N’est-ce pas la question qui se pose à beaucoup de bibliothèques ?
Du 7 au 9 juin se tiendra à Montreuil, le 58 e congrès de l’ABF, sur le thème « La bibliothèque, une affaire publique ». Vaste sujet ! Préoccupant si l’on en croit les personnes les plus concernées. Car, à l’ère du numérique, d’Apple et d’Amazon les questions affluent. Celles de la lecture, de la médiation et de la recommandation sont évidemment fondamentales pour un bibliothécaire ! Elles le sont aussi pour un éditeur, même (et surtout) numérique. Editeur (100%) numérique, La souris qui raconte, a très vite voulu marquer son adhésion à ces problématiques en proposant aux bibliothécaires qui en font la demande, un abonnement à ses ressources, en mode sur place. Je vous en parlais, non sans fierté, ici. Depuis, 7 nouvelles bibliothèques ont souscrit un abonnement, dont la très célèbre Cité des Sciences, et l’exotique Institut Français de Tunisie…
Comme la question posée comporte deux options, il fallait bien essayer de résoudre celle de ladistance ! C’est chose faite depuis quelques jours avec la société CVS. Je ne peux malheureusement pas vous diriger vers le lien de cette ressource, il faut être abonné pour cela… mais je peux vous montrer l’espace, ludique et coloré … et vous inviter à vous renseigner !
Depuis la création du site lasourisquiraconte.com le 27 septembre 2010, il y a un peu plus d’un an, j’ai instauré avec grand plaisir un certain nombre de rituels. Celui que je préfère est celui où je donne la parole aux auteurs et aux illustrateurs. L’occasion pour eux de s’exprimer, et pour les lecteurs de La Souris Qui Raconte, de connaître les coulisses de fabrication d’un livre numérique ! Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous donner la parole, à vous Christophe Loupy(Metantropo), pour que vous nous donniez quelques recettes d’écriture. Votre contribution aux histoires de La Souris Qui Raconte est la deuxième. Après La petite flamme(collection Histoires à lire) illustrée par Mehdi Sévère et mis en ligne le 20 octobre dernier, Les deux rois, la sorcière et le sage(collection Histoires à jouer) illustrée par Johan Toggenburger a démarré le 12 décembre dernier. Les deux illustrateurs qui ont travaillé sur vos très jolis contes pour enfants, ont un point commun que je divulguerai plus tard. Mais avant je voudrais que vous nous disiez comment vous avez connu La Souris Qui Raconte et pourquoi vous avez eu envie de lui soumettre vos textes.
En parlant de souris… Tiens, justement… je suis comme la petite souris… au courant de beaucoup de choses avant les autres… Enfin, quand je dis beaucoup de choses, sous-entendu dans l’édition jeunesse. En fait, j’ai la chance d’avoir une double casquette. D’une part, je suis auteur en littérature jeunesse ; et d’autre part, directeur de publication de l’annuaire professionnel de l’édition jeunesse,Le Guide de l’Edition Jeunesse.
Ce gros annuaire (de plus de 1500 entrées) aura 10 ans d’existence l’année prochaine et je dois dire que cette longue route aux côtés des professionnels fait qu’aujourd’hui j’ai, de façon régulière, de nombreuses informations de leur part. C’est ainsi que j’ai appris la création de La Souris Qui Raconte. Ce concept vraiment novateur m’a tout de suite séduit car j’ai imaginé immédiatement quel fabuleux produit cela pouvait donner aux enfants. La suite, vous la connaissez, j’ai eu envie de m’investir dans le projet, d’abord en tant que directeur de publication en ajoutant cette maison d’édition à notre annuaire ; et ensuite en tant qu’auteur car j’ai eu envie de proposer mes propres contes.
Comment avez-vous ressenti les interprétations que Mehdi et Johan ont faits de vos œuvres, et trouvez-vous un lien dans leurs univers respectifs ?
