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Vendredi approche ! Le dernier jour du premier mois de l’année 2014 ! Le 31 quoi ! Ce sera surtout la sortie de notre 29e titre (14e dans la collection « Histoires à lire ») Nasreddine Hodja et Parabole le chat. Trois contes de Nasreddine racontés par son chat. Le premier sera gratuit, les deux autres coûteront 4,95€, sans surprise pour ceux qui nous connaissent !
Là où la surprise intervient, si vous aimez les surprises, c’est qu’à l’occasion de cette sortie, et à deux moments précis dans la journée, La Souris Qui Raconte offrira aux 10 plus rapides de ses lecteurs, les trois contes de Nasreddine pour 1€ seulement !
A partir de 12h15, et de nouveau à partir de 19h15, 2 fois 10 exemplaires seront disponibles pour 1€ tout rond ! Vous pouvez déjà prévenir les copains. 2 x 10, cela ne fait que vingt exemplaires !
Que VendrediSouris sourie aux plus rapides !
Vous savez, vous qui suivez ce blog avec assiduité, qu’à chaque mise en ligne, La Souris Qui Raconte organise une rencontre entre auteur et illustrateur à l’occasion d’une interview assez informelle ! Aujourd’hui, alors que “L’Ogresse” est en ligne depuis moins d’une semaine, je ne vais pas déroger. Tout au plus procèderai-je un peu différemment !
Les Atomes Crochus, co-éditeur (finalement) de ce conte pour enfants, ont, à l’époque de la sortie du livre, retranscrit un entretien où Francine Pellaud et Clémentine Robach répondent aimablement aux questions posées.
L’Ogresse se transforme comme par magie au fil de l’histoire des Atomes : récit sur le développement durable, d’abord présenté sous forme de spectacle, il devient aujourd’hui livre illustré. F. Pellaud et C. Robach reviennent pour nous sur leur travail pour coucher sur le papier ce récit allégorique qui fait rimer « lire » avec « agir » et « réfléchir » avec « plaisir ».
Il est maintenant livre animé et interactif (la boucle serait-elle bouclée ?). Je vous invite à découvrir l’intégralité de l’entretien ici !
Et comme il est aussi question de L’Ogresse sur l’excellent site Declickids (site sur lequel je reviendrai dans un coup de cœur prochain !), je vous invite à découvrir ce que Nathalie et Ulysse en pensent. C’est par là !
L’Ogresse est une histoire pour enfants de la collection Histoires à inventer, trois fins possibles.
Depuis la création du site lasourisquiraconte.com le 27 septembre 2010, il y a un peu plus d’un an, j’ai instauré avec grand plaisir un certain nombre de rituels. Celui que je préfère est celui où je donne la parole aux auteurs et aux illustrateurs. L’occasion pour eux de s’exprimer, et pour les lecteurs de La Souris Qui Raconte, de connaître les coulisses de fabrication d’un livre numérique !
Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous donner la parole, à vous Christophe Loupy (Metantropo), pour que vous nous donniez quelques recettes d’écriture.
Votre contribution aux histoires de La Souris Qui Raconte est la deuxième. Après La petite flamme (collection Histoires à lire) illustrée par Mehdi Sévère et mis en ligne le 20 octobre dernier, Les deux rois, la sorcière et le sage (collection Histoires à jouer) illustrée par Johan Toggenburger a démarré le 12 décembre dernier. Les deux illustrateurs qui ont travaillé sur vos très jolis contes pour enfants, ont un point commun que je divulguerai plus tard.
Mais avant je voudrais que vous nous disiez comment vous avez connu La Souris Qui Raconte et pourquoi vous avez eu envie de lui soumettre vos textes.
En parlant de souris… Tiens, justement… je suis comme la petite souris… au courant de beaucoup de choses avant les autres… Enfin, quand je dis beaucoup de choses, sous-entendu dans l’édition jeunesse. En fait, j’ai la chance d’avoir une double casquette. D’une part, je suis auteur en littérature jeunesse ; et d’autre part, directeur de publication de l’annuaire professionnel de l’édition jeunesse, Le Guide de l’Edition Jeunesse.
Ce gros annuaire (de plus de 1500 entrées) aura 10 ans d’existence l’année prochaine et je dois dire que cette longue route aux côtés des professionnels fait qu’aujourd’hui j’ai, de façon régulière, de nombreuses informations de leur part. C’est ainsi que j’ai appris la création de La Souris Qui Raconte. Ce concept vraiment novateur m’a tout de suite séduit car j’ai imaginé immédiatement quel fabuleux produit cela pouvait donner aux enfants. La suite, vous la connaissez, j’ai eu envie de m’investir dans le projet, d’abord en tant que directeur de publication en ajoutant cette maison d’édition à notre annuaire ; et ensuite en tant qu’auteur car j’ai eu envie de proposer mes propres contes.
Comment avez-vous ressenti les interprétations que Mehdi et Johan ont faits de vos œuvres, et trouvez-vous un lien dans leurs univers respectifs ?
Lorsque j’ai découvert les illustrations faites par Mehdi et Johan sur mes textes, j’ai tout d’abord été impressionné par leur talent. Leur trait est à la fois clair et précis, leur style très proche des styles graphiques modernes que l’on trouve actuellement dans les films d’animation, mais avec, en plus, un travail sur l’ombre et la lumière que j’aime beaucoup. Même s’ils ont chacun leur univers graphique, je dirais qu’ils se rejoignent dans ce style audiovisuel moderne utilisant l’outil numérique (qu’ils maîtrisent admirablement tous les deux).
Etant tous les deux issus du jeu vidéo, leur approche graphique s’en ressent. Ce sont les seuls illustrateurs à avoir intégré dans leurs illustrations, des effets de flou ou de travelling. Peut-être est-ce cela leur style audiovisuel moderne…
Que pensez-vous de l’édition « pure-player », vous, auteur papier. Et les éditeurs avec lesquels vous signez des contrats intègrent-ils le numérique ou pas encore ?
Je me réjouis toujours de nouveaux supports artistiques et culturels. L’édition « pure-player » apporte des choses que l’édition papier ne peut apporter. Même dans les romans basiques. Le fait de pouvoir transporter une bibliothèque de plusieurs milliers de titres avec soi partout dans une simple tablette numérique de quelques centimètres, c’est extraordinaire. Le fait de pouvoir lire son roman dans le métro sur son smartphone, même dans le noir, c’est pratique. Personnellement, je me lance, moi aussi, en tant qu’auteur, dans l’édition numérique avec une série de romans d’aventure pour les ados, Code : Lady G, qui raconte les aventures fantastiques de la célèbre chanteuse américaine. Le premier épisode, La pyramide de Mu, est déjà en ligne, le second aussi, depuis quelques jours. Il s’intitule La citadelle de Ksanthor.
