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Bonjour Emilie, bonjour Nicolas.
Après un silence éditorial d’un an (un tunnel, mais attention… pas noir du tout), La Souris Qui Raconte est très heureuse de revenir sur les grands écrans [NdR ordinateurs Vs tablettes] avec un livre numérique charmant, doux et coloré. Il suffit parfois d’un cygne. Il y est question d’oiseaux, de tonnes de piafs… de tous horizons et d’un premier amour sur fond d’absence. « Horror vacui » ! Deux enfants sans mamans, un garçon et une fille, se rencontrent à l’école et leurs petits cœurs font Boum ! C’est triste et gai en même temps, brutal comme le vide, chaud comme l’amour. C’est émouvant comme un premier baiser.
Emilie, comment l’idée de ce texte vous-elle venue ?
J’ai toujours beaucoup aimé les oiseaux, au point d’en avoir eu, enfant. C’est très sauvage, délicat et gracieux, comme espèce. J’ai grandi dans un village dont on appelle les habitants « les corbeaux ». En effet, il est connu dans la région pour être squatté toute l’année par ces grands oiseaux noirs très mystérieux et un brin intimidant. De plus, notre langue grouille de métaphores, expressions et licences poétiques inspirées par les volatiles. Et puis, je trouve que certaines personnes ressemblent étrangement aux animaux. Physiquement. J’ai eu soudain envie d’un petit garçon-oiseau. Un enfant sauvage, délicat et gracieux… Enfin, comme Balthazar, j’ai eu une mère très très absente.
Vous écrivez surtout de la Fantasy, des romans avec plein de pages et en plusieurs tomes, et là, vous nous écrivez un texte court où les mots se jouent les uns des autres, et les oiseaux aussi ! Pourquoi ce grand écart ? Est-ce en lien avec votre métier, celui où vous n’êtes pas écrivaine ?
Bien avant de songer à écrire des romans pour ados, je rêvais de textes pour les petits. « Il suffit parfois d’un cygne » est né bien plus tôt que la série Apocalypsis, que je signe du nom d’Eli Esseriam. J’adore les livres pour enfants. C’est une véritable passion ! J’ai gardé les miens, bien sûr, comme on conserve les lettres de son premier amour… C’était mon rêve de petite fille : écrire une histoire pour les minots. Grâce à La Souris Qui Raconte, c’est chose faite ! L’adulte que je feins d’être, et l’infirmière que je suis, n’y sont pour rien, pour le coup !
Nicolas, je suis fan de votre univers illustratif très créatif (je ne suis pas la seule d’ailleurs, Emilie aussi !), et j’ai pensé que vos couleurs et votre poésie iraient bien sur les mots d’Emilie, qu’avez-vous ressenti à leurs lectures ?
Merci ! J’ai beaucoup aimé que cela parle d’oiseaux, car ceux qui connaissent mon travail savent qu’ils sont toujours présents dans mes dessins. J’ai tout de suite apprécié la belle écriture d’Émilie, fluide, simple, pas trop lyrique, mais poétique, et l’histoire toute bête de ces deux enfants…
Comment avez-vous travaillé sur ce format numérique ?
C’était un format nouveau pour moi, puisqu’il s’agit de mon premier livre numérique, mais finalement, comme je travaille déjà sur PC, et que je compose sous photoshop avec des calques, cela ne m’a trop bouleversé… La seule différence était le mode colorimétrique (RVB) qui donne des couleurs beaucoup plus ‘flashy’ et la définition beaucoup plus réduite des dessins… mais tout cela est assez technique !
Je crois savoir qu’un autre projet est en cours, pouvez-vous d’ores et déjà nous en dire quelques mots ?
J’ai en fait de nombreux projets en cours, car je suis plutôt boulimique. J’ai plusieurs livres « papier » qui vont sortir aux Ptits Bérets, chez Auzou, chez Belin et en Italie, et j’ai aussi un autre projet chez vos collègues d’Audois et Alleuil, non plus avec des oiseaux mais une petite vache…
Hâte de découvrir cette nouvelle création, j’avais fait un billet sur « La princesse aux petits prouts« . Je gage que leur prochaine production sera tip-top avec vous aux dessins !
Pouvez-vous nous dire chacun, comment ce format modifie votre expression ?