Lorsque j’ai découvert les illustrations faites par Mehdi et Johan sur mes textes, j’ai tout d’abord été impressionné par leur talent. Leur trait est à la fois clair et précis, leur style très proche des styles graphiques modernes que l’on trouve actuellement dans les films d’animation, mais avec, en plus, un travail sur l’ombre et la lumière que j’aime beaucoup. Même s’ils ont chacun leur univers graphique, je dirais qu’ils se rejoignent dans ce style audiovisuel moderne utilisant l’outil numérique (qu’ils maîtrisent admirablement tous les deux).
Etant tous les deux issus du jeu vidéo, leur approche graphique s’en ressent. Ce sont les seuls illustrateurs à avoir intégré dans leurs illustrations, des effets de flou ou de travelling. Peut-être est-ce cela leur style audiovisuel moderne…
Que pensez-vous de l’édition « pure-player », vous, auteur papier. Et les éditeurs avec lesquels vous signez des contrats intègrent-ils le numérique ou pas encore ?
Je me réjouis toujours de nouveaux supports artistiques et culturels. L’édition « pure-player » apporte des choses que l’édition papier ne peut apporter. Même dans les romans basiques. Le fait de pouvoir transporter une bibliothèque de plusieurs milliers de titres avec soi partout dans une simple tablette numérique de quelques centimètres, c’est extraordinaire. Le fait de pouvoir lire son roman dans le métro sur son smartphone, même dans le noir, c’est pratique. Personnellement, je me lance, moi aussi, en tant qu’auteur, dans l’édition numérique avec une série de romans d’aventure pour les ados, Code : Lady G, qui raconte les aventures fantastiques de la célèbre chanteuse américaine. Le premier épisode, La pyramide de Mu, est déjà en ligne, le second aussi, depuis quelques jours. Il s’intitule La citadelle de Ksanthor.
Je pense qu’il ne faut pas avoir peur du numérique dans l’édition. Le papier et le virtuel continueront à vivre en parallèle. Il y a quelques années, lorsque la musique assistée par ordinateur a fait son apparition, on l’a accusée de tous les torts. Elle allait, disait-on, remplacer les musiciens, les mettre au chômage. Finalement, chacun a trouvé sa place et la création musicale s’est élargie avec ce merveilleux outil. Il en sera de même avec la littérature numérique. C’est une belle invention et, on le voit avec le catalogue de La Souris Qui Raconte, cela dynamise la création.
En ce qui concernent les contrats, certains de mes éditeurs papier tentent d’y intégrer le numérique mais pour l’instant, il est difficile de signer quoi que ce soit en la matière car les syndicats d’auteurs et les syndicats d’éditeurs ne sont pas d’accord sur tous les points. C’est normal, toute technologie nouvelle entraîne son lot de questionnements et de transformations. D’ici quelques temps, je pense que les intérêts de chacun trouveront leur place dans un accord et que des contrats « types » préservant à la fois les auteurs et les éditeurs seront élaborés. Il faut faire confiance en l’intelligence de chacun.
Je crois savoir que vous avez encore une troisième casquette, vous pouvez nous en parler.
En effet, je suis également instituteur en maternelle à plein temps. Cela fait, comme vous vous en doutez, des semaines bien chargées. Les mercredis vaqués, je ne connais pas, et mes semaines de travail sont souvent plus proches de 50 que de 35 heures. Je me lève à 6h00 pour pouvoir travailler une heure avant de partir à l’école et le soir je m’y remets jusqu’à 19h00. Quant aux vacances scolaires, je les passe à rattraper la paperasse en retard, ou parfois sur la route, comme l’an dernier, où j’ai passé une semaine en février au lycée français de Madrid dans les classes de maternelle pour des animations autour de mes albums, puis une semaine à Pâques dans un groupe scolaire en Bretagne pour animer, cette fois, dans toutes les classes, de la maternelle au CM2.
