserver ces petits clins d’œil.

BN et le P

Vous avez également eu l’idée de proposer la confection de recettes, que les enfants peuvent reproduire à la maison. Les 7 Nains sont endormis et à tour de rôle, Blanche Neige et le Prince partent collecter des ingrédients dans la forêt des Contes. L’enfant lecteur doit cliquer sur les ingrédients pour progresser dans son aventure. Avec l’engouement qui se développe autour des thématiques culinaires, je gage que l’idée séduise !

fiche_recette_2_23_cake_sucréMon projet initial était justement d’aborder les contes par le biais des recettes. La cuisine occupe une place dans la plupart des contes du répertoire traditionnel (une pomme chez Blanche Neige, une galette et un petit pot de beurre avec le Petit Chaperon Rouge, sans parler des bonbons pour Hanzel et Gretel…). Et puis, j’aime l’idée de faire entrer la magie des contes dans la vie de tous les jours. Je suis sensible à cette rencontre entre vie réelle et imaginaire, que les enfants comprennent et les adultes parfois un peu moins. Je me réjouis à la pensée que les enfants vont imprimer et concocter à la maison la recette du « crumble à préparer avec des pommes qui n’ont pas été empoisonnées » ou celle du « cake qui plaît aux 7 nains et aux amateurs de thé ». Je leur ai d’ailleurs réservé des surprises dans la rédaction de ces recettes. J’espère qu’ils s’amuseront autant à les lire qu’à les confectionner.

Est-ce que votre autre métier à petitestetes.com, que je vous invite à développer un peu, associé à vos publications chez Auzou vous ont aidée ?

J’ai créé petitestetes.com en 2006, un site qui accompagne les enfants et leurs parents (avec des activités à partager avec les enfants, des conseils et astuces pour les parents, mais aussi des contes et comptines à écouter…). La baseline du site est : Découvrir et inventer le monde. Ouvrir les portes de l’imagination des enfants est mon leitmotiv ! Les activités que je propose aux enfants sur le site petitestetes.com ou dans les livres publiés aux éditions Auzou n’ont jamais autant de sens que quand les enfants se les approprient, les détournent… Je suis particulièrement fière du livre de « Cuisine du monde » publié chez Auzou en partenariat avec l’UNICEF, là encore c’est l’occasion pour les enfants de partir à la découverte d’un pays, de son folklore et de ses coutumes en préparant simplement une recette de cuisine… Je travaille actuellement sur un livre destiné aux « parents » cette fois-ci. L’objectif est de mettre en place un rythme et une organisation familiale pour (re)donner une place à la fantaisie dans la vie quotidienne. Il sortira au printemps aux éditions Dunod. 

Les personnages de Blanche Neige et du Prince ne répondent pas vraiment aux archétypes traditionnels des contes, vous nous expliquez ?

Il était très important pour moi de ne pas limiter Blanche Neige à la cuisine. Nous en avons parlé dès notre première rencontre et nous étions en phase à ce sujet. Dans la rédaction, j’ai été vigilante à ne pas cantonner le Prince et Blanche Neige dans les traditionnels rôles de l’homme et de la femme. Je voulais un Prince qui aime faire la cuisine et qui ne soit pas forcément téméraire…

Julie, avec votre talent tout personnel, vous avez donné vie pour ce conte, à de très nombreux personnages. C’est probablement le livre chez La Souris Qui Raconte qui comptabilise le plus d’écrans ! J’avoue avoir une faiblesse pour le Petit Poucet et ses frères ! Mais comment les uns et les autres sont-ils nés ? Avez-vous une anecdote sur un personnage en particulier ?

Le dessin de personnage demande beaucoup d’attention : recherches et croquis font naître de façon originale chaque petit être dessiné. Je pose mes premières idées sur le papier, puis je donne du temps au temps. Je regarde mes dessins, les range et les redécouvre de nouveau. Cela me permet de les faire évoluer. J’ai une petite anecdote concernant le personnage de Blanche Neige : j’avais en tête un personnage châtain et bouclé. Ma fille de 4 ans voit ce dessin et me dit que cela ne va pas du tout, que Blanche Neige doit avoir les cheveux noirs, une frange et la coupe au carré court (comme elle par hasard !). Le prince, lui, doit ressembler à son petit frère sinon il sera jaloux (bouclé aux cheveux clairs). Bien sûr, ce n’est pas ma fille qui dicte mes choix, mais j’ai trouvé cette remarque amusante et j’ai joué le jeu. Cette coiffure donnait à ma Blanche Neige un côté plus graphique et plus moderne qui correspondait mieux au personnage du texte inventé par Camille. A l’inverse, le Prince bouclé devenait plus angélique et j’aimais bien cette idée là, toujours plus cohérente avec le texte.
La souris revient souvent dans mes livres. A la fois petit spectateur et « histoire dans l’histoire », elle fait le lien entre le lecteur et les personnages. C’est un petit clin d’œil que j’aime bien retrouver au fil de mes histoires.

