Depuis vendredi dernier « Le prince de Venise » vogue sur les canaux vénitiens. 38e du genre, ce nouveau livre numérique est publié sur le site dans la collection « Histoires à lire ». Un conte écrit par Christophe Loupy et illustré par Bérengère Le Gall qui, pour l’occasion, ont répondu à mes questions.

Le prince de Venise-couve

Christophe c’est maintenant votre troisième contribution pour La Souris Qui Raconte. Après « La petite flamme » et « Les deux rois, la sorcière et le sage », « Le prince de Venise » aborde un sujet qui vous est cher, celui du partage. Les constructions narratives et les thèmes abordés dans La petite flamme et Le prince de Venise, sont très proches. Une flamme pour l’un et une noix pour l’autre. Pouvez-vous nous éclairer sur vos choix et vos inspirations.

Dans La petite flamme, j’avais effectivement développé le thème du partage. L’héroïne est très pauvre, mais elle donne tout l’amour qu’elle a en elle. Le thème pouvait être : donnez aux autres, il en sortira toujours quelque chose de bien à la fin.
Dans Le prince de Venise, le thème du partage est présent, vous avez raison, mais ce n’est pas sur cette trame que j’ai travaillé. Ici, ma réflexion s’est plutôt orientée vers le thème du bonheur. Sur cette question que l’on se pose souvent : le bonheur, c’est quoi ? Le héros est très riche, il possède tout ce qu’il veut, quand il veut, et malgré tout cela, il n’est pas heureux. En fait, il n’est jamais heureux car il manque toujours quelque chose à son bonheur. Spinoza disait que le bonheur n’est pas de pouvoir combler ses envies (car il y en aura toujours de nouvelles) mais plutôt de savoir savourer, au moment présent, ce que l’on possède. C’est ce que va comprendre le héros, à la fin de ce conte.

Ah l'amour, ça vous rend léger… léger… !
A votre avis, il comprend quoi notre prince à la fin ?

Ce conte est-il un souvenir d’un voyage à Venise ?

J’adore cette ville. J’y ai de très bons souvenirs, certains sentimentaux, sans rapport avec ce conte, mais ce lieu est magique, un peu comme cette noix. Cela dit, chaque fois que j’ai l’occasion d’écrire une histoire qui s’y déroule, je le fais toujours avec un immense plaisir.

En préparant cette interview, j’ai découvert avec intérêt votre entretien paru sur le site Ricochet. Il y est principalement question du guide annuel dont vous êtes l’éditeur « Le guide de l’édition jeunesse », et où vous m’aviez proposé dès 2012 de référencer La Souris Qui Raconte. Vous n’avez pas de frein face à l’édition numérique (ce qui n’est pas le cas du très bon site Ricochet, et je le déplore), avez-vous observé des changements sur ces questions au travers de votre guide ?

Le guide de l'édition-2016Je suis un fervent défenseur de l’édition numérique. Je reste persuadé, contrairement à certains, que l’édition numérique ne nuit pas à l’édition papier et que les deux trouveront leur place en harmonie. C’est curieux de voir comment les gens manquent de recul, ou ont des craintes face à l’inconnu (thème d’actualité). Un jour, un de mes amis m’a dit « Moi je suis papier, j’aime l’odeur du livre, le tenir, le feuilleter. Je ne pourrai jamais passer au numérique. » Je lui ai répondu que personne ne lui a jamais demandé de choisir l’un ou l’autre. Je lui ai prêté ma liseuse pendant des vacances et finalement, il en a acheté une. Aujourd’hui, il partage ses lectures entre papier et numérique, selon les moments, les endroits, les besoins. Comme pour toute technologie nouvelle, il faut qu’il y ait une éducation à l’outil et une ouverture au monde. Cela viendra avec le temps, j’en suis convaincu, et le papier n’y perdra pas son âme, qu’on se rassure.

Comme je vous aime Christophe lorsque vous dites ces choses simplement sensées… Quatre ans séparent La petite flamme du Prince de Venise, ça vous inspire quoi ?