Lorsque vous écrivez, comment cela se passe-t-il ? Dans un bureau, avec un ordi et un clavier, ou de manière moins formelle sur un coin de table dans un bistrot ou votre cuisine ?
Cela dépend du moment. Chez moi, c’est sur mon PC dans mon bureau. A l’extérieur, c’est sur mon ordinateur portable. L’été, j’emmène un cahier à spirale pour écrire sur la plage. En fait, j’ai beaucoup de facilité à me concentrer, quelque soit l’endroit. Je suis conscient que c’est un luxe, mais c’est aussi une nécessité car, contrairement aux confrères qui ne font que ça, j’ai intérêt à « rentabiliser » mes moments libres si je veux que mes histoires voient le jour.
Quelles étaient vos références dans l’écriture de vos deux contes ?
Pour La petite flamme, l’idée m’est venue de « l’effet papillon ». Je me suis dit que l’on parle bien souvent de ce phénomène en l’attribuant à une chaîne négative, et qu’il serait intéressant de la développer, au contraire, positivement.
Pour Les deux rois, la sorcière et le sage j’ai observé autour de moi. J’ai vu que les gens, finalement, se disputaient au départ pour des choses sans importance, et que cela prenait vite des proportions incroyables. Dans une file d’attente, par exemple, pour gagner 1 minute 30 (chronomètre en main !), ou sur la route, pour gagner 4,50 mètres… Mais ce qui est le plus étrange dans ce conte, c’est que je l’ai écrit avant les événements du 11 septembre et qu’ensuite, lorsque cette tragédie s’est produite, j’ai constaté des parallèles troublants dans mon texte : les deux pommiers géants, par exemple, ressemblent beaucoup aux deux tours (ils dominent le village, on les abat et des milliers d’habitants meurent). Le nom du roi Rico (qui veut dire riche en espagnol) mais qui, associé à Lamé (nom de son village), donne LaméRico (L’Américo) ; la sorcière qui conseille « Plante ces deux graines au sud de ton verger, là où le soleil et l’eau caressent tes terres… », les tours jumelles étaient situées au sud de Manhattan, langue de terre entourée d’eau et éclairée (soleil) par la statue de la liberté… Je vais terminer en disant que le titre original, celui que j’avais trouvé pour ce conte était Big apples, normal pour une histoire de grosses pommes, sauf que Big apple est aussi le surnom de New York…
A ce jour, je n’ai toujours pas d’explication à ces « coïncidences », mais c’est un phénomène, je dois dire, qui m’a toujours fasciné et excité mon imagination.
En effet, toutes ces coïncidences sont pour le moins troublantes !
Parlez-nous de Metantropo, qui est-il ? Après quelques recherches je me rends compte que les titres parus sous ce patronyme datent un peu, publiez-vous encore sous ce pseudo ?
Ce pseudo, je l’ai inventé à mes débuts. Je venais d’écrire mon premier roman pour ados, un roman fantastique pour les éditions Magnard jeunesse et je m’étais amusé à trouver un pseudonyme fantastique pour « ficeler » l’ensemble. Metantropo est construit sur deux racines grecques, Meta (qui signifie, « un peu plus que », « au-delà de ») et Antropo (qui signifie « être humain »). C’est ainsi que, pour cette histoire fantastique, j’ai signé, non avec un certain amusement, « Metantropo » (un peu plus qu’un être humain). Seulement voilà, ce que j’ignorais à l’époque, c’est que ce choix allait me piéger. En effet, lorsque, quelques temps plus tard, j’ai signé mon premier roman ado chez Flammarion, la directrice de collection, qui connaissait mes romans fantastiques chez Magnard, m’a demandé : « Voulez-vous signer Christophe Loupy ou Metantropo ? ». Comme il ne s’agissait pas d’un roman fantastique, mais d’un récit d’aventure sur fond historique, je pensais signer tout naturellement Christophe