C’est en découvrant l’article récemment publié par LeMonde.fr, relayant les inquiétudes de pédiatres, psychologues et autres professions paramédicales, mais aussi enseignants et parents, que j’ai eu envie de réagir.

Les professions touchant à l’enfance sont nombreuses, et le business réalisé autour de l’enfance ne l’est forcément pas moins (pour preuve cette étude aux chiffres astronomiques). Depuis l’arrivée des tablettes en 2010 (et un engouement explosif avec des ventes en augmentation massive entre 2011 et 2013 — source zdnet.fr —) et leurs retours d’usage, depuis les polémiques qui ternissent le grand plan numérique, le temps serait-il à l’analyse ? En éditeur numérique et personne de bon sens (enfin je crois), je m’interroge aussi !

Coïncidence ? Alors que Michèle Drechsler répondait fin août à mes questions sur le numérique à l’école, Sabine Duflo s’immisce dans mes flux et soulève son lot de questions !

De très nombreuses études scientifiques ont été publiées sur le sujet, pour la plupart peu diffusées en France. Toutes aboutissent à la même conclusion : une consommation trop précoce, trop intensive ou à des contenus inadaptés, peut atteindre trois champs du développement de l’enfant : le corps, la cognition, le comportement.

Les recommandations de Sabine Duflo :
Pas d’écran avant 2 ans
Pas de tv et d’internet dans les chambres des enfants
Pas de tv pendant les repas ni avant d’aller à l’école
Respect des limitations d’âge (avertissements et interdictions)

Depuis toujours, j’ai milité contre les tablettes avant 2 ans. Sans y rien connaître en matière de cognition ou autre argument abordé par la psychologue, c’est l’ex-maman qui écrit. Même si elle est en âge d’être grand-mère (c’est quand vous voulez les enfants !) , les échanges avec un bébé sont trop forts, trop beaux, trop magiques, trop… TOUT ! pour laisser une tablette (ou autre écran) jouer à la nounou.

Ça ne vous fait pas peur à vous ?
Ça ne vous fait pas peur à vous ?

Par ailleurs, en regardant les différentes vidéos de Sabine Duflo et celle associée à « L’enfant et les écrans » où Bruno Harle évoque Serge Tisseron et Yann Leroux, je suis consternée ! Non pas directement par ce que j’entends, mais consternée par la dichotomie des discours ! Qui croire ?

Le grand plan numérique, à propos duquel les avis sont très partagés, préconise largement l’utilisation des tablettes, comme le « plan informatique pour tous » allait dans le sens de l’utilisation des ordinateurs en son temps (1985 ! tout de même ! et tout aussi attaqué). Ce plan répondra-t-il aux attentes de notre Président qui l’a mis en place ? Et toutes les polémiques qu’il génère seront-elles anéanties si le temps montre son utilité ? Or, aujourd’hui, le recul aidant, certaines analyses pointent les dangers d’une surconsommation d’écrans, de leur mauvaise utilisation en général, dont la tablette n’est pas exempte. De même que les enseignants devraient être les premiers formés à ces nouveaux supports, les parents ne devraient-ils pas l’être eux aussi ? A partir de quel âge, quel contenu, combien de temps dans la journée… des questions auxquelles certains sites répondent déjà, mais trop peu connus du grand public, les parents nouvelle génération qui dînent avec la télé allumée, chacun connecté à Facebook !

J’ai encore en mémoire (c’était au Salon du Livre de Jeunesse et de l’Education à Namur en 2013) une maman poussant une poussette avec un bébé de moins de deux ans dans les allées, côté livres, l’enfant était accroché au portable de sa mère ! Espace livres !

Plus que jamais, tant que je publierai des livres numériques, je militerai pour la lecture à haute voix !

 


 
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Depuis vendredi dernier « Le prince de Venise » vogue sur les canaux vénitiens. 38e du genre, ce nouveau livre numérique est publié sur le site dans la collection « Histoires à lire ». Un conte écrit par Christophe Loupy et illustré par Bérengère Le Gall qui, pour l’occasion, ont répondu à mes questions.

Le prince de Venise-couve

Christophe c’est maintenant votre troisième contribution pour La Souris Qui Raconte. Après « La petite flamme » et « Les deux rois, la sorcière et le sage », « Le prince de Venise » aborde un sujet qui vous est cher, celui du partage. Les constructions narratives et les thèmes abordés dans La petite flamme et Le prince de Venise, sont très proches. Une flamme pour l’un et une noix pour l’autre. Pouvez-vous nous éclairer sur vos choix et vos inspirations.

Dans La petite flamme, j’avais effectivement développé le thème du partage. L’héroïne est très pauvre, mais elle donne tout l’amour qu’elle a en elle. Le thème pouvait être : donnez aux autres, il en sortira toujours quelque chose de bien à la fin.
Dans Le prince de Venise, le thème du partage est présent, vous avez raison, mais ce n’est pas sur cette trame que j’ai travaillé. Ici, ma réflexion s’est plutôt orientée vers le thème du bonheur. Sur cette question que l’on se pose souvent : le bonheur, c’est quoi ? Le héros est très riche, il possède tout ce qu’il veut, quand il veut, et malgré tout cela, il n’est pas heureux. En fait, il n’est jamais heureux car il manque toujours quelque chose à son bonheur. Spinoza disait que le bonheur n’est pas de pouvoir combler ses envies (car il y en aura toujours de nouvelles) mais plutôt de savoir savourer, au moment présent, ce que l’on possède. C’est ce que va comprendre le héros, à la fin de ce conte.