Cela m’inspire que j’ai de plus en plus de mal à me partager entre mes éditeurs ! J’adore écrire du conte, mais j’aime aussi le changement. Entre temps, j’ai écrit un gros pavé pour ados, des albums, des romans courts… En ce moment, je travaille sur un tome 3 d’une série de romans pour les 6-8 ans, un tome 2 d’une série pour les CP, je viens de finir un nouvel album et la trame d’un cahier d’activités ludo-éducatif pour les maternelles…
Mais promis, Françoise, je récrirai pour vos collections, avec grand plaisir !

Peu d’auteurs comptabilisent 3 titres chez LSQR, et je suis déjà comblée par vos trois contes, alors… un quatrième établirait un record ! Et sinon, quels projets pour les quatre prochaines années ?

Ouh là là ! 4 ans ! Vous voyez plus loin que moi ! Je vais déjà continuer à faire vivre mes séries. J’ai un album en perspective et certains projets en tête, mais j’essaie également de répondre aux demandes de mes éditeurs quand ils me sollicitent pour une nouvelle collection… ou pour un nouveau conte !

Bérengère, pour vous non plus ce n’est pas votre première publication chez LSQR. « Chacun cherche papy » écrit par Séverine Vidal est paru début 2011. Comment avez-vous travaillé cette fois-ci, quelles différences entre les deux livres ?

Pour Chacun cherche papy, j’avais travaillé de manière plus traditionnelle, en dessinant sur papier les illustrations, que j’avais ensuite mises en couleur à l’aide de l’ordinateur.

Chacun cherche Papy
Aujourd’hui, et pour Le prince de Venise, je suis passée au « tout numérique ». Ainsi, je sauve des arbres (enfin j’espère un peu) ! Grâce à ma meilleure amie, la tablette graphique, je dessine directement sur l’ordinateur, cela me fait gagner du temps et de la place.

Bernardino et Luigi

Parlez-nous de votre autre métier, celui de tous les jours. Existe-t-il des affinités entre les deux ?

J’ai la chance d’avoir un métier passionnant. Je travaille dans le cinéma d’animation en tant que character designer, c’est-à-dire que je m’occupe de créer et/ou d’adapter (ou parfois de déformer !) les personnages d’une série. La palette de travail est assez large : elle peut aller de la conception, très créative, à la modélisation, bien plus technique. Mais toujours autour des personnages.
Il y a naturellement un lien entre ces deux métiers, le dessin tout d’abord et, ensuite, le fait de donner vie à des personnages, de les penser, de les créer, de les dessiner et de les faire évoluer dans une histoire pour qu’ils prennent tout leur sens.

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Vous m’avez parlé d’un projet avec Séverine justement, pouvez-vous nous en dévoiler les grandes lignes ou est-ce trop tôt ?

Oh c’est encore beaucoup trop tôt car ce n’est encore qu’un projet ! Mais il s’agirait peut être d’adapter Chacun cherche papy en bande dessinée. Les Mimo’z, bientôt en librairie ? Croisons les doigts.

Oh oh ! Là vous piquez ma curiosité et j’ai hâte d’en savoir plus…
Une dernière question pour tous les deux.
S’il ne vous restait qu’un livre (c’est une supposition qui n’arrivera jamais évidemment hein !), quel serait-il et pourquoi ?

Christophe : Ai-je le droit de répondre ma liseuse numérique avec ma bibliothèque complète ? Sinon, je vous dirais bien que même à 53 ans, je suis encore un grand gamin. Je garderais donc un des premiers albums d’Astérix. Et comme je suis un peu filou (comme tous les gamins), j’essaierais de garder tous les titres écrits par Goscinny. Il a toujours été et restera un modèle pour moi. Personne n’a jamais réussi a égaler son talent.

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Bérengère : Cette question est bien trop difficile… On peut en avoir au moins trois ? Non ? Ah mince…
Alors je dirais, La cantatrice chauve de Ionesco pour l’humour car s’il ne doit en rester qu’un, autant qu’il soit drôle !

Etude pédagogique ©Peter Gabor
Etude pédagogique ©Peter Gabor

Un grand merci à tous les deux pour vos réponses. Elles sont sincères et drôles, comme j’aime.

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