Loupy. Mais elle avait sa petite idée en tête : « Comme les ados ont commencé à vous découvrir sous le pseudonyme de Metantropo, il serait bien, me dit-elle, de signer ce roman sous le même nom. » Je devais reconnaître que son analyse était judicieuse et j’ai accepté de signer une nouvelle fois Metantropo. Depuis ce jour, je signe Christophe Loupy pour les enfants et Metantropo pour les ados (et les adultes). D’ailleurs, en réponse à votre question, je continue à écrire pour les ados car j’ai sorti en mai dernier L’invasion des kaméléons chez Milan Jeunesse (Wallis, 12 ans, hémiplégique, va sauver le monde de l’invasion de créatures capables de prendre l’apparence humaine), le second tome L’Amnêzone sortira fin 2012. Un autre roman d’aventure sur fond historique, est prévu aussi pour fin 2012, Un fantôme pas comme les autres chez Océan Editions (Blandine, 12 ans, traquée par un SS sanguinaire en 1944, va être aidée par le fantôme de Simon, 13 ans, qui en 2005, a des pertes de connaissances pendant lesquelles son esprit remonte le temps malgré lui). En comptant un roman fantastique pour adultes L’Antestament et ma série de romans numériques Code : Lady G, voilà les différents « Metantropo » signés dernièrement.
Et bien… ! tout ça en 50 heures par semaine ? Bravo Monsieur Loupy ! Et au-delà des livres qu’aimez-vous par dessus tout ?
J’aime voyager, découvrir les merveilles du monde et rencontrer les gens ; les soirées entre amis, la cuisine de ma femme et surtout son foie gras maison (chic, c’est la saison !) ; les sports funs pour ne pas dire extrêmes (bien qu’à 50 ans on ralentisse forcément).
Que détestez-vous par dessus tout ?
Le froid (mes origines réunionnaises y sont peut-être pour quelque chose…) ; les conflits, les grandes gueules (tout peut se résoudre par le dialogue entre personnes de bonne intelligence, non ?) et la violence de l’homme sur la femme ou sur l’enfant.
La nouvelle année est encore au pied des sapins et j’ai quelques accointances avec le Père Noël, avez-vous un souhait pour 2012 ?
Mon plus grand souhait serait que les gouvernements du monde entier interdisent, à partir de 2012, la spéculation sur les denrées alimentaires. Si le Père Noël arrive à faire ça, promis, je l’aide dans sa tournée l’année prochaine !
Un grand merci Christophe ! Je sais un peu plus, si j’avais encore quelques doutes, pourquoi j’ai voulu vous faire parler de vous et de Metantropo. Deux hommes en un, chacun avec de grandes qualités !
Une jolie petite histoire dans la collection « Histoires à lire » pour tous les enfants qui eux aussi, ont une famille « chelou » ! Dès 5 ans.
Dagobert à 11 ans (enfin presque) et nous présente avec humour son père, sa mère, sa sœur, son frère… sa famille quoi ! Une famille un peu à l’envers qui fait beaucoup parler d’elle à Pince-sans-Rire. A la plume Ingrid Chabbert, aux feutres Emilie Michaud, à l’animation Ivan Timsit et c’est Jean-Marco Montalto qui prête sa voix à Dagobert. Mise en ligne de l’extrait le 3 novembre pour la Saint Hubert, question de rester dans les « bert » et mise en ligne de l’histoire complète le 10 novembre, pour la Saint Léon, mais là ça n’a rien à voir !
« Conte du haut de mon crâne » est le 20e titre de La Souris Qui Raconte. Un conte remarquable et inattendu, où rien n’est en demi-teinte. L’écriture est celle d’une personne passionnée qui donne à penser qu’elle sait de quoi elle parle. Quant à l’illustration, magistrale de poésie, remarquable de trouvailles, de détails et d’humour, elle complète à merveille ce texte sensible que je conseille aux 9-10 ans, et à tous les adultes qui ont gardé une âme d’enfant…
Séverine : Comment ce texte est-il né dans votre tête ?