Ah l'amour, ça vous rend léger… léger… !
A votre avis, il comprend quoi notre prince à la fin ?

Ce conte est-il un souvenir d’un voyage à Venise ?

J’adore cette ville. J’y ai de très bons souvenirs, certains sentimentaux, sans rapport avec ce conte, mais ce lieu est magique, un peu comme cette noix. Cela dit, chaque fois que j’ai l’occasion d’écrire une histoire qui s’y déroule, je le fais toujours avec un immense plaisir.

En préparant cette interview, j’ai découvert avec intérêt votre entretien paru sur le site Ricochet. Il y est principalement question du guide annuel dont vous êtes l’éditeur « Le guide de l’édition jeunesse », et où vous m’aviez proposé dès 2012 de référencer La Souris Qui Raconte. Vous n’avez pas de frein face à l’édition numérique (ce qui n’est pas le cas du très bon site Ricochet, et je le déplore), avez-vous observé des changements sur ces questions au travers de votre guide ?

Le guide de l'édition-2016Je suis un fervent défenseur de l’édition numérique. Je reste persuadé, contrairement à certains, que l’édition numérique ne nuit pas à l’édition papier et que les deux trouveront leur place en harmonie. C’est curieux de voir comment les gens manquent de recul, ou ont des craintes face à l’inconnu (thème d’actualité). Un jour, un de mes amis m’a dit « Moi je suis papier, j’aime l’odeur du livre, le tenir, le feuilleter. Je ne pourrai jamais passer au numérique. » Je lui ai répondu que personne ne lui a jamais demandé de choisir l’un ou l’autre. Je lui ai prêté ma liseuse pendant des vacances et finalement, il en a acheté une. Aujourd’hui, il partage ses lectures entre papier et numérique, selon les moments, les endroits, les besoins. Comme pour toute technologie nouvelle, il faut qu’il y ait une éducation à l’outil et une ouverture au monde. Cela viendra avec le temps, j’en suis convaincu, et le papier n’y perdra pas son âme, qu’on se rassure.

Comme je vous aime Christophe lorsque vous dites ces choses simplement sensées… Quatre ans séparent La petite flamme du Prince de Venise, ça vous inspire quoi ?

Cela m’inspire que j’ai de plus en plus de mal à me partager entre mes éditeurs ! J’adore écrire du conte, mais j’aime aussi le changement. Entre temps, j’ai écrit un gros pavé pour ados, des albums, des romans courts… En ce moment, je travaille sur un tome 3 d’une série de romans pour les 6-8 ans, un tome 2 d’une série pour les CP, je viens de finir un nouvel album et la trame d’un cahier d’activités ludo-éducatif pour les maternelles…
Mais promis, Françoise, je récrirai pour vos collections, avec grand plaisir !

Peu d’auteurs comptabilisent 3 titres chez LSQR, et je suis déjà comblée par vos trois contes, alors… un quatrième établirait un record ! Et sinon, quels projets pour les quatre prochaines années ?

Ouh là là ! 4 ans ! Vous voyez plus loin que moi ! Je vais déjà continuer à faire vivre mes séries. J’ai un album en perspective et certains projets en tête, mais j’essaie également de répondre aux demandes de mes éditeurs quand ils me sollicitent pour une nouvelle collection… ou pour un nouveau conte !

Bérengère, pour vous non plus ce n’est pas votre première publication chez LSQR. « Chacun cherche papy » écrit par Séverine Vidal est paru début 2011. Comment avez-vous travaillé cette fois-ci, quelles différences entre les deux livres ?

Pour Chacun cherche papy, j’avais travaillé de manière plus traditionnelle, en dessinant sur papier les illustrations, que j’avais ensuite mises en couleur à l’aide de l’ordinateur.

Chacun cherche Papy
Aujourd’hui, et pour Le prince de Venise, je suis passée au « tout numérique ». Ainsi, je sauve des arbres (enfin j’espère un peu) ! Grâce à ma meilleure amie, la tablette graphique, je dessine directement sur l’ordinateur, cela me fait gagner du temps et de la place.

Bernardino et Luigi

Parlez-nous de votre autre métier, celui de tous les jours. Existe-t-il des affinités entre les deux ?

J’ai la chance d’avoir un métier passionnant. Je travaille dans le cinéma d’animation en tant que character designer, c’est-à-dire que je m’occupe de créer et/ou d’adapter (ou parfois de déformer !) les personnages d’une série. La palette de travail est assez large : elle peut aller de la conception, très créative, à la modélisation, bien plus technique. Mais toujours autour des personnages.
Il y a naturellement un lien entre ces deux métiers, le dessin tout d’abord et, ensuite, le fait de donner vie à des personnages, de les penser, de les créer, de les dessiner et de les faire évoluer dans une histoire pour qu’ils prennent tout leur sens.