Je pense qu’il ne faut pas avoir peur du numérique dans l’édition. Le papier et le virtuel continueront à vivre en parallèle. Il y a quelques années, lorsque la musique assistée par ordinateur a fait son apparition, on l’a accusée de tous les torts. Elle allait, disait-on, remplacer les musiciens, les mettre au chômage. Finalement, chacun a trouvé sa place et la création musicale s’est élargie avec ce merveilleux outil. Il en sera de même avec la littérature numérique. C’est une belle invention et, on le voit avec le catalogue de La Souris Qui Raconte, cela dynamise la création.En ce qui concernent les contrats, certains de mes éditeurs papier tentent d’y intégrer le numérique mais pour l’instant, il est difficile de signer quoi que ce soit en la matière car les syndicats d’auteurs et les syndicats d’éditeurs ne sont pas d’accord sur tous les points. C’est normal, toute technologie nouvelle entraîne son lot de questionnements et de transformations. D’ici quelques temps, je pense que les intérêts de chacun trouveront leur place dans un accord et que des contrats « types » préservant à la fois les auteurs et les éditeurs seront élaborés. Il faut faire confiance en l’intelligence de chacun.
Je crois savoir que vous avez encore une troisième casquette, vous pouvez nous en parler.
En effet, je suis également instituteur en maternelle à plein temps. Cela fait, comme vous vous en doutez, des semaines bien chargées. Les mercredis vaqués, je ne connais pas, et mes semaines de travail sont souvent plus proches de 50 que de 35 heures. Je me lève à 6h00 pour pouvoir travailler une heure avant de partir à l’école et le soir je m’y remets jusqu’à 19h00. Quant aux vacances scolaires, je les passe à rattraper la paperasse en retard, ou parfois sur la route, comme l’an dernier, où j’ai passé une semaine en février au lycée français de Madrid dans les classes de maternelle pour des animations autour de mes albums, puis une semaine à Pâques dans un groupe scolaire en Bretagne pour animer, cette fois, dans toutes les classes, de la maternelle au CM2.
Lorsque vous écrivez, comment cela se passe-t-il ? Dans un bureau, avec un ordi et un clavier, ou de manière moins formelle sur un coin de table dans un bistrot ou votre cuisine ?
Cela dépend du moment. Chez moi, c’est sur mon PC dans mon bureau. A l’extérieur, c’est sur mon ordinateur portable. L’été, j’emmène un cahier à spirale pour écrire sur la plage. En fait, j’ai beaucoup de facilité à me concentrer, quelque soit l’endroit. Je suis conscient que c’est un luxe, mais c’est aussi une nécessité car, contrairement aux confrères qui ne font que ça, j’ai intérêt à « rentabiliser » mes moments libres si je veux que mes histoires voient le jour.
Quelles étaient vos références dans l’écriture de vos deux contes ?
Pour La petite flamme, l’idée m’est venue de « l’effet papillon ». Je me suis dit que l’on parle bien souvent de ce phénomène en l’attribuant à une chaîne négative, et qu’il serait intéressant de la développer, au contraire, positivement.
Pour Les deux rois, la sorcière et le sage j’ai observé autour de moi. J’ai vu que les gens, finalement, se disputaient au départ pour des choses sans importance, et que cela prenait vite des proportions incroyables. Dans une file d’attente, par exemple, pour gagner 1 minute 30 (chronomètre en main !), ou sur la route, pour gagner 4,50 mètres… Mais ce qui est le plus étrange dans ce conte, c’est que je l’ai écrit avant les événements du 11 septembre et qu’ensuite, lorsque cette tragédie s’est produite, j’ai constaté des parallèles troublants dans mon texte : les deux pommiers géants, par exemple, ressemblent beaucoup aux deux tours (ils dominent le village, on les abat et des milliers d’habitants meurent). Le nom du roi Rico (qui veut dire riche en espagnol) mais qui, associé à Lamé (nom de son village), donne LaméRico (L’Américo) ; la sorcière qui conseille « Plante ces deux graines au sud de ton verger, là où le soleil et l’eau caressent tes terres… », les tours jumelles étaient situées au sud de Manhattan, langue de terre entourée d’eau et éclairée (soleil) par la statue de la liberté… Je vais terminer en disant que le titre original, celui que j’avais trouvé pour ce conte était Big apples, normal pour une histoire de grosses pommes, sauf que Big apple est aussi le surnom de New York…
A ce jour, je n’ai toujours pas d’explication à ces « coïncidences », mais c’est un phénomène, je dois dire, qui m’a toujours fasciné et excité mon imagination.
En effet, toutes ces coïncidences sont pour le moins troublantes !
Parlez-nous de Metantropo, qui est-il ? Après quelques recherches je me rends compte que les titres parus sous ce patronyme datent un peu, publiez-vous encore sous ce pseudo ?
Ce pseudo, je l’ai inventé à mes débuts. Je venais d’écrire mon premier roman pour ados, un roman fantastique pour les éditions Magnard jeunesse et je m’étais amusé à trouver un pseudonyme fantastique pour « ficeler » l’ensemble. Metantropo est construit sur deux racines grecques, Meta (qui signifie, « un peu plus que », « au-delà de ») et Antropo (qui signifie « être humain »). C’est ainsi que, pour cette histoire fantastique, j’ai signé, non avec un certain amusement, « Metantropo » (un peu plus qu’un être humain). Seulement voilà, ce que j’ignorais à l’époque, c’est que ce choix allait me piéger. En effet, lorsque, quelques temps plus tard, j’ai signé mon premier roman ado chez Flammarion, la directrice de collection, qui connaissait mes romans fantastiques chez Magnard, m’a demandé : « Voulez-vous signer Christophe Loupy ou Metantropo ? ». Comme il ne s’agissait pas d’un roman fantastique, mais d’un récit d’aventure sur fond historique, je pensais signer tout naturellement Christophe Loupy. Mais elle avait sa petite idée en tête : « Comme les ados ont commencé à vous découvrir sous le pseudonyme de Metantropo, il serait bien, me dit-elle, de signer ce roman sous le même nom. » Je devais reconnaître que son analyse était judicieuse et j’ai accepté de signer une nouvelle fois Metantropo. Depuis ce jour, je signe Christophe Loupy pour les enfants et Metantropo pour les ados (et les adultes). D’ailleurs, en réponse à votre question, je continue à écrire pour les ados car j’ai sorti en mai dernier L’invasion des kaméléons chez Milan Jeunesse (Wallis, 12 ans, hémiplégique, va sauver le monde de l’invasion de créatures capables de prendre l’apparence humaine), le second tome L’Amnêzone sortira fin 2012. Un autre roman d’aventure sur fond historique, est prévu aussi pour fin 2012, Un fantôme pas comme les autres chez Océan Editions (Blandine, 12 ans, traquée par un SS sanguinaire en 1944, va être aidée par le fantôme de Simon, 13 ans, qui en 2005, a des pertes de connaissances pendant lesquelles son esprit remonte le temps malgré lui). En comptant un roman fantastique pour adultes L’Antestament et ma série de romans numériques Code : Lady G, voilà les différents « Metantropo » signés dernièrement.