Emilie : Ecrire pour les petits demande une certaine vérité dans l’écriture. On ne peut pas tellement se cacher derrière le style ou les effets de manche, comme on pourrait être tenté de le faire lorsqu’on écrit pour les jeunes adultes. Il n’y a plus de place pour le cynisme : on est beaucoup plus à nu. Tout n’est que sensibilité et émotions. C’est plus sobre, plus honnête et souvent, plus joli. Personnellement, j’ai plus de mal à faire lire mes textes enfantins que mes pages pour ados. J’ai la sensation de m’y montrer davantage. De plus me livrer…
Nicolas : Pour moi, mais aussi pour tous les illustrateurs, c’est un support qui peut permettre une pleine expression, en animant, en poussant, en développant l’image. Il offre de chouettes possibilités pour qui a un peu d’imagination. J’aime, et j’espère aller encore plus loin au fil des projets, l’idée d’interagir avec le lecteur, qu’il puisse s’accaparer son livre, s’y incruster et, pourquoi pas bouleverser, chambouler l’histoire… !
On dit et on écrit beaucoup de choses concernant le numérique et j’ai envie de vous défier gentiment.
Comment vous, très inscrit dans une culture papier, imaginez-vous son avenir… disons à 10 ans, à 20 ans et à 50 ans ! La boule de cristal n’est pas autorisée !
Emilie : Dans 10 ans, tout, ou presque tout, sera numérisé. Dans 20 ans, on aura trouvé un moyen de diffuser à bas prix l’implant intra-crânien, avec une lentille à poser sur la pupille en guise d’écran. On sélectionnera et lira n’importe quoi, en effectuant nos recherches d’une simple pensée. Ce sera extraordinaire et terrifiant. On pourra visiter des bibliothèques, devenues des musées depuis longtemps. Les enfants demanderont « c’est quoââ? » en montrant du doigt des dictionnaires, des encyclopédies, des livres colorés. Les parents soupireront et diront « T’as qu’à activer ta recherche ! Pense un peu ! » Parce que oui, on sera toujours aussi paresseux d’esprit…
Et puis dans 50 ans, comme la mode se fait, se défait et se refait, on assistera à un retour aux basiques, un « revival » du papier. Les années 90 ont ressuscité le patte d’eph, en 2010, on porte aux nues le col Claudine, la robe à pois et les escarpins à bout ouvert, on adore les papiers peints à motifs, l’esprit vintage, tout ce qui est rétro… Aussi, ne jetez pas vos bouquins ! En 2063 et des brouettes, ils vaudront l’or que nous avons toujours vu en eux…
Nicolas : Je suis depuis bien longtemps sensible au média numérique. Je suis un enfant des années 80 et des ordinateurs à cassettes, lorsqu’on écrivait patiemment des lignes et des lignes de codes pour animer des morpions et des vers qui se mangeaient la queue… Je ne suis donc pas du tout effrayé par le développement de la lecture et de la culture numérique, bien au contraire ! Je trouve cela exaltant et riche de potentialités… Pour ce qui est du papier, il a encore et gardera une vraie aura, un fort pouvoir symbolique. On assiste aujourd’hui au retour du bon vieux vinyle… Je pense que le papier suivra le même chemin, à côté des œuvres numériques…
Un grand merci à tous les deux. Merci pour cet échange et merci pour le très beau livre que vous avez offert à nos lecteurs.
Depuis sa mise en ligne et l’envoi du communiqué de presse s’y afférent, « Louise ou la vraie vie » a de quoi être fière ! Rétrospectives…
Aldus, e.pagine, handicap.fr, IDBOOX, infobourg, Le blog de Véronique Goy, Lettres numériques, presseedition.fr… sont quelques-uns des articles que j’ai pu identifier. Un grand merci à Hervé, Christophe, Elizabeth, Véronique… pardon aux autres que je n’aurais pas reconnus.
Il y a également eu une interview téléphonique totalement surréaliste, alors que j’étais au salon « Planère PME » à la Porte Maillot. Et une autre est prévue ce lundi avec une journaliste d’Handitec.
Se faire une place sur le web passe immanquablement par toutes ses recommandations si chères à Google ! Se faire une place dans l’édition numérique encore balbutiante aussi. Je ne pourrai pas finir ce post sans remercier aussi Nicolas Gary d’Actualitté. Celle-ci, cette semaine, battait le pavé du côté de la Rue Sébastien Bottin. Un enjeu de taille pour tous les éditeurs « pure players » !
Les livres numériques jeunesse se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant le point de départ, c’est toujours le texte. Ensuite le style de l’illustrateur le personnalise. Et au bout du compte (conte) c’est ce que le jeune lecteur en fait qui prime !