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Vous m’avez parlé d’un projet avec Séverine justement, pouvez-vous nous en dévoiler les grandes lignes ou est-ce trop tôt ?

Oh c’est encore beaucoup trop tôt car ce n’est encore qu’un projet ! Mais il s’agirait peut être d’adapter Chacun cherche papy en bande dessinée. Les Mimo’z, bientôt en librairie ? Croisons les doigts.

Oh oh ! Là vous piquez ma curiosité et j’ai hâte d’en savoir plus…
Une dernière question pour tous les deux.
S’il ne vous restait qu’un livre (c’est une supposition qui n’arrivera jamais évidemment hein !), quel serait-il et pourquoi ?

Christophe : Ai-je le droit de répondre ma liseuse numérique avec ma bibliothèque complète ? Sinon, je vous dirais bien que même à 53 ans, je suis encore un grand gamin. Je garderais donc un des premiers albums d’Astérix. Et comme je suis un peu filou (comme tous les gamins), j’essaierais de garder tous les titres écrits par Goscinny. Il a toujours été et restera un modèle pour moi. Personne n’a jamais réussi a égaler son talent.

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Bérengère : Cette question est bien trop difficile… On peut en avoir au moins trois ? Non ? Ah mince…
Alors je dirais, La cantatrice chauve de Ionesco pour l’humour car s’il ne doit en rester qu’un, autant qu’il soit drôle !

Etude pédagogique ©Peter Gabor
Etude pédagogique ©Peter Gabor

Un grand merci à tous les deux pour vos réponses. Elles sont sincères et drôles, comme j’aime.

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Ça y est… la rentrée, c’est fait ! Avec elle les emplois du temps et les cahiers de texte où noter les tâches (« devoir » c’est trop moche, mais tâche ce n’est guère mieux !) vont ponctuer l’année de rendez-vous, événements et autres réjouissances ! Je vous dévoile sommairement les nôtres, sachant que je reviendrai avec force détails dès que l’actualité le nécessitera !

Pour commencer, les nouveautés à paraître :

Le 11 septembre sortira « Le prince de Venise » collection Histoires à Lire. Ecrit par Christophe Loupy (La petite flamme et Les deux rois, la sorcière et la sage), ce conte nous relate la quête absurde d’un prince frivole suite à la découverte d’une noix magique qui exauce tous les vœux de celui qui la tient dans sa main. Les illustrations sont de Bérengère Le Gall (Chacun cherche Papy), Ivan Timsit anime (et il le fait toujours très bien) et Jean-Marco Montalto raconte.

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Bernardino et Luigi
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Bernardino et le vieil homme

En novembre (le 13 si tout va bien) « Une botte pour deux » dans la collection Histoires à jouer a été écrite par Sophie Belin. Les illustrations et animations sont de Anne-Sophie Gousset (Zila et le chevalier). Cette histoire de princesses qui ne sont pas toutes des potiches et d’un roi aux idées sombres qu’il faut marier au plus vite, devrait aussi être publiée sous forme d’application.

Un décor de conte de fées
Un décor de conte de fées

Fin janvier, nous serons en 2016 et j’aurai une décennie de plus (nom d’une souris !), « Nasreddine Hodja » revient avec son chat nous délecter de 3 nouveaux contes. Les textes et illustrations sont toujours de Marjorie Vial Topsy.

Le bol de lait
Le bol de lait
La bonne recette
La bonne recette
Nasreddine et les villageois
Nasreddine et les villageois

En avril, je vous emmènerai une nouvelle fois au cirque faire la connaissance du clown Rigoletto et de l’odieux Magior, un magicien à la très grosse tête ! Ecrit par Nicolas Gerrier et illustré par Romain Egea (Antiproblemus veut sauver la terre) « La grosse tête de Magior » donnera l’occasion de reparler de modestie. Le talent (même pour le plus grand magicien du monde), ne donne pas tous les droits ! Un livre numérique de la collection Histoires à jouer.

Rigoletto le clown et Magior le magicien
Rigoletto le clown et Magior le magicien

On terminera l’année (scolaire) avec notre troisième Histoire d’Ecole avec Lecture Jeunesse et le collège Valmy (après Une île juste parfaite et Troubles). Celle-ci clôturera le cycle entamé en 2013.

Cinq livres numériques sont donc en production, à des étapes différentes du processus de fabrication. Dans le même temps, pour valoriser le travail des auteurs et illustrateurs, salons, formations et ateliers en bibliothèques et écoles se succèderont. Ces quatre prochains mois, La Souris Qui Raconte sillonnera l’hexagone, de Carpentras à Chalon-sur-Saône en passant par Grenoble, sortira de ses frontières direction Beyrouth et ne manquera pas de revenir à Montreuil pour la quatrième année consécutive.
Enfin le 29 octobre à la médiathèque Robert Desnos de Montreuil, j’invite les bibliothécaires qui le souhaitent à venir me rencontrer à l’occasion d’une matinée organisée par Fontaine O Livres.