Et bien… ! tout ça en 50 heures par semaine ? Bravo Monsieur Loupy ! Et au-delà des livres qu’aimez-vous par dessus tout ?
J’aime voyager, découvrir les merveilles du monde et rencontrer les gens ; les soirées entre amis, la cuisine de ma femme et surtout son foie gras maison (chic, c’est la saison !) ; les sports funs pour ne pas dire extrêmes (bien qu’à 50 ans on ralentisse forcément).
Que détestez-vous par dessus tout ?
Le froid (mes origines réunionnaises y sont peut-être pour quelque chose…) ; les conflits, les grandes gueules (tout peut se résoudre par le dialogue entre personnes de bonne intelligence, non ?) et la violence de l’homme sur la femme ou sur l’enfant.
La nouvelle année est encore au pied des sapins et j’ai quelques accointances avec le Père Noël, avez-vous un souhait pour 2012 ?
Mon plus grand souhait serait que les gouvernements du monde entier interdisent, à partir de 2012, la spéculation sur les denrées alimentaires. Si le Père Noël arrive à faire ça, promis, je l’aide dans sa tournée l’année prochaine !
Un grand merci Christophe ! Je sais un peu plus, si j’avais encore quelques doutes, pourquoi j’ai voulu vous faire parler de vous et de Metantropo. Deux hommes en un, chacun avec de grandes qualités !
Les livres numériques jeunesse se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant le point de départ, c’est toujours le texte. Ensuite le style de l’illustrateur le personnalise. Et au bout du compte (conte) c’est ce que le jeune lecteur en fait qui prime !
Ce mois-ci, ce sont Marc Cantin et Anne-Sophie Gousset qui sont à l’honneur, portés par la voix de Brigitte Quinton. Et puisque dans toutes les histoires pour enfants de La Souris Qui Raconte, il est question de voix, la parole est donnée à nos deux protagonistes du moment.
LSQR : « Zila et le chevalier » est un conte écrit dans les règles de l’art du conte, avec une jolie morale. Il y est question de monstres en tout genre, d’un chevalier, d’une princesse et surtout d’une petite fille courageuse qui rêve d’étudier. D’où vous est venu l’inspiration de ce récit en particulier ? Et plus généralement quelles sont vos sources d’inspiration ?
Marc : En Bolivie, j’ai rencontré des enfants qui rêvaient d’étudier mais qui vivaient en pleine montagne. Pour poursuivre des études, c’était assez compliqué et ils devaient quitter leur famille, leur village et leurs amis. Quant à l’inspiration en général, elle me vient de la vie, de mes expériences et de celles des autres.
LSQR : De votre côté Anne-Sophie, avez-vous eu des difficultés à mettre en image le texte de Marc ou bien les personnages vous sont apparus facilement ? Racontez-nous comment vous travaillez.
Anne-Sophie : Les personnages me sont effectivement venus assez rapidement, je visualisais bien Zila comme une petite fille dégourdie, un « peu garçon manqué » et le chevalier benêt, grand, nonchalant. Le reste est venu un peu malgré moi, l’humour que j’ai mis dans les images est sans conteste directement influencé par le texte. Plus généralement, je dois avouer que je travaille de façon assez désordonnée car les idées me viennent au fur et à mesure. Je suis encore beaucoup dans l’expérimentation, je cherche des matières, des gammes colorées, … pour donner du caractère à l’image. Et je reviens dessus tant que je ne suis pas satisfaite.
LSQR : Marc, vous êtes un auteur engagé, investi d’un regard très altruiste sur le monde, pour preuve, deux de vos titres entre autres traitent de sujets dont l’action se passe en Amérique du Sud, L’enfant des rues et Les gamins des Andes, pouvez-vous nous parler de cette facette de votre personnage ?
M. : J’ai la chance de pouvoir participer à de magnifiques projets dans des pays où les problèmes matériels sont nombreux. J’y rencontre des gens exceptionnels et ce sont eux qui m’aident à garder les pieds sur LA Terre et à conserver une vision humaniste de notre monde.
LSQR : Anne-Sophie, la petite Zila est vraiment craquante. En visitant un peu votre site, je me rends compte que vous avez un univers bien à vous (ce qui est souvent le cas pour un illustrateur), et Zila ressemble à vos personnages ? Parlez-nous de vous en tant qu’illustratrice, vos inspirations, vos goûts, avez-vous un « mentor » ?
A.-S. : Je n’ai pas de mentor à proprement parler, il y a de nombreux illustrateurs que j’admire bien entendu, mais je ne sais pas si cela influence mon travail.
Pour Zila et le chevalier, l’histoire se passe pour une bonne partie dans la forêt, je me suis donc intéressée aux livres qui traitent de ça, et puis finalement, c’est le dessin animé du tchèque Taupek « La petite taupe » qui m’a le plus inspiré pour l’ambiance, la palette de couleur de la végétation. Je travaille à la craie grasse, j’aime la matière que cela donne, j’aime pouvoir venir gratter dedans, jouer avec les différentes couches, les mélanges involontaires …
Pour ce travail, il y a une vraie différence de technique entre le décor et les personnages, ce que j’ai eu un peu de mal à apprécier au début. J’ai essayé d’en faire un atout au fur et à mesure. Pour ce qui est de mes inspirations, en illustration Anne Herbauts, Claude Ponti et en dessin animé, Taupek, Frédéric Back, pour ne citer que ceux-là !
Ma culture de l’image est plutôt liée au dessin animé avant de m’intéresser au livre jeunesse. Mais je ne suis pas une très bonne animatrice !