C’est un mystère. Honnêtement, ce texte est très différent de ce que je fais d’habitude. Vraiment. J’ai pensé à Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray), j’avais des images en tête (l’escalier-route en bois d’Eau-qui-file par exemple). Les noms des personnages m’ont guidée, je ne sais ni comment, ni où.
Claire : Qu’avez-vous éprouvé à sa lecture ?
Le ton de l’histoire était tellement différent de ce que l’on lit d’ordinaire pour les enfants. Je ressentais une mélancolie, un romantisme sombre. J’ai indéniablement pensé à « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand. J’adorais ce sombre titre de livre et l’image d’un homme de dos face à la mer qui illustrait l’extrait d’étude dans mon livre de Français, en classe de 4e (voir Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1817-1818). A côté, le quotidien bizarre d’Ari Allistair inspirait une joie douce, un grain de folie qui apportait toute la poésie et la légèreté qu’il faut pour pallier au ton empreint de gravité de l’histoire. L’idée d’un immense manoir « La Colombe » plein de surprises m’a rappelé « A puzzling day at Castle MacPelican » de Scoular Anderson, un livre-jeu extraordinaire de mon enfance, qui a influencé mon trait de dessin, et que je recommande chaudement.
Claire : Avez-vous eu des difficultés à mettre en image ce récit ? Racontez-nous comment vous avez travaillé les personnages et notamment Ari Allistair ?
La richesse du texte de Séverine ne pouvait se contenter de pauvres images. Ma mission était d’apporter le plus de détails possible dans les décors pour consolider l’histoire, lui donner une identité singulière et à la hauteur du récit. J’ai collecté près de 300 images aussi bien de l’époque du romantisme que contemporaines. Des portraits de personnes, des photos d’intérieur, d’extérieur, d’objets et de détails insolites qui alimenteraient la poésie de l’histoire. La colombe, emblème du manoir, devait se retrouver dans le papier peint, les cadres des tableaux. J’ai eu peur de commencer les croquis. C’était ma première histoire de commande à illustrer, on a tous le souci de bien faire et d’espérer que cela plaise à l’éditeur, que l’écrivain retrouve son texte, et que le jeune lecteur s’amuse. Pour ce dernier, je voulais lui donner des interactions jeux et des animations qui le fassent rire à la manière des cartoons, des gags qui peuvent ne pas avoir de liens à l’histoire, je pense à la limace… Il fallait penser aussi à l’animation et au support non papier mais digital donc les aquarelles étaient à éviter, les images se devaient d’être nettes et légères informatiquement parlant. Je voulais, cependant, garder l’aspect dessiné à la main. J’ai finalement opté pour le dessin traditionnel au stylo encre noire. Les dessins en noir sur blanc sont passés au scanner, puis à la vectorisation sous Illustrator (logiciel d’Adobe).
J’ai créé une palette de couleurs à partir de mes photos de référence et je me suis pliée à ce code couleur. J’ai colorié en plaques (toujours sur Illustrator) sur des calques séparés du dessin vectoriel, je pouvais ainsi changer à ma guise les couleurs. L’ensemble étant vectoriel, il était plus facile de les manipuler sur Flash et les animations ne souffraient pas d’une différence de style. Pour Ari Allistair, je l’ai croqué instantanément. Bien sûr, certains ont pensé immédiatement à Harry Potter avec ses lunettes rondes et ses cheveux noirs en épi. Mais il n’a pas de cicatrice en forme d’éclair, ni de baguette magique. Juste une louve à ses côtés, un pull rouge et un pantalon beige.
Séverine : Décrivez-nous vos réactions et celle de votre famille à la découverte des illustrations de Claire.
J’ai eu un vrai choc. J’ai eu les larmes aux yeux, la chair de poule, avec l’impression de redécouvrir mon texte. Une émotion inouïe !
Claire : Lorsque l’on passe tellement de temps sur un projet, comment en ressort-on ? Par ailleurs, rappelez-nous le temps que vous a pris l’illustration de ce conte et ce qu’il a de particulier typographiquement parlant ?