C’est tout pour le programme connu à ce jour… et vive l’inconnu !

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Bonjour Michèle, et merci encore de répondre si aimablement à mes questions, et ainsi venir enrichir ma rubrique « Parole d’Expert ».

Avec une rentrée des classes imminente, un sujet sur les pratiques pédagogiques dans le premier degré me semblait pertinent. En préparant mes questions, la première recherche tapée dans Google portant sur votre nom, m’a impressionnée. Plus de 15 pages d’affilée vous sont consacrées, rien qu’à vous (j’ai abdiqué à 16) ! N’est pas Inspectrice de l’Education Nationale conseillère TICE qui veut, et votre CV le prouve ! Votre éclairage sur le numérique en classe ne pourra donc qu’être « sensationnellement » enrichissant !

http://www.dailymotion.com/video/x2ejukl

Pour commencer, pouvez-vous nous préciser en quoi consistent le développement et l’accompagnement des projets innovants et les expérimentations intégrant les Tice au primaire.

Les transformations induites par le numérique ne sont pas principalement d’ordre matériel mais bien d’ordre pédagogique. Le référentiel de compétences des enseignants de Juillet 2013, précise que ces derniers doivent tirer le meilleur parti des outils, des ressources et des usages du numérique, en particulier pour permettre l’individualisation des apprentissages et développer les apprentissages collaboratifs. Ils doivent aider les élèves à s’approprier les outils et les usages numériques de manière critique et créative. La conception pédagogique avec le numérique (learning design) s’est développée comme un moyen d’aider les enseignants à faire des choix éclairés en termes de création de situation d’apprentissage qui sont pédagogiquement efficaces et utilisent intelligemment le numérique.

Pour Grainne Conole, chercheuse à l’open Université et à l’université de Leicester, la conception de l’apprentissage est essentielle. Elle englobe à la fois le processus de conception de l’expérience d’apprentissage et de son produit, c’est-à-dire du résultat ou de l’artefact du processus de conception dans un contexte d’usage en classe. Il est important de pouvoir partager les pratiques des enseignants autour du numérique. Comme nous l’indique cette chercheuse, il est crucial de pouvoir représenter visuellement la conception de l’apprentissage, pour rendre le design explicite et partageable [1]. Lors de la semaine 5 du MOOC REL 2014, un focus sur sa démarche a été proposé et nous montre l’importance des moments d’entretien, les regards croisés sur une situation d’apprentissage avec le numérique dans un contexte donné [2].

Accompagnement et innovation autour du numérique

Les cadres jouent un rôle essentiel pour développer une stratégie d’impulsion, d’accompagnement et d’évaluation des pratiques pédagogiques intégrant le numérique. Les espaces de partage et la mutualisation des pratiques facilitent les échanges de pratiques. Il est important de pouvoir les capitaliser dans des contextes donnés. L’accompagnement des démarches innovantes ou expérimentations, le partage des savoirs d’expérience sont indispensables. Comme l’a précisé L. Schweitzer lors du colloque CPU à Strasbourg, le 29 Mai 2015, « Il y a un enjeu à diffuser les expérimentations réussies ».

Pour ce faire, il est important de renforcer les missions des corps d’inspection afin de les conduire vers l’accompagnement d’équipes, la construction de compétences individuelles et collectives et la valorisation des compétences à faire réussir tous les élèves via le numérique. Le développement d’espaces de travail collectif, de co-intervention, les parcours hybrides, les activités collectives autour de la FOAD (formation ouverte et/ou à distance), les entretiens d’inspection, l’accompagnement et le suivi des projets numériques sont cruciaux pour accroître la réflexivité des enseignants autour des pratiques avec le numérique. Comme le précise Jean-Marc Monteil dans la dépêche AEF du 10 Juillet 2015, avec le numérique, l’enjeu est de penser des « contextes variés d’apprentissage ». « L’idée du socle commun de culture générale de tous les élèves, les enseignants, les citoyens est d’autant plus important qu’il est indispensable de se familiariser avec et de s’approprier la place du numérique dans le couple enseigner/apprendre ».

Des praticiens réflexifs

ll est important de pouvoir développer les compétences de l’enseignant comme « praticien réflexif » capable d’analyser sa pratique autour des usages du numérique, de résoudre des problèmes liés au design pédagogique, aux situations d’apprentissage à mettre en place au quotidien. Le « praticien réflexif » procède à des retours intellectuels sur son expérience, en cours d’action ou après celle-ci, en tâchant d’adopter une posture distante et critique qui lui permette de s’améliorer. L’institution doit proposer les conditions favorables, et créer des espaces et des temps d’échanges dans la communauté des enseignants.