SOURIS

Jusque là, vos publications étaient imprimées, avez-vous travaillé de façon différente en numérique ?

Dans l’ensemble non, j’ai travaillé à peu près de la même façon : je fais des recherches, puis des crayonnés et ensuite je mets en couleur sur papier à la gouache, crayon et crayons de couleurs. Après, j’ai dû adapter ma technique en réalisant séparément les décors, les personnages, ainsi que tout ce que je souhaitais voir s’animer. Par exemple, pour les personnages de Blanche Neige et du Prince, j’ai dû réaliser des « marionnettes numériques ». J’ai dessiné sur une feuille tout les éléments de façon indépendante : tête, expressions du visage, bras, corps, etc. Puis j’ai tout numérisé et ai reconstitué le personnage en infographie.

Quel boulot !
Vous semblez avoir une belle passion pour les animaux, de ce que je peux en voir, et les éditeurs vous sollicitent un peu pour ce talent là. Est-ce pour cela que vos avez glissé dans « Les 8 recettes magiques de la forêt des contes » toutes sortes de petits animaux rigolos ?

Oui, j’avoue avoir un attrait particulier pour les animaux. J’admire la diversité de formes que l’on peut trouver dans la nature et adore exploiter ce potentiel pour créer des personnages. Je trouve que l’on peut faire passer beaucoup d’émotions ainsi. C’est vrai que l’on me demande souvent de faire des animaux. Dernièrement, on m’a sollicitée pour réaliser « L’histoire du Pays Basque racontée aux enfants », sujet pas très « animalier » de premier abord, mais la demande de l’éditeur était justement d’attacher un intérêt particulier au dessin des animaux.

cariole

Entre vos premiers livres notamment « On l’appelait Lulu, mon grand-père » et vos derniers dont « À plumes, à poils et à écailles » votre style s’est « stabilisé » pouvez-vous nous parler de vos évolutions graphiques ?

C’est vrai qu’aujourd’hui ma façon de travailler est bien définie, elle est le résultat d’observations, de recherches et d’expériences. Je pense que naturellement ce style évoluera encore. Après, on doit aussi s’adapter aux demandes des éditeurs qui parfois souhaitent mettre plus en avant certaines facettes de l’illustrateur.

A toutes les deux cette fois, une question sur cette expérience, en quelques mots comment la qualifieriez-vous ?

Camille : j’ai particulièrement apprécié nos temps d’échanges. Nous avons pu évoquer la spécificité de ce texte dont la construction est assez complexe, sa parenté avec les histoires dont vous êtes le héros et le clin d’œil aux jeux vidéo quand les personnages récupèrent les ingrédients… Que les enfants puissent imprimer les recettes était un souhait qui m’importait beaucoup. Ensuite, voir son texte mis en image est toujours une étape étonnante, j’ai apprécié de pouvoir faire des remarques, échanger avec vous et Julie. Et j’ai été particulièrement sensible aux petits personnages facétieux que Julie a inventés, comme la fameuse petite souris !

Julie : Je trouve très bien d’utiliser les outils numériques d’aujourd’hui pour proposer de nouveaux modes de lecture. Ce qui me plaît chez La Souris Qui Raconte, c’est que l’on retrouve la richesse du graphisme des albums illustrés. Le numérique, avec l’animation et l’interactivité, apporte autre chose que l’album (auquel je suis très attachée !). Ainsi, livres papier et numérique se complètent pour stimuler le plaisir de la lecture !

Un grand merci à toute les deux pour ce livre web qui aura donné beaucoup de mal au développeur Pierre Canthelou qui s’est retrouvé face à une masse d’images dont je vous laisse découvrir le volume avec l’arbre à choix. Notre fil rouge à tous.

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