LSQR : Ah bon ! Vous vous en sortez très bien avec Zila pourtant ! Marc, sur votre blog, où je me suis aussi promenée, vous nous dites (je vous cite) :
La qualité du récit, c’est autre chose. C’est le privilège du lecteur d’en juger !
L’éditeur, lui, s’attachera à la compréhension, à la capacité technique du récit à être compris et lu par un enfant de tel ou tel âge…
Bref, ne cherchez pas chez l’éditeur une reconnaissance universelle qualitative et artistique qu’il ne peut vous donner. Seul le lecteur a ce pouvoir et ce droit de dire simplement : J’aime ou j’aime pas.
C’est diaboliquement vrai comme analyse ! Du coup je m’interroge, avez-vous eu en tant qu’auteur, des titres qui n’ont pas été couronné du succès attendu par l’éditeur ?
M. : Nous n’avons jamais connu de grandes catastrophes, heureusement ! Mais nous pensions par exemple que le roman « Sexy Story » , qui aborde les dangers de la pornographie, remporterait un plus large succès, plus immédiat, plus populaire. Cela n’a pas été le cas et il s’est plutôt inscrit dans la durée comme un livre thématique.
LSQR : Et a contrario, avez-vous un titre qui aurait créé la surprise ?
M. : Oui. L’inverse est également vrai. Nous avons sorti certains livres en nous disant qu’ils ne rencontreraient pas un large succès mais qu’ils devaient exister et participer à une nécessaire diversité… et nous nous sommes trompés (« Moi Félix, 10 ans, sans-papier » ou « Une ado en prison », par exemple).
LSQR : Quel est votre rapport au numérique, aujourd’hui et dans les années à venir ?
M. : Plus il y a de portes d’entrée vers les histoires, meilleures seront les chances d’amener les enfants à la lecture, et donc de communiquer avec eux par l’intermédiaire de leur imaginaire. Peu importe le support, il n’y a toujours que 26 lettres qui, comme par magie, donnent naissance à des personnages et des univers.
Chantée, lue ou contée, sur du papier, sur un écran, sur une pierre ou même sur le sable, une histoire est toujours une histoire. C’est ce goût du récit qu’il faut promouvoir, pour le plaisir qu’il procure, l’expérience qu’il apporte et les sentiments qu’il développe en nous.
A.-S. : A ce jour, je n’ai travaillé quasiment que pour du support numérique. Cet univers me fascine par les multiples possibilités que cela ouvre. J’avais aussi la volonté de me démarquer des illustrateurs classiques en surfant sur cette vague du numérique qui fait parfois un peu peur. Je voulais garder un pied dans le traditionnel tout en m’ouvrant à de nouveaux média.
Dans les années à venir, j’aimerais continuer dans le numérique, mais revenir à du développement de produits plus « ludiques », poussé plus loin. C’est un peu ce que propose LSQR avec ces histoires à inventer. Travailler dans ce qu’on appelle aujourd’hui le « cross média » qui décline un même univers sur différents support (dessin animé, jeu vidéo, bande dessinée, livre et pourquoi pas livre numérique). Il y beaucoup à faire, à inventer, un champ à explorer.
J’aimerais bien aussi être auteur de mes propres projets numériques et ne pas rester enfermée dans le domaine jeunesse… en fait je veux explorer !
LSQR : Vos retours sont vraiment enrichissants et abondent finalement dans le sens de LSQR, j’en suis heureuse. Vos deux visions apportent un regard très positif sur le numérique. Zila et le chevalier était-elle votre première participation 100% numérique ?
M. : Oui. Une autre est en préparation sous une forme plus traditionnelle.
A.-S. : Je débute ma carrière donc je n’ai pas eu encore beaucoup l’occasion de travailler pour des éditeurs. J’ai vendu cette année un concept de jeu vidéo/livre interactif, appelons cela comme ça, à un producteur parisien avec qui je travaille à la réécriture et au développement graphique du produit. Il devrait sortir sur le marché en fin d’année.
Etant donné que ce projet n’est pas encore développé entièrement, on peut dire que Zila et le chevalier, si elle n’est pas la première œuvre que je pense entièrement en numérique, est la première que j’édite, et j’en suis ravie.
LSQR : Une dernière question, pourquoi avez-vous accepté de me confier ce titre et de l’illustrer ?
M. : Justement parce qu’il ne s’agit pas de la transposition d’un livre papier en ouvrage numérique. C’est quelque chose de nouveau. Réellement une autre façon de lire et d’aborder le récit… Qui peut aussi permettre à des enfants en difficulté de franchir le pas de la lecture.
A.-S. : Quand j’ai rencontré Françoise, ce type de média commençait à voir le jour (il n’y a pas si longtemps pourtant, mais tout va si vite aujourd’hui !). Cela correspondait à mes attentes professionnelles d’une part, et d’autre part j’ai été séduite par l’ambition et la motivation de Françoise. Les sujets des histoires abordés par LSQR sont très intéressants, on ne prend pas les enfants pour des imbéciles et c’est ce que j’apprécie !
LSQR : Un grand merci à tous les deux pour votre participation, passionnée et passionnante !
… pour qui l’école n’est pas le seul lieu d’apprentissage !
« La petite musique du Monde » porte un regard inattendu sur l’apprentissage en général
et l’école en particulier ! Un sujet difficile, parfois brûlant.
Pour ce nouveau livre numérique, écrit par Cathy Dutruch (dont c’est la deuxième contribution pour LSQR) et illustré par Farah Allègue, La Souris Qui Raconte questionne.
Leurs réponses, parfois crues, entre tendresse et passion ! Merci à vous deux.
LSQR : Cathy comment avez-vous imaginé votre récit ? Parlez-nous un peu plus en détail de Victor.
C. : Victor est la synthèse imaginaire (ou qui sait…) de plusieurs enfants « différents » rencontrés au cours de ma vie d’enseignante (et de pas enseignante).
Il est aussi un clin d’œil littéraire à Victor, le célèbre enfant sauvage dont tout le monde connaît l’histoire. L’appeler Victor était un choix délibéré. Une référence, pour parler des « enfants sauvages ». J’ai de l’affection pour ce Victor là ! Mais pour tous les Victor aussi.
Si les enfants sauvages élevés par des loups ont disparu, il existe encore des « enfants sauvages ». Des enfants vivant dans des tribus lointaines et dont la « socialisation » ne répond pas à nos codes d’éducation, par exemple. Des enfants non scolarisés principalement.
