Archive for avril, 2014
L’histoire commence à Montreuil, à l’occasion de l’édition 2013, où, suite à un mail émanant du service Relations Presse du Salon International du Livre de Sharjah, j’étais sollicitée pour un rendez-vous avec le directeur du dit salon ! Mais où est donc Sharjah ?
J’avoue avoir eu quelques doutes sur la concrétisation du projet et tant que je n’avais pas reçu mes billets, quinze jours avant mon départ effectif, j’ai préféré rester discrète sur cette invitation. La Souris Qui Raconte aux Emirats Arabes Unis… à quelques encablures à peine de Dubaï ! Des embouteillages monstres pour joindre l’une à l’autre, et deux modes de vie radicalement différents. L’une est aussi luxueuse que l’autre est sobre. Dubaï est excessive en tout. Le XXL de la consommation. C’est probablement pour cette raison que Sharjah se targue d’être la capitale de la culture des Emirats Arabes Unis. Pratiquant la charia, elle sait qu’elle ne peut pas rivaliser sur ce terrain avec Dubaï, dont la destination très prisée lui fait sûrement de l’ombre. Jouer la carte culturelle lui permet une autre visibilité… C’est très malin !
Le Salon International du Livre de Sharjah est un évènement annuel (novembre) qui rassemble les éditeurs du monde entier. Le « Children’s Reading Festival » (dont c’est la troisième édition cette année) semble être une émanation du salon international et ne propose que du livre pour enfants avec force événements culturels de tous formats ! Danses, chants, lectures, théâtre… et autres activités sous forme de « workshop ». J’avais donc 2 rencontres par jour pour présenter, dans un espace appelé cinéma, les applications de La Souris Qui Raconte. TOUTES (les 8 traduites en anglais) étaient au programme, et vous l’aurez compris je devais moi-même m’adresser en anglais à ces enfants de tous âges qui restaient - ou pas - comprenaient - ou pas - étaient intéressés - ou pas - … Je n’ai malheureusement pas eu le traducteur que j’avais pourtant demandé, et il m’est arrivé de ressentir comme un grand vide face à ces enfants (parfois extrêmement nombreux) qui ne comprenaient manifestement rien à ce qui se passait. Les explications sur mon métier et l’édition numérique en générale, celles sur la Lecture avec un grand L, ou tout simplement la découverte des livres numériques proposés. Toutefois, entre le dimanche de Pâques dont le premier « workshop » était prévu à 12h et le dernier du mercredi 23, j’ai vu une grande différence. En effet, les mardi et mercredi, un homme était affecté au recrutement de mes spectateurs dans l’enceinte du salon avec comme contrainte de trouver les auditeurs parlant la langue de Shakespeare. Il a pleinement rempli sa mission et cela a rendu les « workshop » beaucoup plus interactifs, et forcément bien plus intéressants pour eux et pour moi.
Autre moment fort de la foire (mais pour moi cette fois), une exposition magistrale d’illustrateurs principalement Moyen-Orientaux, dont vous pouvez retrouver mes coups de cœur sur la page Facebook de La Souris Qui Raconte, aux dates des 21, 22 et 23 avril !
Et puis aussi 2 petits allers-retours à Dubaï question de se rendre compte à quel point cette ville est en overdose de tout, mais ça c’est une autre histoire !
Le 10 janvier dernier, je relatais notre présentation de La Souris Qui Raconte aux élèves de 5e du collège Grange aux Belles du 10e arrondissement de Paris. Si je n’étais pas encore revenue dessus, c’est qu’il n’y avait pas vraiment matière. Aujourd’hui, si ! Les principaux protagonistes, élèves et enseignantes, ayant bien avancé sur l’élaboration globale du récit, il était temps de se retrouver pour la première séance d’illustration.