Ce mois-ci, ce sont Marc Cantin et Anne-Sophie Gousset qui sont à l’honneur, portés par la voix de Brigitte Quinton. Et puisque dans toutes les histoires pour enfants de La Souris Qui Raconte, il est question de voix, la parole est donnée à nos deux protagonistes du moment.
LSQR : « Zila et le chevalier » est un conte écrit dans les règles de l’art du conte, avec une jolie morale. Il y est question de monstres en tout genre, d’un chevalier, d’une princesse et surtout d’une petite fille courageuse qui rêve d’étudier. D’où vous est venu l’inspiration de ce récit en particulier ? Et plus généralement quelles sont vos sources d’inspiration ?
Marc : En Bolivie, j’ai rencontré des enfants qui rêvaient d’étudier mais qui vivaient en pleine montagne. Pour poursuivre des études, c’était assez compliqué et ils devaient quitter leur famille, leur village et leurs amis. Quant à l’inspiration en général, elle me vient de la vie, de mes expériences et de celles des autres.
LSQR : De votre côté Anne-Sophie, avez-vous eu des difficultés à mettre en image le texte de Marc ou bien les personnages vous sont apparus facilement ? Racontez-nous comment vous travaillez.
Anne-Sophie : Les personnages me sont effectivement venus assez rapidement, je visualisais bien Zila comme une petite fille dégourdie, un « peu garçon manqué » et le chevalier benêt, grand, nonchalant. Le reste est venu un peu malgré moi, l’humour que j’ai mis dans les images est sans conteste directement influencé par le texte. Plus généralement, je dois avouer que je travaille de façon assez désordonnée car les idées me viennent au fur et à mesure. Je suis encore beaucoup dans l’expérimentation, je cherche des matières, des gammes colorées, … pour donner du caractère à l’image. Et je reviens dessus tant que je ne suis pas satisfaite.
LSQR : Marc, vous êtes un auteur engagé, investi d’un regard très altruiste sur le monde, pour preuve, deux de vos titres entre autres traitent de sujets dont l’action se passe en Amérique du Sud, L’enfant des rues et Les gamins des Andes, pouvez-vous nous parler de cette facette de votre personnage ?
M. : J’ai la chance de pouvoir participer à de magnifiques projets dans des pays où les problèmes matériels sont nombreux. J’y rencontre des gens exceptionnels et ce sont eux qui m’aident à garder les pieds sur LA Terre et à conserver une vision humaniste de notre monde.
LSQR : Anne-Sophie, la petite Zila est vraiment craquante. En visitant un peu votre site, je me rends compte que vous avez un univers bien à vous (ce qui est souvent le cas pour un illustrateur), et Zila ressemble à vos personnages ? Parlez-nous de vous en tant qu’illustratrice, vos inspirations, vos goûts, avez-vous un « mentor » ?
A.-S. : Je n’ai pas de mentor à proprement parler, il y a de nombreux illustrateurs que j’admire bien entendu, mais je ne sais pas si cela influence mon travail.
Pour Zila et le chevalier, l’histoire se passe pour une bonne partie dans la forêt, je me suis donc intéressée aux livres qui traitent de ça, et puis finalement, c’est le dessin animé du tchèque Taupek « La petite taupe » qui m’a le plus inspiré pour l’ambiance, la palette de couleur de la végétation. Je travaille à la craie grasse, j’aime la matière que cela donne, j’aime pouvoir venir gratter dedans, jouer avec les différentes couches, les mélanges involontaires …
Pour ce travail, il y a une vraie différence de technique entre le décor et les personnages, ce que j’ai eu un peu de mal à apprécier au début. J’ai essayé d’en faire un atout au fur et à mesure. Pour ce qui est de mes inspirations, en illustration Anne Herbauts, Claude Ponti et en dessin animé, Taupek, Frédéric Back, pour ne citer que ceux-là !
Ma culture de l’image est plutôt liée au dessin animé avant de m’intéresser au livre jeunesse. Mais je ne suis pas une très bonne animatrice !
LSQR : Ah bon ! Vous vous en sortez très bien avec Zila pourtant ! Marc, sur votre blog, où je me suis aussi promenée, vous nous dites (je vous cite) :
La qualité du récit, c’est autre chose. C’est le privilège du lecteur d’en juger !
L’éditeur, lui, s’attachera à la compréhension, à la capacité technique du récit à être compris et lu par un enfant de tel ou tel âge…
Bref, ne cherchez pas chez l’éditeur une reconnaissance universelle qualitative et artistique qu’il ne peut vous donner. Seul le lecteur a ce pouvoir et ce droit de dire simplement : J’aime ou j’aime pas.