J’ai travaillé sur ce projet entre Octobre et Juin, soit 9 mois comme les bébés avec des périodes en suspens. J’ai eu des complications post-natales au niveau informatique mais j’ai reçu beaucoup d’aide heureusement. Il y a eu :
- les recherches avec les croquis et les dessins propres,
- la composition des images de chaque écran en accord avec une taille de texte suffisante pour la lisibilité,
- la recherche et réalisation d’animations sur Flash, et bien sûr les aléas de la programmation Flash qui ont freiné la progression du travail.
Rappelons-nous qu’il s’agit d’une histoire composée de 27 images avec le texte dessiné entièrement à la main (puis passé en vectoriel) et que dans chaque page, j’incluais des interactivités plus ou moins complexes et élaborées. L’expérience m’a permis d’allier illustration et animation avec une grande liberté d’expression. Les animations cachées dans l’image apportent une nouvelle dimension au récit, une seconde lecture en somme et prouve que le livre interactif a un avenir, s’il est bien orchestré et pensé comme tel, s’il n’est pas le substitut interactif d’une histoire déjà publiée sur papier. Ma première histoire de commande a l’originalité d’être digitale et interactive, farcie d’animations à chercher, écrite par Séverine Vidal qui monte-qui monte et éditée par une Françoise Mary Poppins, une souris qui fait sa place à côté du chat de l’édition classique française. J’en ressors donc avec une grande fierté, c’est un travail d’Hercule accompli.
Séverine : Vous qui éditez beaucoup en papier, parlez-nous de cette expérience numérique et des différences que vous trouvez par rapport à une édition classique.
Dans le cas de ce livre en particulier, je n’ai aucun regret du type « ah, si seulement il pouvait exister en papier… ». La qualité du résultat, les surprises, la poésie et la sensibilité apportées par Claire, font de l’ensemble un objet à part, entre livre et dessin animé. Une expérience. Je suis ravie. Merci la Souris ! Merci Claire !
Personnellement je suis impressionnée par ce livre et les talents qui s’en dégagent ! Celui de l’auteur en premier lieu, que La Souris Qui Raconte connaît bien puisque c’est sa 3e contribution avec nous (Je suis le nombril du mondeetChacun cherche Papy étant les deux premiers opus), mais aussi celui de Claire qui l’a mis en images, a donné vie aux personnages. Sur la « quatrième de couv. » je parle d’une alchimie ! Il est vraiment question de cela et je reste émerveillée à chaque lecture (je l’ai lu au moins 20 fois) ! J’espère que les lecteurs sauront communiquer autour de ce livre, comme on communique autour d’un livre papier qu’on a aimé ! Combien de fois ai-je posé cette question à des amies : — « Tu lis quoi en ce moment ? »
Je me prête à rêver qu’un jour l’une d’elle me réponde : — « Conte du haut de mon crâne, un livre rare écrit par Séverine Vidal, illustrée par Claire Fauché et lu par Cécile Givernet, aux éditions La Souris Qui Raconte ! »
Après Je suis le nombril du Monde, Séverine Vidal fait là encore preuve de talent et de malice dans cette histoire qui inaugure la collection à inventer de La Souris Qui Raconte.
« Chacun cherche Papy » est l’histoire de quatre enfants, et de son acolyte tout droit sorti de l’imaginaire de Séverine. Leurs aventures les conduisent à la recherche de leur Papy, mystérieusement disparu. Bérengère Le Gall donne vie aux personnages avec délicatesse et humour, et enfin Ivan Timsit anime le tout. Cette histoire pour enfants de 5 à 75 ans nécessite aussi de la programmation, question qu’aucun des protagonistes ne se perdent en route !
Vous l’aurez deviné, un bien beau livre à lire en ligne dès le mois d’avril.
"Chacun cherche Papy" illustration Bérengère Le Gall