Dans les archives de l’INRP figure un numéro dédié à ce sujet intitulé « Le praticien réflexif - La diffusion d’un modèle de formation » (N°36 – 2001). Dans ce numéro, Marie-Josée DUMOULIN, Céline GARANT et Hélène HENSLER ont co-écrit le chapitre suivant : « La pratique réflexive, pour un cadre de référence partagé par les acteurs de la formation. » Pour ces auteurs, la pratique réflexive consiste en l’analyse de son expérience d’enseignement passée, présente, future et conditionnelle. Elle s’accompagne d’une démarche de structuration et de transformation de ses perceptions et de son savoir ; elle vise, entre autres, l’émergence ou l’explicitation d’un savoir tacite. La pratique réflexive est une démarche qui fait appel à la conscience et à la prise en charge de son développement professionnel par la personne elle-même, qu’elle soit enseignante ou future enseignante. Pour Donald Schön il s’agit d’étudier les mécanismes que mettent en place les professionnels pour tirer parti de leur expérience. Il met ainsi en avant une « forme de pensée présente dans l’agir des professionnels, verbale et explicite : la “réflexion sur l’action” » (Vanhulle, 2008).

La professionnalisation suppose la mise en place de moyens de développer la réflexivité et la distanciation critique des professionnels sur leurs pratiques, leurs compétences et leurs ressources, leurs représentations, leurs façons d’agir et d’apprendre.». Il est important de favoriser les échanges et les entretiens réflexifs durant les visites de classe, les observations de séances de classe intégrant le numérique. Rédiger une synthèse ou un article, diffuser des écrits réflexifs dans un contexte donné d’usages du numérique, les partager peuvent faciliter le développement professionnel des enseignants.

Importance de la recherche

La recherche a aussi un rôle à jouer et comme nous le décrit le projet « e-fran » qui vient d’être diffusé au BO du 23 Juillet 2015 pour faire le lien entre les communautés d’acteurs de l’éducation nationale, les universités et leurs recherches via les Espé, les collectivités, les entreprises liées au numérique pour construire des espaces de formation, de recherche et d’animation numérique. Cf Projet e-Fran.[3]

Importance des communautés de pratiques

Comme je l’ai déjà précisé dans mon article dans la revue « Education et Management », dans ce système, chaque enseignant peut apporter quelque chose à son pair, devenir acteur, auteur… Pilotage, formation professionnelle des enseignants, fonctionnement des communautés de pratiques, institutionnelles ou non, s’interpénètrent dans des dynamiques nouvelles. Les enjeux en sont le partage des connaissances, leur gestion organisée, la compétence des enseignants… en définitive, la qualité de l’enseignement et l’efficacité du système éducatif. La banalisation des outils informatiques et des réseaux, le développement des communautés de pratiques dans une approche coopérative et collaborative facilitent ce qu’on pourrait appeler un « km éducatif » (km = knowledge Management). C’est une nouvelle approche intéressante pour l’enseignant à la recherche d’identité professionnelle. L’introduction de nouvelles technologies aura toujours d’importants effets sociaux et organisationnels. Plus les changements seront grands, plus il sera nécessaire de gérer l’interface entre les caractéristiques de cette technologie et les caractéristiques de la vie organisationnelle. Il faudra donc s’assurer de sensibiliser l’ensemble du personnel, de l’impliquer, de l’habituer aux changements (principalement par une formation adéquate) et enfin de généraliser, c’est-à-dire prendre en compte les effets des changements sur l’ensemble des pratiques de l’organisation. L’organisation apprenante repose sur une conception qui va à l’encontre de la gestion traditionnelle. Elle n’est pas le lieu d’une direction « forte », au sens traditionnel, c’est-à-dire qui commande, énonce et contrôle une multitude de directives « du haut » pour ceux qui œuvrent « en bas ». Pour Claude Durand-Prinborgne [4], « la conception hiérarchique s’efface obligatoirement dès lors que la nécessité d’une conviction partagée et d’un travail en équipe apparaît de plus en plus comme une condition sine qua non du progrès. […] Toutes les orientations données au système éducatif reposent sur des engagements individuels et collectifs qu’on n’édifie pas par la coercition ». Face à la complexité, Hervé Sérieyx [5] dans son ouvrage, précise : « La pyramide hiérarchique, faite de décideurs, de transmetteurs, de contrôleurs, d’exécutants aura été l’outil spécifique de l’ère industrielle. […] La pyramide est figée ; le réseau jouit d’une géométrie variable. La pyramide s’autocentre sur son fonctionnement ; le réseau ne cesse de co-évoluer avec son environnement. » L’efficacité des organisations suppose une conjugaison dialectique de l’ordre et de la vie. La pyramide garantit l’ordre tandis que le réseau assure la vie.

Importance des réseaux sociaux – Formation informelle

Par le biais des réseaux sociaux, les enseignants peuvent développer leur « PLE » (personal learning environment) comme je l’ai noté dans ma thèse de doctorat. Le dispositif de socialbookmarking qui vise à archiver, mémoriser, partager des signets en groupes ou en communauté, peut être considéré comme un « dispositif processuel de la mémoire » fonctionnant sur le travail coopératif des usagers partageant leurs signets développant une mémoire collective. Mais ces bases de signets ne sont pas de simples « magasins » ou de « simples puits » à ressources et si on se réfère à la remarque de Pierre Lévy, l’enregistrement des données n’a pas de valeur en soi. Ce qui vaut, c’est « l’intelligence collective qui s’en nourrit, partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences. »

©Benjamin HUE pour la ville d'Hélancourt
©Benjamin HUE pour la ville d’Élancourt

Quels sont les outils mis à la disposition des enseignants ? Savez-vous comment ils les utilisent ensuite avec leurs élèves ?