Il y a ceux qui n’entrent pas dans le « moule » adéquat, qui ne peuvent pas intégrer le mode école, pour tout un tas de raisons, ces enfants là, je les aime et je les respecte. Il faut écouter leur refus et comprendre leur impossibilité à accepter un « modèle » préétabli. J’aime aussi ceux qui entrent dans le moule et en sortent dès qu’ils quittent l’école !
Je ne parle pas ici des enfants différents confrontés à un problème psychologique ou physique qui fait qu’ils ne peuvent pas pratiquer l’école comme les autres. Non ça c’est une autre histoire.
Victor élève des oiseaux parce qu’il est intelligent, pas parce qu’il est déficient.
LSQR : Et vous Farah, comment vous êtes-vous immergée dans le personnage ?
F. : J’ai tout de suite été interpellée par l’histoire du petit Victor. Qui ne s’est pas déjà senti enfermé dans un système ? Qui n’as pas déjà eu envie de se détacher des règles seulement pour apprécier la vie pour ce qu’elle est ? Victor nous représente tous un petit peu, chacun de nous a un petit enfant sauvage à l’intérieur de soi. Pour m’immerger dans le personnage, je n’ai donc eu qu’à gratter pour aller chercher cette partie là en moi.
LSQR : Cathy votre texte est sensible et poétique. Vous y pointez du doigt les écueils d’institutions trop rigides ! Qu’est ce que l’ex enseignante peut nous dire là-dessus ?
C. : Tout le monde aurait une expérience à raconter avec les institutions trop rigides ! Je connais peu d’adultes qui ont un souvenir merveilleux de l’école. Et si ce n’est l’école, alors c’est le collège ou le lycée qui a laissé des blessures.
Vous voulez mon avis d’ex enseignante ?
Je connais des enseignants dont le cartable est rempli de tendresse et de respect. Mais j’en connais aussi tant d’autres, mauvais, psycho-rigides, dangereux, n’ayant rien d’autre à transmettre qu’une obéissance sinistre à l’institution.
L’école publique est devenue un lieu conflictuel, dans lequel les enseignants méprisent les parents, et inversement. Elle appartient à une génération chômage qui a choisi ce métier par défaut… Les instits rejettent les parents hors des grilles, les accusant de ne pas assumer leurs obligations. Ce qui malheureusement, tragiquement est devenu vrai pour beaucoup. Donc, même si dans le lot il y a de bons instits, intelligents et respectueux, bons dans leur transmission du savoir, il y a maintenant tellement de parents démissionnaires, de parents haineux et anti fonctionnaires (on leur a bien inculqué ça aussi politiquement), de parents malheureux, chômeurs, en détresse, bref, tout ce mélange triste de la nouvelle société, et bien cela fait que le dialogue, l’échange est rompu. Pour toutes ces raisons, l’école publique ne peut plus remplir son rôle, pour toutes ces raisons, les parents sont en rupture avec l’école publique.
Et au milieu, ce n’est pas la maitresse qui est au feu comme dit la chanson, c’est l’enfant !
Mais enfin !… Je dédie cette histoire à tous ces enseignants qui aiment leur métier et le font bien, sans se prendre pour des psys ou des juges aux affaires familiales.On en aurait pour des heures à discuter…vous savez !
LSQR : En effet, votre discours est le reflet d’un problème fondamental majeur (politico quelque chose…), dont l’éducation nationale n’est que l’un des stigmates ! Comme vous dites on pourrait en discuter des heures. Alors tournons-nous vers le Canada, l’herbe est-elle plus verte dans le jardin du voisin ? Farah comment les enfants vivent-ils leur scolarité là-bas ?
F. : Je ne sais pas vraiment comment les enfants vivent le primaire ici puisque je ne suis arrivée au Canada qu’à l’âge de 16 ans. D’ailleurs, durant mes années d’études qui ont suivi, j’ai eu la chance de croiser le chemin de certains professeurs qui m’ont aidé à suivre mon cœur. Cela m’a énormément poussée dans mon choix de vivre de ma passion, et non d’un métier quelconque. Mais toute ma jeune scolarité, je l’ai vécue en Tunisie. C’était naturellement très différent, plus strict, moins ouvert pour les âmes artistiques. Mais j’en garde quand même de très bons souvenirs. J’ai été dans une école dirigée par des sœurs. Derrière leurs airs austères, elles ont un très grand cœur et surtout un grand amour pour la nature et l’enseignement.
LSQR : L’école si elle est une souffrance pour certains enfants, reste un passage obligé ! Alors, c’est quoi pour vous l’école idéale ?
C. : Ce n’est pas l’école qui est obligatoire, il faut le rappeler, c’est l’instruction ! Cela fait une sacrée différence. Passage obligé pourquoi ? Pour la socialisation ? Elle peut s’organiser autrement. Je connais de plus en plus de familles qui font le choix de scolariser leur enfant à la maison. Les gens s’organisent. Ce n’est pas donné à tout le monde, c’est vrai, mais cela n’empêche pas de proposer de nouvelles solutions. Vous souvenez vous de « libres enfants de Summerhill » ? C’était une belle expérience, bien que je ne la pense pas plausible. Les initiatives permettent d’avancer, de réfléchir. Donc soyons libres d’essayer autre chose.
L’école idéale n’est pas celle que nous avons en France, ça c’est sûr ! Pour personne, elle n’est idéale et elle tue l’école, l’idée belle de l’école.
Je me rapproche un peu de Maria Montessori, avec en plus l’idée de refuser que l’école ne fabrique des consommateurs, des machines à pensée unique, des formatés politiques, etc. Je rêve, souhaite et veux une école libre, libérée, ouverte aux apprentissages multiples, où de nombreux intervenants apporteraient leur savoir, qui ne serait plus ainsi dans les mains d’une seule personne, où les apprentissages seraient « repensés ». J’ai beaucoup réfléchi sur le sujet et je suis prête à me lancer dans l’aventure si cela intéresse quelqu’un ici, qui nous lit. Absolument prête !
F. : J’ai entendu parler d’une école en Australie où les enfants autant que les professeurs se mettaient pieds nus en classe et « discutaient » toute la journée de divers sujets. Ils avaient aussi une sortie par jour où ils se rendaient à la mer pour découvrir la faune. Pour moi, ce modèle s’approche assez de mon école idéale : une école où l’on apprend la vie par la pratique, par le réel, et non la tête plongée dans des livres.
LSQR : Il est des livres différents de ceux du savoir. Des livres « plaisir » que l’on choisit ! Que lisez-vous en ce moment même ou que vous venez de terminer ?
