Tous les ans c’est la même histoire, on enterre une année pour en consacrer une autre. 2015 restera certainement inscrite dans les annales des années noires, alors plus que jamais VIVE 2016 !
Janvier 2015, le choc. Novembre 2015, l’horreur… et le mot « deuil » devient mot clé !
Des événements inimaginables ont ponctué cette année qui s’achève. Ils sont rentrés avec fureur dans l’histoire qu’on célèbrera… pour la mémoire ! Mais pourquoi la mémoire est-elle toujours douloureuse ? Pourquoi se souvient-on plus de ce qui fait mal, que de ce qui fait du bien ? Pourquoi en parle-t-on plus ?
Pour contrebalancer 2015, faisons de 2016 l’année du bonheur, l’année des beaux souvenirs et de la belle mémoire ! Aimons-nous mieux, ouvrons nos yeux aux autres et partageons cela chaque jour. Faire du bien c’est bon pour la santé, alors bonne santé à toutes et tous. La Souris Qui Raconte continuera, par la plume de ses auteurs, par les couleurs de ses illustrateurs, par la voix de ses conteurs, de porter et partager les valeurs qu’elle défend, les valeurs d’amour et de fraternité.
S’unir dans le bonheur est ce que, personnellement, je nous souhaite à tous !
Tout le monde le sait, les salons sont des moments particulièrement riches en rencontres et autres aventures. Ceux du livre, ne dérogent pas !
C’est en mars 2014, à Luçon, que j’ai fait la connaissance d’Eric Sanvoisin, bibliothécaire et auteur à la bibliographie impressionnante. Entre franches rigolades et conversations plus sérieuses, le courant a bien circulé et il m’avait promis un livre pour se tester au numérique ! Quelques mois plus tard, je reçois plusieurs textes, dont un me touche particulièrement…
Illustration Anna Obon
« Ma rentrée colère » raconte la rentrée d’un petit garçon au CP. Loïc est atteint de trisomie 21 et le regard que posent sur lui les autres enfants, m’a immanquablement renvoyée à des souvenirs d’enfance. Je n’ai pas hésité une seconde sur la publication de ce texte, écrit avec humour et humanisme, même si Eric m’a avertie sur la frilosité des autres éditeurs face à un tel sujet. Mais vous le savez bien maintenant, La Souris Qui Raconte parle de tout ! J’ai même voulu aller plus loin. Puisque le héros est trisomique, je n’imaginais pas une lecture faite par un comédien « normal » ! Mes recherches m’ont conduites jusqu’à l’Institut Jérôme Lejeune, où j’ai rencontré Elizabeth Bisbrouck à qui j’ai parlé de mon livre, et de mon projet de le faire lire par un comédien trisomique. Je lui dois la merveilleuse rencontre avec Robin, 24 ans, trisomique et « trois fois plus joyeux que vous » !
Hier donc, nous nous sommes rendus avec Michel à Arras, où vit Robin. Parfaitement autonome, il nous a accueilli dans son chez lui, un grand appartement qu’il partageait avec un colocataire jusqu’à récemment, et localisé dans le même immeuble que l’association Down-up. C’est peu dire que Robin nous attendait. Depuis plusieurs mois il avait reçu le texte d’Eric, et depuis plusieurs mois il travaillait sa lecture. Pour l’aider dans sa préparation et son apprentissage, le texte a été isolé « écran par écran » et imprimé sur 26 feuilles A4 en gros caractères, reliées entre elles pour en faire un livret. Robin l’a même transporté jusqu’au Canada où il s’est rendu dernièrement. Il est tellement imprégné du personnage, que Loïc, c’est lui ! (Il en a omis de préciser que l’auteur, Eric, c’est toi ! Désolée pour cet oubli, et j’espère que tu verras dans cette appropriation un gage de réussite !)
Une expérience comme celle que nous avons vécue hier, ce n’est pas quelque chose qu’on fait tous les jours. Et des craintes, j’en avais. La première, ne pas être à la hauteur du bonhomme ! Trisomique oui, mais humain d’abord, et je ne voulais pas le blesser ou le tourmenter. Comment s’adresse-t-on à un trisomique ? Jusqu’où peut-on aller dans l’exigence ? Que comprendra-t-il, ou pas ? …
Impliqué…Consciencieux…
Robin a étudié le théâtre, il s’est même produit sur la scène de la Comédie Française. Il s’est plié avec professionnalisme à tous nos commentaires. S’il n’était pas d’accord sur telle remarque ou telle autre, il nous le faisait savoir, nous devions argumenter pour lui permettre de comprendre et ainsi de modifier son jeu. Certains des passages du livre sont tellement investis que j’en ai éprouvé une immense émotion. Comme toutes les lectures de nos livres, Robin a lu, et relu, jusqu’à ce que nous soyons tous satisfaits, Martine, sa maman comprise, veillant avec amour et bienveillance sur la performance de son fils.