Le livre est en passe de s’écrire et je vous en livre le « pitch » :
Situation initiale : La reine est morte. Elle a laissé à son époux une ultime lettre contenant ses dernières volontés. Elle souhaite que le roi trouve, pour sa dernière demeure, une «île» où les hommes vivent dans la paix et l’harmonie. Des émissaires vont partir à la recherche de cette île « juste parfaite ». Chacun reviendra faire son rapport au roi.
Chaque chapitre correspondra à une île.• L’Ile Forêt/Saisons
• L’Ile de l’Eau/de Glace
• L’Ile des Vents
• L’Ile « Tour » / de l’Uniformité
• L’Ile de l’Acier / du Feu
Dénouement.
Si la phase d’écriture est entièrement supervisée par le professeur de Français, Brigitte Barrachina, il était nécessaire de trouver du renfort pour la partie illustration, le professeur d’art plastique n’ayant pas pu rejoindre le projet.
Le défi à relever, faire réaliser par les élèves (pas forcément à l’aise sur ces questions) les 5 tableaux principaux, avec leurs personnages, qui viendront eux-mêmes illustrer une carte globale localisant les différentes îles. Les recherches iconographiques préliminaires ont été facilitées par Christiane Guégan, documentaliste, avec la consultation d’un certain nombre d’ouvrages du CDI dont elle a la charge. Sonia de Leusse-Le Guillou (Lecture Jeunesse) m’a demandé de l’aider dans la recherche de l’illustrateur. Nous avons donc fait appel à une illustratrice domiciliée en région parisienne (plus pratique) Thanh Portal dont le trait, empli de poésie naïve me semblait tout à fait adéquat pour ce travail.
Aujourd’hui donc, sur une tranche horaire de deux fois 50 mn (qui s’est en fait déroulée non stop), Thanh a pris en main les 5 groupes d’élèves (un par île), pour leur donner des clés simples dont ils puissent s’emparer pour avancer de leur côté pendant les vacances de printemps qui démarrent ce soir à Paris. Chaque groupe a travaillé sur le fond (le décor) ; comment il voit son île. Cette représentation émanait d’une profonde réflexion élucubrée à bâtons rompus en cours avec Brigitte Barrachina. Aidés de gouache, pinceaux, ciseaux, crayons (le moins possible), magazines à découper, les 5 groupes ont tenté de reproduire l’image propre à leur île. Le groupe Forêt/Saisons est allé dans la collecte de détails précieux, soigneusement découpés. Le groupe Acier/Feu brûlait de dessiner les lettres du mot F-E-U incandescent. Le groupe Uniformité a illustré un très beau visage avec en sous titre le mot « Clone »… Bref, chaque groupe s’est montré très inventif, bravant courageusement ses craintes de la page blanche.
Ce fut intense et très constructif. Même si parfois l’ensemble manquait un peu de rigueur !
Deux autres séances d’illustration nous attendent encore. Ensuite, avec les textes et les lectures, il faudra mettre les nombreux ingrédients du livre dans la grande marmite magique où bouillonne, depuis plusieurs mois maintenant, toute la bonne volonté des membres de l’équipe et la grande curiosité des élèves. Il en sortira sans aucun doute un ouvrage délicieux, publié en livre numérique web, estampillé La Souris Qui Raconte, et en livre numérique pour tablette réalisé avec IBA (iBooks Author).
Sonia de Leusse-Le Guillou présente Thanh Portal à la classe
Thanh explique aux élèves en quoi va consister la séance.
Le groupe Eau/Glace
Le groupe Forêt/Saisons
Avril… poisson suspendu à un fil… Avec la sortie de « Un rêve de sardine » le 1er avril, ou comment une petite sardine voulait devenir poisson d’avril, j’aimerais bien partager avec nos lecteurs quelques-uns de vos petits secrets ! Sylvie et Gaëlle, racontez-vous !