Il est important de proposer des ressources ou des outils numériques et de pouvoir analyser des scénarios pédagogiques, d’évaluer des pratiques dans des classes, de diffuser les résultats. Cf ma présentation ESEN Octobre 2014 [4]

L’usage de la tablette doit s’inscrire dans une réflexion plus large qui prend en compte « le design pédagogique », le rôle du maître et de sa place pour la médiatisation de son enseignement. Nous pouvons nous référer au modèle SAMR pour mieux préciser la place de la tablette dans le dispositif en prenant en compte la taxonomie de Bloom. La taxonomie des objectifs de Bloom peut s’avérer intéressante pour des enseignants. En effet, elle peut permettre de concevoir des activités pédagogiques, de présenter les informations selon les niveaux de pensée et de construire une progression pédagogique.

Modèle S
Modèle SAMR

Avec les tablettes, des environnements personnels d’apprentissage peuvent se développer pour que l’élève puisse travailler en autonomie, s’exercer. Pour relever ce défi, différents chantiers en perspective se profilent à l’horizon. Si les enseignants notent des avantages en terme de « flexibilité pédagogique » avec la tablette, on peut noter une augmentation de la charge de travail en amont pour le choix du contenu adapté dans un contexte donné. Un collecteur de ressources et d’applications partageables pourrait être envisagé au niveau d’une académie pour aider les enseignants à mettre en place une pédagogie efficace avec les tablettes.

L’enseignant a besoin de créer ou de trouver du contenu adapté pour développer une pédagogie inversée propice aux apprentissages qui lui permet de redéfinir son taux de présence auprès de ses élèves pour les guider et les accompagner.

Les enseignants qui utilisent les tablettes sont amenés à réfléchir sur leurs pratiques mais, comme le précise Laurillard en 2007, la construction et l’utilisation de différents environnements numériques nécessitent des compétences et la connaissance des affordances pédagogiques et techniques. La formation des enseignants autour des tablettes est cruciale.

Il nous faut assurer la mobilisation de tous les acteurs autour de cette problématique des usages de la tablette et les corps d’inspection, dans leurs missions d’impulsion, d’accompagnement et d’expertise ont un rôle majeur à jouer.

Au regard de quelques expériences dans divers salons, j’ai souvent été étonnée du manque d’intérêt du corps enseignant face aux ressources proposées lors de ces journées, comme si celui-ci n’était, en fait, pas concerné ! Qu’en est-il vraiment ?

Il est important d’avoir un temps pour découvrir des ressources pédagogiques, voir ce qu’elles peuvent apporter dans les pratiques pédagogiques.

La ressource pédagogique doit être « dynamisée » dans un contexte avec l’aide des utilisateurs et elle doit être diffusée en cherchant une « interaction » entre les usagers. Internet peut nous y aider. Nous avons là la possibilité d’établir des regards croisés possibles sur l’usage des ressources. C’est ce que je démontre dans ma thèse de doctorat axée sur les ressources pédagogiques, les pratiques de partage du socialbookmarking et la professionnalisation des enseignants. Dans ma thèse, je fais référence au « champ instrumental collectif » autour des usages des ressources. Comme je l’explique, le web est devenu participatif et de nouvelles pratiques de catégorisation de l’information fondées sur des communautés, des stratégies collectives d’indexation et de partage des ressources en ligne émergent. Le monde éducatif est particulièrement concerné. En nous appuyant sur la théorie du connectivisme de George Siemens, nous analysons les pratiques de socialbookmarking dans le domaine de l’éducation. Nous montrons que les espaces de veille et de partage de ressources pédagogiques dans ces communautés peuvent être des lieux privilégiés de personal knowledge management, et de développement de compétences professionnelles. Le personal learning environment (PLE) y a toute sa place. Malgré les tensions en jeu, ils participent à la définition de nouveaux cadres de formation que les systèmes éducatifs ne peuvent ignorer au 21e siècle.

Dans votre travail de formation, existe-t-il une dichotomie entre l’enseignement prodigué et la faculté à le recevoir ?

Il est important de pouvoir développer le PLE (Personal learning environment) pour des enseignants et de prévoir un temps pour la formation informelle. Comme je l’ai précisé déjà dans la revue THOT, l’apprentissage informel c’est l’apprentissage partout et en tout temps par le biais des autres dans les réseaux de connexion. Nous avons un nouveau rapport au savoir et aux connaissances et la frontière entre temps de travail et temps personnel s’estompe. [5]

Pratiquer les TICE demande-t-il des moyens financiers particuliers ?

Elles supposent d’avoir des équipements (ordinateurs, tablettes, TNI….). Mais il y a un investissement majeur à prévoir pour pratiquer les TICE : la formation, des enseignants, des formateurs, et des cadres.