Merci Robin, merci Elizabeth. « Ma rentrée colère » sera à découvrir en septembre 2016. A cette occasion, je donnerai un autre temps de parole à Robin.
Au fait, si vous non plus ne savez pas comment vous adresser à un trisomique, oubliez qu’il est 3, et adressez-vous à lui comme à une personne à part entière !
Deux semaines pile-poil que Tralala, Zigomar et Berthe amusent nos jeunes lecteurs. Retour sur une création un peu particulière.
Tralala, c’est une mission pour toi !
Dans «Une botte pour deux », une fée nommée Tralala est appelée pour sauver le royaume de Zigomar. Parce que d’affreux nuages noirs flottent autour de ses pensées, notre roi en oublie ses sujets. Un mariage semble la solution au problème. On ne vous dévoilera pas comment notre fée s’y prend… TARATATA… lisez la fin, non mais !
Je suis toujours curieuse de comprendre d’où viennent les histoires et comment les auteurs trouvent leur inspiration. Sophie, vous souvenez-vous de ce qui a fait germer ce récit ?
Tout d’abord merci à vous, Françoise, ainsi qu’à Anne-Sophie pour le conte, son illustration, son design, son interactivité, son animation, sa lecture, sa musique… c’est un plaisir fabuleux de le parcourir, de l’écouter, et de cliquer avec ma souris sur les scènes ! Bon, l’idée du début vient de l’image d’un roi que j’avais en tête, un roi inventeur. Ensuite la fée s’est imposée, une fée qui aimerait bien partir en vacances ; puis Berthe la princesse a débarqué, et sa maman avec. Une maman qui a déjà tout prévu dans le meilleur des mondes. Se jouer des clichés avec une histoire et des personnages rigolos, qu’Anne-Sophie a rendus encore plus drôles, modernes et magiques à la fois.
On y trouve une fée, un roi, des princes et des princesses, des vieux grimoires et une filiation lointaine à Cendrillon. Que représentent pour vous, les contes dans la littérature enfantine ?
L’enfance, justement, et une possibilité de s’amuser avec des thèmes que l’on bouscule sous un éclairage plus actuel, sans effacer le merveilleux pour autant.
Comment écrivez-vous, et à quel rythme, est-ce votre seul métier ?
Ce n’est pas mon métier, alors j’écris selon mes envies ; il faut que je sois portée par un coup de cœur pour un sujet ou une image. Ensuite les pièces du puzzle (de l’histoire) doivent s’enchaîner les unes après les autres de manière logique, cohérente, et je peux enfin démarrer l’écriture, donc le rythme est assez irrégulier.
Quel est votre (ou vos) prochain projet, littéraire ou autre ?
Des parutions dans des magazines (presse) sont prévues en Février et Mai prochains, après on verra, j’attends des réponses.
Elle a de siiiiiiii grands pieds !
Anne-Sophie, tu n’en es pas à ton coup d’essai avec Tralala, « Zila et le chevalier » de Marc Cantin est parue en mai 2011, et à l’époque, tu avais déjà répondu à mes questions. Dans « Une botte pour deux » tu as relevé le défi (fou) de réaliser l’entièreté du livre. Illustration, design interactif, animation… Es-tu prête à nous en parler ? Peut-être en comparant le travail fait sur Zila et celui sur Tralala. Ou bien en mode divan, pour nous raconter combien tu as déprimé parfois face à l’ampleur de la tâche façon Sisyphe ?
Ahah ! C’est vrai que ce projet aura été riche en émotions ! D’abord parce que je suis quelqu’un d’ambitieux et de très exigeant avec moi-même, ensuite parce que je me laisse embarquer par l’histoire et par mes idées en perdant de vue parfois la réalité… Je ne sais pas ce qu’en penserait Freud, mais en tout cas le résultat est là : ce projet a duré beaucoup plus longtemps que prévu mais on en est venu à bout !