Sylvie, avant de parler de Justine (notre petite sardine), je voudrais que vous nous parliez de votre métier d’éditeur. Comment est-ce que cela s’organise pour vous ? Travaillez-vous pour une maison ou pour plusieurs ? À votre avis, quelles sont les 3 premières qualités qui « font l’éditeur » ?
Je suis indépendante, ce qui veut dire que je travaille pour plusieurs éditeurs d’où une grande diversité dans mon activité.
Je pense que la première qualité qui pourrait faire de moi une bonne éditrice est justement le fait que je sois également écrivain, ce qui me permet d’appréhender parfaitement les joies et les difficultés de l’écriture. La deuxième est sans doute d’être passionnée par ce que je fais. La troisième de travailler beaucoup, car c’est un métier exigeant qui demande un vrai investissement.
Avez-vous écrit avant d’être éditrice, ou bien est-ce l’inverse ? Comment passez-vous d’une casquette à une autre ?
J’ai commencé par écrire avant de devenir éditrice. Je passe sans difficulté et avec grand plaisir d’une casquette à l’autre, car chacune apporte ses plaisirs et ses responsabilités spécifiques. Chacune me permettant également de m’améliorer dans l’autre…
Pour en revenir à Justine, comment l’idée de cette petite sardine vous est-elle venue ? Et pourquoi la faire rêver de devenir poisson d’avril ?
Nous étions le premier avril et mes filles m’avaient, comme d’habitude, collé de nombreux poissons dans le dos ! Plus sérieusement, je suis également très sensible à la notion de différence, si présente dans notre monde. Nombreux sont ceux qui rêvent d’être différents, alors que paradoxalement, cette différence effraie souvent la plupart des êtres humains. J’ai voulu traiter à ma façon ce thème, de façon légère, puisque je m’adresse à des petits.
Vous m’avez soumis ce projet avec Gaëlle aux commandes des couleurs, pouvez-vous nous parler de cette rencontre.
Sylvie : Après avoir découvert le travail de Gaëlle, tout en collages et en poésie, j’ai eu très envie de lui proposer d’illustrer cette histoire. Je savais que l’aventure de Justine, qui se déroule évidemment dans l’océan, n’allait pas être évidente à mettre en images… Et elle y a parfaitement réussi !
Gaëlle : Un jour j’ai reçu un petit mail sympathique accompagné d’un texte d’une auteure que je ne connaissais pas encore. L’histoire douce et originale m’a tout de suite plu. Un coup de téléphone après, cette aventure en binôme démarrait joyeusement !
Lorsque j’ai reçu votre projet, j’ai eu un énorme coup de cœur pour votre style graphique Gaëlle. Pourtant ensemble nous avons pas mal tâtonné pour retrouver le caractère des premières maquettes. Ce n’est pas forcément facile, mais j’aimerais que vous nous parliez de vos (nos) atermoiements. Comment on peut se tromper, vingt fois sur le métier remettre son ouvrage et vaincre ses doutes pour réussir à produire des images dont la facture très graphique est assez unique.
Tout d’abord merci pour les compliments sur mon style graphique. J’avoue que j’ai toujours du mal à me définir graphiquement, j’aime tenter de nouvelles choses, ne pas m’enfermer dans un style, tester, jouer et m’amuser pour progresser. Mais c’est vrai que pour cette histoire, ça n’a pas été facile et c’est bien la première fois que ça m’arrivait. En général quand je lis un texte, les images me viennent et un style graphique les accompagne. Ici, ça a débuté aussi comme ça, mais ensuite je me suis perdue dans la narration et je suis devenue descriptive. Chose qu’il ne fallait pas faire, les mots de Sylvie suffisaient. J’ai donc essayé un style avec des bouts de bric et de broc, des éléments naturels mais ça n’allait pas, pas pour cette histoire. D’ailleurs ça a failli tomber à l’eau (c’est le cas de le dire), mais je ne voulais pas rester sur un échec. J’étais pleine de doutes ! J’ai quand même demandé de tout refaire encore une fois. Vous avez gentiment accepté. Là il fallait oublier les deux essais précédents, redémarrer de zéro pour retrouver ce style graphique qui vous avait tant plu. Je me suis donc remise en question, chose dure car l’on passe par des phases difficiles moralement mais cela s’avère indispensable pour progresser dans ce métier. J’ai commencé à découper, à faire comme je le ressentais, à faire abstraction de tout ce qui se passait autour de moi, à y mettre de la poésie, des émotions et nous y étions, là c’était bien moi, je me suis retrouvée dans ces images. Et d’ailleurs je pense avoir franchi un petit cap en illustration grâce à ces péripéties aquatiques.