C. : En ce moment, je relis tous les Stephen King. J’admire cet auteur pour la structure des récits, les précisions, la minutie. Je prends des leçons. Vous voyez ? Apprendre, c’est aussi tout le temps, et comme ça.
F. : Pour ma part, je suis en train de lire « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery. Le thème n’est pas si loin de « La petite musique du Monde », il parle de bousculer les conventions sociales : les préjugés, les classes sociales, la superficialité, l’étiquette, etc. Ce livre est arrivé par hasard dans ma vie lorsque j’ai commencé à me poser pas mal de questions. Maintenant, il me guide doucement vers des réponses que je n’aurai peut-être pas envisagées avant.
LSQR : J’ai beaucoup aimé ce livre, Farah, quant à S. King, l’auteur sait tenir son lecteur en haleine, du début à la fin, mais je n’ai pas votre passion pour lui Cathy. Puisqu’on en parle, que pensez-vous que les livres apportent à leurs lecteurs ?
C. : Un voyage, pour commencer, un voyage imaginaire. Avec, le plaisir. Joie ou remue-méninge. Fabriquer ses propres images… Entrer dans le mode pensée et se construire, se défaire, se refaire…
F. : Les livres nous permettent d’évoluer spirituellement, de ne pas stagner, de chercher de l’inspiration, de découvrir, d’apprécier, de ne jamais se sentir seul mais surtout de nous donner la chance de vivre plusieurs vies à travers celle qui est la nôtre.
LSQR : Et que pensez-vous que les images apportent aux livres ?
C. : La même chose, non?
F. : L’image complète l’histoire et accentue le message du livre. Les deux réunis forment une belle harmonie, un tout qui amène l’histoire à un niveau de lecture différent.
LSQR : Et donc, que pensez-vous que les images apportent aux lecteurs ?
C. : Idem ! Ce n’est pas parce que Victor a un visage, créé par l’illustratrice, que cette image est définitive. Au contraire, elle ouvre de nouvelles « portes ». Ainsi lorsque j’ai découvert les illustrations de Farah, j’ai senti qu’un « autre livre » pouvait se lire, c’était une nouvelle histoire, elles sont si belles les illustrations de Farah!
F. : Je pense que les images touchent plus facilement les lecteurs. L’image augmente le pouvoir du texte. Les couleurs, les formes et les compositions attirent l’œil plus facilement. C’est un premier contact avec l’histoire qui doit donner envie au lecteur de découvrir l’histoire plus en profondeur.
LSQR : Une dernière question, pourquoi avoir accepté d’écrire et d’illustrer pour La Souris Qui Raconte, maison d’édition 100% numérique et qui n’édite pas de livre ?
C. : J’ai eu envie de tenter l’aventure. Nous verrons plus tard si j’entre dans la « frustration » de ne pas avoir le livre dans les mains. Mais l’aventure est agréable. On peut rêver de tribus d’Amazonie et apprécier le numérique, vous savez !
F. : J’ai tout de suite trouvé très intéressant le concept de LSQR. Certains livres sont durs à lire pour les enfants. Là, avec la musique, le son, les images et le texte, beaucoup d’enfants vont sûrement se réconcilier avec la lecture. J’aurais aimé avoir la chance de vivre l’expérience de LSQR durant mon enfance !
LSQR : Ah ! « … se réconcilier avec la lecture. » ! Il s’agit bien de cela en effet ! Lire ! « Qu’importe le flacon…» !
… de deux éminentes personnes ! Si Si …
D’ailleurs, là, en mode interactif et en vous penchant un peu à la fenêtre, vous devriez entendre un roulement de tambour ! Vous l’entendez ? Et maintenant il ne vous reste qu’à cliquer pour démarrer la lecture automatique.
Séverine Vidal est à la plume et Flambi à la souris pour une histoire totalement barrée… drôle, tant dans l’écriture que dans l’illustration. Inventive… jusqu’au bout du mot FIN.
Séverine comment est née cette histoire, qui vous a inspiré ce Nombril 1er ?
S. : C’est simple, j’ai découvert le blog de Flambi ! J’y ai traîné un peu, je crois que j’ai TOUT regardé, en long, en large et en travers. Surtout en travers. J’ai adoré. J’ai inventé une histoire en m’inspirant de ce monde foutraque, déjanté, drôle et à côté de la plaque que j’ai découvert avec Flambi. Je lui ai ensuite envoyé un petit mail, sur la pointe des pieds, j’osais à peine… il a répondu tout de suite, il était emballé et mes mots lui plaisaient. Le pied !
Et vous Flambi, comment en êtes vous venu à l’illustrer ?
F. : Je n’y suis pour rien, c’est de la faute « à Séverine » ! Effectivement, Séverine est à l’origine de cette collaboration. Quand j’ai lu ce fameux mail, j’étais très étonné puisque c’était la première fois que l’on me proposait d’illustrer un texte. Une fois l’histoire de Nombril dévorée, je me suis senti très à l’aise avec l’univers qui y était développé donc c’était banco, malgré des doutes sur mes capacités à mener un tel projet.
Votre team s’est présenté déjà « associé » chez LSQR, vous nous en touchez quelques mots l’un et l’autre ?
S. : Après quelques refus des maisons « de papier » (« trop original », « trop deuxième degré », « trop politique »), on a découvert ce que proposait La Souris qui raconte. Il nous a semblé que ça correspondait bien à l’esprit de Nombril. Et l’aventure nous a charmés, comme Françoise d’ailleurs, sacrée souris.
F. : Je me rappelle très bien du coup de fil de Séverine. J’étais quelque part dans une friche portuaire, au bord de l’agonie, à travailler sur mon diplôme de fin d’étude ! Séverine m’explique le principe de LSQR, et je suis assez vite emballé par cette utilisation « intelligente » du numérique dans le cadre de l’édition jeunesse.
Et voilà, comment de fil en aiguille s’est tissée notre belle collaboration, qui sans rien dévoiler ne sera pas la seule avec Séverine ! Dites-nous un peu ce que vous faites lorsque vous n’écrivez ni ne dessinez ?
S. : J’enseigne encore jusqu’à fin juin. Je suis directrice d’une école élémentaire. Bientôt, donc, je ferai le grand saut : l’écriture, à plein temps !
F. : Promis, craché, je ne ferai plus de fautes M’dame la directrice !
Sacré Flambi (rires) !
F. : Quand je ne suis pas Flambi (ce changement d’identité opère le soir et le week-end), je suis architecte où j’ai la chance de travailler avec quelqu’un de passionné et passionnant sur des projets très captivants.