Une des grosses différences avec Zila, c’est la création des personnages. Je voulais pouvoir les animer un peu plus et proposer plus d’expressions de visage, alors ça m’a demandé d’adapter ma façon de travailler. Il y a un peu plus d’interactions aussi puisque c’est une histoire à jouer.
J’aime particulièrement tes illustrations, tes recherches sur les matières, et tes décors. Tu nous expliques ?
Au départ, je mélange crayon de papier et craie grasse et puis je viens ajouter des matières, des filtres, parfois j’intègre même une photo que je retravaille… bref, je bidouille. Pour ce projet, j’ai dessiné certains éléments directement sur l’ordinateur pour pouvoir les animer un peu plus et plus facilement. Le challenge a été de ne pas perdre cet effet « matière » que tu aimes tant Françoise, faire en sorte que tout se marie bien. Je trouve que parfois j’ai réussi, parfois moins…
Et toi Anne-Sophie, quels projets ?
Je travaille sur 4 petits films pédagogiques pour Canopé. Il s’agit d’expliquer l’orthographe lexicale aux enfants sous forme de documentaire animalier. Je m’amuse comme une folle sur les décors et les animations de petites lettres animalisées.
Ensuite, j’aimerais bien aller vers la presse jeunesse… pour illustrer des histoires plus courtes et voir ce que ça donne sur du papier ! 😉
J’ai aussi envie de porter de nouveaux projets : toujours mi-illustration, mi-animation, mi-jeu vidéo, toujours de la pédagogie et de la bidouille.
En janvier je reprends les ateliers cinéma d’animation avec les classes de primaire et collège d’Annecy. J’ai hâte de découvrir quelles histoires les enfants ont envie de raconter cette année !
Je n’y étais pas en effet et je le regrette car c’est une super opportunité de rencontres et de lectures mais tant pis, ce sera sans doute pour l’année prochaine.
Anne-Sophie :
J’ai été plongée dans un univers beaucoup plus numérique et technologique au Talent Day à Lyon, dans ma région, pour y découvrir, entre autre, les innovations technologiques du moment…
Enfin, et pour terminer, parce que les événements sont encore trop récents dans nos mémoires meurtries, quelques mots sur ce terrible vendredi 13 novembre… Quels sont ceux que vous aimeriez partager avec les plus jeunes ?
Sophie :
C’est difficile de trouver les mots, on est sous le choc, peut-être répéter simplement que les liens d’amour que l’on tisse jour après jour sont très précieux, surtout dans ces moments-là, que ces liens durent toute une vie, qu’ils nous rendent plus forts que la barbarie.
Anne-Sophie :
J’ai envie de leur dire qu’on a le droit d’être tristes et d’avoir un petit peu peur, mais qu’il faut garder confiance en notre pouvoir d’amour et continuer à regarder le monde avec nos yeux d’enfants. Continuer à rêver ensemble et à créer chaque jour un monde un petit peu meilleur en semant des graines d’amour et… des peaux de bananes ! (Ba oui, on ne sait jamais, on pourrait devenir Reine et arrêter les guerres et tout ça…) Et puis, après tout, tout ça… c’est peut-être une mission pour notre la fée Tralala !
« Abracadabra, abrabanana, les méchants ne gagneront pas ! »
Un grand grand merci à toutes les deux, pour vos réponses et la confiance que vous m’accordez en participant une première fois et une deuxième fois à la belle aventure de La Souris Qui Raconte !
Alice est retournée dans les pages de ses livres, que ce soit celles de Rebecca Dautremer, Chiara Carrer, Antony Browne, Benjamin Lacombe ou Gilles Bachelet. Elle nous a, une fois de plus, émerveillés et fait rêver. Et il en fallait du rêve pour ce salon de tous les défis.
Treize novembre, la stupeur ! Alors que les cœurs sont encore à vif, des décisions doivent être prises sur l’avenir immédiat des diverses programmations. Sylvie Vassalo a très vite décidé le maintien du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil aux dates initiales, alors que je m’interrogeais dans un précédent billet. Elle s’en est expliquée auprès des éditeurs lors d’une réunion de crise quelques jours avant le salon (qui d’après les infos glanées sur celui-ci n’a pas été la seule sur la période), avec la promesse de mettre tout en œuvre pour la sécurité absolue des exposants, visiteurs et organisateurs. Malgré les souvenirs douloureux récents, l’appréhension et l’absence d’enfants, l’équipe entière a su faire face en proposant des solutions exceptionnelles aux problèmes qui l’étaient tout autant, et c’est de cela dont je me souviendrai le plus.