C’est diaboliquement vrai comme analyse ! Du coup je m’interroge, avez-vous eu en tant qu’auteur, des titres qui n’ont pas été couronné du succès attendu par l’éditeur ?
M. : Nous n’avons jamais connu de grandes catastrophes, heureusement ! Mais nous pensions par exemple que le roman « Sexy Story » , qui aborde les dangers de la pornographie, remporterait un plus large succès, plus immédiat, plus populaire. Cela n’a pas été le cas et il s’est plutôt inscrit dans la durée comme un livre thématique.
LSQR : Et a contrario, avez-vous un titre qui aurait créé la surprise ?
M. : Oui. L’inverse est également vrai. Nous avons sorti certains livres en nous disant qu’ils ne rencontreraient pas un large succès mais qu’ils devaient exister et participer à une nécessaire diversité… et nous nous sommes trompés (« Moi Félix, 10 ans, sans-papier » ou « Une ado en prison », par exemple).
LSQR : Quel est votre rapport au numérique, aujourd’hui et dans les années à venir ?
M. : Plus il y a de portes d’entrée vers les histoires, meilleures seront les chances d’amener les enfants à la lecture, et donc de communiquer avec eux par l’intermédiaire de leur imaginaire. Peu importe le support, il n’y a toujours que 26 lettres qui, comme par magie, donnent naissance à des personnages et des univers.
Chantée, lue ou contée, sur du papier, sur un écran, sur une pierre ou même sur le sable, une histoire est toujours une histoire. C’est ce goût du récit qu’il faut promouvoir, pour le plaisir qu’il procure, l’expérience qu’il apporte et les sentiments qu’il développe en nous.
A.-S. : A ce jour, je n’ai travaillé quasiment que pour du support numérique. Cet univers me fascine par les multiples possibilités que cela ouvre. J’avais aussi la volonté de me démarquer des illustrateurs classiques en surfant sur cette vague du numérique qui fait parfois un peu peur. Je voulais garder un pied dans le traditionnel tout en m’ouvrant à de nouveaux média.
Dans les années à venir, j’aimerais continuer dans le numérique, mais revenir à du développement de produits plus « ludiques », poussé plus loin. C’est un peu ce que propose LSQR avec ces histoires à inventer. Travailler dans ce qu’on appelle aujourd’hui le « cross média » qui décline un même univers sur différents support (dessin animé, jeu vidéo, bande dessinée, livre et pourquoi pas livre numérique). Il y beaucoup à faire, à inventer, un champ à explorer.
J’aimerais bien aussi être auteur de mes propres projets numériques et ne pas rester enfermée dans le domaine jeunesse… en fait je veux explorer !
LSQR : Vos retours sont vraiment enrichissants et abondent finalement dans le sens de LSQR, j’en suis heureuse. Vos deux visions apportent un regard très positif sur le numérique. Zila et le chevalier était-elle votre première participation 100% numérique ?
M. : Oui. Une autre est en préparation sous une forme plus traditionnelle.
A.-S. : Je débute ma carrière donc je n’ai pas eu encore beaucoup l’occasion de travailler pour des éditeurs. J’ai vendu cette année un concept de jeu vidéo/livre interactif, appelons cela comme ça, à un producteur parisien avec qui je travaille à la réécriture et au développement graphique du produit. Il devrait sortir sur le marché en fin d’année.
Etant donné que ce projet n’est pas encore développé entièrement, on peut dire que Zila et le chevalier, si elle n’est pas la première œuvre que je pense entièrement en numérique, est la première que j’édite, et j’en suis ravie.
LSQR : Une dernière question, pourquoi avez-vous accepté de me confier ce titre et de l’illustrer ?
M. : Justement parce qu’il ne s’agit pas de la transposition d’un livre papier en ouvrage numérique. C’est quelque chose de nouveau. Réellement une autre façon de lire et d’aborder le récit… Qui peut aussi permettre à des enfants en difficulté de franchir le pas de la lecture.
A.-S. : Quand j’ai rencontré Françoise, ce type de média commençait à voir le jour (il n’y a pas si longtemps pourtant, mais tout va si vite aujourd’hui !). Cela correspondait à mes attentes professionnelles d’une part, et d’autre part j’ai été séduite par l’ambition et la motivation de Françoise. Les sujets des histoires abordés par LSQR sont très intéressants, on ne prend pas les enfants pour des imbéciles et c’est ce que j’apprécie !
LSQR : Un grand merci à tous les deux pour votre participation, passionnée et passionnante !