Avez-vous d’autres projets d’édition en route, des idées farfelues à dévoiler ?
S. : Plein ! Des tonnes ! Ensemble, Flambi et moi avons inventé « Monsieur Brrrr ». Je suis encore partie d’un travail de Flambi : un petit dessin animé sur son blog « Le chien Cassé ». J’ai imaginé une histoire et nous espérons le voir naître sur papier, celui-ci !
Par ailleurs, j’ai des romans ado à paraître, et puis beaucoup d’albums, une série chez Frimousse, un bel album pop-up illustré par SeL chez Amaterra, et de jolies collaborations avec d’autres auteurs (j’adore écrire à plusieurs !).
F. : Quelle productivité Séverine ! « Monsieur Brrrr » comme en parle si bien Séverine, et je travaille en parallèle sur un texte écrit par Géraldine Collet . Sinon j’ai des ébauches de choses au chaud dans mon carnet qui attendent une accalmie pour être proposées et développées avec des gens qui savent manier les mots.
Séverine, il est vrai que je suis extrêmement impressionnée par votre ascension fulgurante, et tellement méritée, au sein de belles maisons. Si l’on regarde un peu votre parcours depuis début 2010 (ce que vous nous en dites là), vous pouvez être fière, et j’avoue l’être aussi ! …
Lancez une idée là tout de suite ; dans quelle aventure aimeriez-vous vous retrouver l’un et l’autre, ensemble ou chacun de son côté !
S. : J’aimerais … allez, là, tout de suite, écrire un scénario de dessin animé avec Flambi.
F. : Je te suis ! Je signe où ?!
Alors là, c’est la magie du direct ! Cher lecteur (imprudent), voilà une raison supplémentaire pour filer te procurer cette histoire et comprendre enfin les petites allusions que nous semons ça et là ! Passons à une question spéciale Flambi : Christèle, votre compagne à la ville (on se la joue comme à la télé !), vous a beaucoup aidé sur l’animation de Nombril, comment ça s’est passé ? Avez-vous déliré ensemble ou vous a-t-elle juste apporté son savoir faire ?
F. et/ou C. : Elle m’a plus qu’aidé pour l’animation puisque c’est elle qui l’a faite ! Christèle s’est beaucoup investie jusqu’à être citoyenne du Royaume de Nombril 1er pendant quelques semaines, à faire le lien texte-animation dans des « délires nombrilesques ». Son travail nous a permis d’avoir un contenu plus riche en terme d’illustration.
En parlant des « personnes de l’ombre », je crois qu’il faut justement souligner que « Je suis le Nombril du monde » n’est pas seulement le travail d’une auteur et d’un illustrateur mais c’est un vrai travail d’équipe. Il y a tout le travail d’animation réalisé par Christèle, une interprétation « tordante » par la Voix de Pierre Scarella, la partie sonore où Michel (l’ingénieur son de LSQR) a su définir les fonds musicaux adéquats et qui a fabriqué certains bruitages sur mesure. Sans oublier bien sûr, Françoise, connue pour son travail d’éditrice, mais qui aussi s’est illustrée par sa réactivité, son dynamisme et ses conseils pour mener à bien le projet. C’est une vraie aventure collective !
S. : Christèle a fait un travail magnifique sur Nombril et j’en profite pour la remercier ici !
Oh ben là, je suis toute chamboulée Flambi… et une souris chamboulée, ça peut faire un peu peur ! Un grand merci … à vous tous !
Après la séquence émotion, la séquence culturelle !
Vous savez que j’aime partager des livres avec les auteurs et illustrateurs qui rejoignent l’équipe LSQR, pouvez-vous nous parler de vos livres préférés, en jeunesse et pour les grands ?
S. : Tout Georges Perec ! Et puis tout Nick Hornby ! Et puis de la BD : « Combat
ordinaire » de Manu Larcenet, « Les années douces » de Taniguchi, et les BD de Manuele Fiore. J’ai découvert la BD très tard, je me rattrape !
F. : Petit j’étais absorbé par Jules Verne et les Fables de La Fontaine, mais je crois que j’étais autant fasciné par les textes que par les gravures qui accompagnaient ces ouvrages. Sinon plus récemment j’ai eu un gros coup de coeur pour « Là où vont nos pères » une BD graphique de Tan Shaun.
A quoi jouiez-vous lorsque vous étiez enfants ? Là encore cher lecteur, ne crois pas que je saute du coq à la souris ! cette question a un sens profond… en fait !
S. : Avec mes cousines, on jouait à la marchande de clous. Oui, oui : des jours entiers dans le garage de Papy ! Plus classiquement, à la maîtresse bien-sûr (avec mes fameux élèves en carton) et à la chanteuse de rock (avec mes moins fameuses guitares en bois).
F. : Faire des cabanes. Patauger dans le fossé derrière la maison dans lequel on mettait des poissons pêchés à l’étang. Etudier les tritons avec mon frère… à fabriquer un tas de trucs invraisemblables avec Papi !
Aviez-vous des rêves de grandeur, ou de folie passagère ?
S. : oui, je voulais me marier et avoir des enfants : fou, non ?
F. : Ouvrir une « poste des coquillages », je ne sais pas bien ce que c’était, même encore aujourd’hui !
Qui choisissait vos jeux ?
S. : moi toute seule, comme une grande. « Une poste de coquillages », en voilà une belle idée de livres !
F. : Je sèche, faut que je demande aux parents Flambi !
Toujours avec votre imaginaire qui tourne à “donfe” Séverine ! Vous arrive-t-il encore de jouer à des jeux d’enfants ?
S. : haha, oui. Je joue régulièrement à des jeux qu’on invente avec mes enfants, toute une soirée où chaque membre de la famille en imite un autre, et surtout j’invente des histoires le soir pour les endormir et ça rate : ça finit en fou rire !
F. : Jusqu’à il n’y a pas si longtemps quand j’étais animateur pour des colonies de vacances, et maintenant plus rarement avec ma nièce et mon neveu .
Allez, une petite dernière pour Flambi, racontez-nous l’histoire de votre pseudo.
F. : Ça vient tout simplement d’une physionomie flambesque, d’une lenteur plus élevée que la moyenne assez proche de la consistance du dessert !
S. : Flambi, c’est une crème ! (OK, je sors).
Comme j’ai été heureuse de partager ces moments avec vous, Nombril bien sûr, mais aussi cet échange et tous les autres. Vive le Roi !