Comment avez-vous appréhendé le côté animation ? Ça n’a pas été facile au début n’est-ce pas ? Expliquez-nous cela aussi !
Si ça n’a pas été simple, ça a été très intéressant et instructif, j’ai adoré. Il fallait penser à tout, chaque élément devait être attractif, rien n’a été laissé au hasard et ça a été très formateur.
Aviez-vous l’une comme l’autre travaillé par le passé pour l’édition numérique ? Si oui, pouvez-vous nous rapporter vos expériences.
Sylvie : Je travaille effectivement pour l’édition numérique, mais plutôt dans le domaine ludo éducatif puisque je crée et coordonne des applications de révision du programme scolaire. À mon sens, le numérique et le papier sont très complémentaires et je suis donc ravie de voir ma petite sardine prendre vie sur écran.
Gaëlle : Oui, j’ai déjà travaillé plusieurs fois pour l’édition numérique mais avec La souris qui raconte c’était une première et le résultat est vraiment gratifiant. En tant qu’illustratrice voir ses images s’animer, être rythmées par un univers sonore bien choisi, chaque détail est pensé, réfléchi et tout ça donne un résultat sublime. Vous êtes exigeante et c’est une qualité que j’apprécie énormément et qui fait la qualité de vos publications. J’ai été épatée de redécouvrir l’histoire une fois animée. Bravo à cette belle équipe.
« Un rêve de sardine » est le 30e titre de La Souris Qui Raconte. C’est une histoire charmante, fraîche et légère. Une histoire d’amitié héroïque (toute proportion gardée, Justine n’est qu’une sardine, et ses amis une anémone, une étoile de mer et un grondin !), mais pensez-vous que vous aurez l’une et l’autre, l’occasion de prendre nos 4 comparses sous le bras et de les présenter aux enfants des écoles dans lesquelles vous aimez vous rendre ?
Sylvie : J’interviens régulièrement dans les écoles pour parler de mes albums et romans, ainsi que de mes différentes « casquettes » éditoriales. J’aime beaucoup partager ma passion et faire comprendre aux enfants et aux adolescents qu’ils ont tous en eux (même s’ils n’ont pas de bonnes notes en français) la capacité et l’imagination nécessaires pour inventer une histoire. Et rien ne me fait plus plaisir que d’entendre finalement l’un d’entre eux me dire qu’il deviendra écrivain !
Gaëlle : Bien sûr, notre petite sardine a largement sa place dans les écoles. De plus en plus de classes sont équipées d’ordinateurs et l’ouverture d’esprit des enfants est immense. En plus c’est une histoire qui leur parle. Elle évoque l’amitié, le rêve, la persévérance, l’inconnu, l’effort,… c’est une jolie métaphore de la vie des petits et même des plus grands. Je leur parlerais d’eux, de leurs rêves, de leurs craintes, de leurs amis, … de l’universalité … de tout ça quoi ! Pourquoi une toute petite sardine ne pourrait pas ressentir ces émotions, se poser ces questions, avoir ces envies… dans son bel univers aquatique ?
Merci à vous deux pour vos réponses. Elles m’aident à mieux comprendre les personnes avec lesquelles je travaille, et j’espère que les lecteurs y trouvent également leur compte ! C’est un peu l’idée… en fait !