Si tu ne viens pas aux livres, les livres iront à toi !
Alors que les enfants étaient coincés dans leurs classes avec interdiction de sortie, près de 30 rencontres prévues sur les journées de mercredi, jeudi et vendredi ont été délocalisées. Premier défi relevé.
On a aussi vu circuler dans les allées des petits chariots étoilés, afin de récolter puis apporter aux enfants, livres, affiches, documents en tout genre, représentant quelque 12 000 Chèques Lire !
La sécurité… un autre défi. Un contrôle de plus de 139 000 visiteurs, dont la logistique était digne de certaines descentes d’avion aux Etats-Unis (la bonne humeur en plus), a été assurée par un service de sécurité hors pair. A plusieurs moments clés du salon, une file résignée s’étirait jusqu’au métro Robespierre. Patients et consentants, les visiteurs ont joué le jeu des portiques électroniques, fouilles parfois (je le sais, j’ai sonné) et ouvertures des sacs. Pour toutes ces raisons, la 31e édition du Salon restera inscrite dans les mémoires. Travées désertées d’enfants, les jeudi et vendredi notamment ; succès d’une logistique décidée in extremis en écho aux annonces ministérielles ; chaleur moite dans un mois de décembre COP21 ; et pour les « pure-players » le chiffre consternant de TROIS !
Trois éditeurs numériques sur un salon où livres numériques et livres papier ont bien du mal à cohabiter, est un titre que je proposerais bien à Katherine Pancol en vue d’un super best seller où l’on découvrirait que non le livre numérique ne tue pas le livre papier…
Vincent Monadé le laissait entendre en préambule de la matinée Transbook. Le livre numérique on en cause beaucoup… mais quid d’en faire ?
En France, quand les grands acteurs du livre papier se frottent au numérique, ça donne un Albin Michel qui nous fait le coup de l’Herbier des fées-le retour, avec un prochain epub enrichi à 3 millions de dollars, mais qui semble avoir reçu les subventions ad hoc, CNC compris, comme si le postulat de création intégrait de fait la quête et l’attribution des subventions.
A l’étranger, c’est un Sesame Workshop qui nous montre, à l’instar de Toca Boca l’an passé, l’importance de REGARDER l’enfant pour comprendre ses attentes… Et je n’en dirai guère plus car je ne suis pas restée jusqu’au bout, accablée par une impression de déjà vu !
Et puis en bas, égarés dans le Grand Marché, on a les petits acteurs, les riquiqui pugnaces qui ne lâchent rien, et qu’on n’invite jamais. Ceux qui peuvent vivre de l’air du temps, et qui se recroquevillent chaque année pour n’être plus que trois présents sur le salon. Soutenus avec une bourse d’aide à la création en 2014 (quand même !), dont e-Toiles éditions(absente des stands) et l’Apprimerie ont bénéficié, ils résistent. Au passage, je me demande pourquoi cette aide n’a pas été reconduite en 2015 ? Je brûlais de poser la question au président du CNL qui a beaucoup parlé de cette question. A-t-elle désormais vocation à n’être attribuée qu’aux projets les plus onéreux ? Faut-il que ça coûte et que ça brille pour être digne d’intérêt ? J’ai aussi noté que les subventions pourraient s’étendre aux applications, parce que, c’est exact, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis (et ce n’est pas moi qui l’ai dit) ! Seulement voilà, si j’ose avec mon clavier titiller là où ça chatouille, dans la vraie vie, je n’y arrive pas… et la question n’est pas sortie lors de cette matinée Transbook !
Peu importe, le salon (et la vraie vie) était en bas, dans le Grand Marché. Ce nouveau lieu a ouvert sur un autre public, en déstabilisant celui qui cherchait le pôle numérique, je vous l’ai dit, un vrai roman ! Mais les six journées, menées au pas de charge, et réinventées au fil des situations ont été de belles journées. Même si les retombées d’un tel événement sont totalement abstraites pour nous « pure-player », en être est extrêmement valorisant, d’autant plus lorsque c’est la 4e année consécutive !
Pour plus d’images, rendez-vous sur la page Facebook de La Souris Qui Raconte, qui chaque jour a moissonné pour vous… et rendez-vous pour la 32e édition !