Qu’en est-il des ressources, elles-mêmes. Lesquelles recommandez-vous ?

De nombreuses ressources sont disponibles sur le Web. Il faut savoir se repérer et la constitution de bases collaboratives peut être une aide précieuse. Il existe un service public du numérique éducatif qu’il est important de présenter aux enseignants. [6]

Quel regard avez-vous sur tout ce qui se fait au niveau des applications tablettes et de leurs utilisations ? En préconisez-vous l’usage ?

Avec cet outil nomade, nous avons des potentialités multimédia à portée de main. La tablette peut être à la fois une banque d’images, un appareil photo, un laboratoire de langue et c’est un outil qui aide l’enseignant à médiatiser son enseignement. Les observations nous montrent que l’élève peut s’enregistrer, s’écouter, se corriger, et les applications transversales comme « Book Creator » permettent toutes sortes de projets de classe comme le cahier de vie en maternelle, ou la création de parcours en histoire de l’art. Si la tablette est avant tout une porte ouverte vers la création, c’est aussi un outil « boîte à mémoire » qui permet aux élèves de revoir à souhait les réalisations faites en classe. La construction progressive des notions en situation en est facilitée. C’est aussi un outil tactile à haute valeur cognitive qui permet à l’élève de s’exercer et de se corriger. L’enseignant interagit avec l’effort positif et la motivation des élèves, leur fournissant du temps d’apprentissage vraiment efficace et présentant des situations didactiques et pédagogiques pertinentes et stimulantes. Une façon d’engager les élèves dans leurs apprentissages !

S. DehaeneUn impact positif sur les apprentissages peut être noté dans de nombreux champs disciplinaires comme en lecture. Stanislas Dehaene dans son ouvrage « Des sciences cognitives à la salle de classe », nous précise qu’il existe de nombreux outils numériques pour faciliter l’apprentissage de la lecture et parfois beaucoup trop de temps de l’enseignement est alloué dans les écoles à la présentation de concepts qui pourraient être acquis au moyen d’un matériel didactique de qualité et adapté. Encore faut-il connaître les potentialités des outils, les rendre accessibles et mettre en avant leurs apports pour les apprentissages. Pour mieux aborder la « chimie » du code alphabétique, l’usage de la tablette en est un exemple. Maria Montessori serait certainement heureuse de pouvoir découvrir le « Qbook », livre numérique développé aux USA qui combine le format ebook avec l’interactivité d’un smartphone en offrant une approche kinesthésique de la lecture tout en permettant aux élèves de mieux appréhender le code alphabétique. Elle nous inventerait une pédagogie Montessori 2.0 ! Comme je l’ai abordé lors de mon intervention au Salon du Futur du Livre, les livres et albums interactifs avec toutes leurs fonctionnalités peuvent faciliter la compréhension des textes littéraires dans certaines conditions.

Avec la tablette, il est possible de proposer de nouvelles ambitions intellectuelles pour les élèves en développant l’individualisation, et en renouvelant les modes d’organisation dépassant l’espace-temps de la classe qui facilitent les apprentissages « dans » et « hors les murs » de l’école. La réalité augmentée au travers d’une tablette tactile peut enrichir les documents imprimés d’éléments virtuels. Les enseignants peuvent utiliser les QR Codes pour enrichir les supports de cours destinés aux élèves avec des documents multimedia. Les enfants peuvent les consulter grâce à une application spécifique installée sur les tablettes en classe. Une occasion d’apporter des aides pour les leçons à mémoriser ou pour rendre les supports de cours plus ludiques ! Il suffit d’insérer des QR Codes pour générer du contenu augmenté sur les tablettes.

Les potentialités pédagogiques ne tiennent pas uniquement dans une tablette mais dans la façon dont on s’en sert. La place et le rôle du maître restent essentiels.

Le livre en tant que ressource numérique à part entière a un positionnement compliqué. Alors qu’on propose à l’apprenant nombre de ressources « ludo-éducatives », le livre qui raconte une histoire reste sur le banc (si je puis dire). Avez-vous des expérimentations contraires, ou bien corroborez-vous mes dires ?

Lors de mon intervention au Salon du Futur du Livre à Chenôves où je m’appuie sur les travaux de Véronique Boiron, j’ai abordé la question de la place de la tablette pour aborder la littérature jeunesse et notamment pour développer la compréhension [7].

La place de l’enseignant est essentielle en classe pour proposer des usages autour de la tablette. Néanmoins, pouvoir écouter une histoire, la réécouter revenir en arrière avec tous les apports du « multimédia » (images, sons, texte….) en autonomie comme dans un coin écoute peut aider des élèves. Pour les contenus, il existe de nombreux services comme « La Souris Qui Raconte » les sites d’éditeurs en ligne qui diffusent des ressources numériques autour de la littérature, mais aussi des espaces d’enseignants qui proposent des scénarios d’usages pour aborder la littérature jeunesse.

Exemple : Une vidéo pour mieux comprendre l’album de la sélection Escapages 2012 dans l’Indre à l’école maternelle. (Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? de Kimura Yûichi, illustrations Takabatake Jun aux Éd. Picquier Jeunesse).

Image de prévisualisation YouTube

[1] : http://ecoledigitale.blogspot.fr/2014/04/clomrels5micheledrechsler-rendre-le.html
[2]: http://rel2014.mooc.ca/
[3] : Projet e-FRAN BO 23 Juillet 2015 https://www.mindmeister.com/maps/show/574458886
[4] : Présentation ESEN - Enseigner et apprendre avec une tablette à l’école primaire- Formation et accompagnement : http://fr.calameo.com/books/000302261cdaee28cb37a
[5] : http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/5200/social-bookmarking-formation-tout-long-vie/#.Vd_yP5czsb4
[6] : http://www.education.gouv.fr/cid73569/le-numerique-au-service-de-l-ecole.html#Onze_nouveaux%20services%20pour%20cette%20rentr%C3%A9e
[7] : http://fr.calameo.com/read/000302261361cbb4abfe6
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C’est en découvrant les sélections des bonnes lectures du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse que j’ai repéré BOUM! Une application tout à fait étonnante.

Un petit tour vers le site du SLPJ sur les bonnes lectures du premier semestre, vous donnera déjà une idée des applications, e-books et webdoc retenus par le salon. Au passage, remarquez la présence de « Pour tout l’or du monde » de Cathy Dutruch avec les très jolies illustrations de Juliette Lancien (une des bonnes nouvelles de cet été pour La Souris Qui Raconte). Et puis cette petite interjection m’a interpelée, BOUM!

BOUM! ICÔNEAu commencement était Prévert, apprend-on sur le site des Inéditeurs (créateurs d’applications à prendre très au sérieux). J’y ai aussi vu du Trénet et du Magritte. Dans cette œuvre, la place laissée à l’imaginaire est telle que chacun y butinera selon ses propres inspirations ! Imaginée et superbement illustrée par Mikaël Cixous, l’application s’ouvre sur un chapeau noir qui, soufflé de la tête de son personnage, s’envole le long d’une interminable façade blanche aux fenêtres rouges. Le chapeau commence ainsi sa descente virevoltante, au gré de ses passages devant les fenêtres, dont certaines dévoilent une illustration. Si le chapeau devait rester un tantinet coincé sur le bord de la tablette, il vous suffit de l’incliner, à droite ou à gauche, pour redonner de l’impulsion à cette descente sans fin. Mais attention à l’effet hypnotique, car si vous accompagnez trop longtemps le chapeau, et que vous cliquiez sur une fenêtre bien après son envol (c’est en effet cette action qui vous ouvre les portes — fenêtres — du livre), vous arrivez directement à la fin de l’histoire (un petit bug à corriger peut-être ?) !

Entrons donc par une des premières fenêtres. S’ouvrent alors à nous, des images totalement dépourvues de texte, où seule l’ambiance sonore raconte. Une bande sonore signée Jean-Jacques Birgé, elle aussi remarquablement soignée, accompagne ce récit horizontal en noir et blanc au début, puis rouge, noir et banc…, puis blanc et bleu…, puis… place à la couleur !
L’histoire est celle d’un homme, chapeau toujours vissé sur la tête, qui dort jusqu’à ce que sonnent 7 heures, intimant le réveil. Après la douche et le petit déjeuner, l’homme prend alors la direction de l’usine, avec au bout du bras une mallette dont il ne se départit pas plus que de son chapeau, et à l’intérieur de laquelle il a mis une banane jaune Warhol.

Chapeau bas, notre homme voit rouge ! (3 illustrations côte à côte)
Chapeau bas, notre homme voit rouge ! (3 illustrations côte à côte)

Si rien n’est écrit, on devine que notre personnage est bougon. Tout devient rouge autour de lui quand la neige lui fait lever le nez et sortir de sa torpeur. Sa rencontre avec un papillon très rare va initier une aventure transgressive et inviter notre personnage à rêver à d’autres lieux que ceux qu’il emprunte chaque matin. Oh bien sûr, au début il se sait pas bien comment s’y prendre. Et puis d’écran en écran, c’est le grand saut dans le noir, qui ouvre sur le bleu du ciel et de la mer. L’homme est heureux. Il sourit. Des couleurs s’épanouissent autour de lui. Ce pourrait être la fin. Mais non ! Notre homme est rattrapé par ses habitudes. L’usine revient, obligatoire ! Il a pourtant fait une rencontre insolite. Essentielle ! Comme il n’est pas question que je vous dise tout, n’hésitez pas une seconde à acheter cette très belle application (disponible sur iPad et prochainement sur Android), financièrement soutenue par le SLPJ et le CNL !

Cette œuvre ne s’adresse pas aux plus jeunes. Exigeante, elle se mérite. A mon sens, l’absence de texte ouvre encore plus le dialogue entre enfants et médiateurs, et elle se bonifie lorsqu’on y revient. Comme le chapeau du personnage, acceptez ce souffle malicieux et à votre tour, virevoltez !

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