Aujourd’hui je vais tendre mon micro virtuel aux deux femmes qui font l’actualité LSQR et les interroger sur ce qui les inspire et les motive !
Gwendoline, vous êtes « écriveuse » de livres pour enfants et journaliste. Jennifer vous êtes animatrice pour le cinéma. La Souris qui Raconte vous a associée autour d’une histoire délicieuse, « Le gâteau d’anniversaire » !
Avant de parler de cette histoire en particulier, j’ai envie de vous demander à l’une et à l’autre, pourquoi vous écrivez et illustrez.
Gwendoline : Pour probablement un milliard de raisons, bonnes ou mauvaises… Reste que j’ai développé un goût pour l’écriture depuis que j’ai appris à écrire quasiment, et que ça ne m’a jamais lâchée, quels qu’en soient les supports : cahiers intimes, feuilles de cours, journaux, magazines, livres…
Jennifer : J’ai toujours eu besoin de dessiner. Depuis que je suis petite, j’ai tendance à être très timide ; à très peu parler aux gens spontanément. Le dessin est pour moi une manière de m’exprimer et d’extérioriser mes sentiments. L’illustration, c’est encore autre chose. C’est le dessin au service d’une histoire ou d’un auteur. Je le prends comme un travail.
Le choix d’écrire, celui d’illustrer, est un choix difficile, qui, s’il procure des tonnes de plaisir peut ne pas être en adéquation avec la réalité « économique » du quotidien ! Avez-vous une autre activité pour y pallier ?
G. : Comme toutes les pratiques artistiques et/ou indépendantes, le prix de la liberté et de la création est parfois lourd… Alors pour m’en payer quand même une tranche, après plusieurs années à ne faire qu’écrire, j’envisage actuellement de prendre un boulot à côté, pour retrouver paix et sérénité.
J. : J’ai fait des études pour devenir animatrice dans le dessin animé. Je ne suis pas illustratrice de formation. Illustrer vient en plus de mon travail.
A part les tonnes de plaisir (que j’imagine finalement), pouvez-vous préciser ce que vous apporte votre activité ?
G. : L’incompréhension de ma grand-mère, qui me demande toujours pourquoi je ne cherche pas un autre travail. Mais aussi quelques gloires très éphémères, de belles surprises parfois quand mes livres font leur chemin auprès des enfants, et la satisfaction de pratiquer une activité que j’aime et qui n’est peut-être pas complètement inutile.
J. : Mon métier d’animatrice me donne rarement l’occasion de dessiner à proprement parler. J’anime des personnages déjà dessinés. L’illustration me permet de retrouver le côté artisanal de l’animation. De prendre une feuille et un crayon, il n’y rien de mieux pour un dessinateur !
La souris qui raconte, s’il elle n’édite pas de livres papier, aime en parler, et faire parler ! Quels sont vos livres « culte » (soyons fous !) ?
G. : Je suppose qu’il y en a plein. Un pour chaque moment de sa vie ? J’offre très souvent A marche forcée, de Slavomir Rawicz, on peut donc dire que j’entretiens le culte de ce livre-là…
J. : Pour moi c’est Mathilda, de Roald Dahl
J’adore, Gwendoline ! … vous « entretenez le culte de ce livre-là », qui je le rappelle pour nos lecteurs est l’histoire d’une petite troupe de bagnards qui s’évade d’un camp russe situé tout près du cercle polaire et va gagner, à pied, l’Inde. Ça représente quelques kilomètres d’aventures trépidantes. Quant à Roald Dahl, le célèbre auteur de « Charlie et la chocolaterie » ou « Le grand ascenseur de verre » est un auteur que j’ai moi-même beaucoup lu, et dont le genre littéraire se destine plus particulièrement aux enfants. Alors la transition est toute trouvée, un livre culte jeunesse, quel est-il pour l’une et l’autre ?
G. : Michka, parce que je ne peux toujours pas le lire, ni en parler, sans pleurer. Parce que cet album (du Père Castor) m’a montré à quel point les lectures d’enfance laissent des traces indélébiles. J’ai cru comprendre d’ailleurs que cet album en particulier en a traumatisé plus d’un…
J. : Mouk, de Marc Boutavant
Deux histoires qui parlent elles aussi de voyages, ceux-là mêmes qui font les souvenirs ! Pourriez-vous me donner quelques souvenirs justement, à la manière de la madeleine de Proust… ?
G. : Bon ben la première madeleine, je vous l’ai dit, c’est Michka, qui justement me fait pleurer comme une madeleine, ça tombe bien.
Deuxième madeleine, voyons voir… Ah oui, la brioche aux pralines ! Je rentre en transe quand j’en vois une, et j’explique ça par une enfance passée en Savoie, du côté de Hauteville Gondon, où le boulanger devait en vendre.
Sinon, quand il pleut je pense souvent à cette chanson de France Gall, La fille de Shannon, qui parle de pluie et d’Irlande, et que j’ai dû écouter en boucle, gamine (je ne vois que ça comme explication).
Bon je ne crois pas que tout ça soit vraiment expliqué à la manière de Proust, mais vous ne m’en voudrez pas, hein ?
Non, bien sûr que non ! Quant à Jennifer, elle m’a laissé entendre qu’elle préférait ne pas répondre à cette question. Aucun problème là-dessus le débat est libre et les réponses aussi !
Une question un peu débile que j’aime bien à cause de sa formulation très péplum ! Si vous deviez renaître de vos cendres, avec la mémoire de votre vie, que garderiez-vous et que jetteriez-vous ?
G. : J’essaierais de garder le moral, déjà, et je jetterais tous les pervers, tiens !
J. : Rien !
(Rires) Bon, je ne suis pas sûre de la garder cette question finalement, en fait de péplum les décors sont un peu en carton pâte ! Allez, aidez-moi sur celle-ci les filles ! Si vous deviez être un animal, une couleur, un met, un parfum et enfin quelqu’un d’autre, qui seraient-ils et pourquoi ?
G. : Je serais probablement une mule (pour la tête), noire (pour les idées), une andouille (sans commentaire), le parfum de l’abricot pays (dans mes rêves) et un truc comme, médecin, géologue ou sorcière, histoire de répondre, car je ne souhaite sincèrement à personne de devenir moi.
J. : Un chat noir pour me faufiler la nuit sans que personne ne me voie et revenir au petit matin auprès de maîtres doux et affectueux.
Une couleur ? Le bleu. Couleur du ciel.
Un met ? Du fromage, un bon morceau de raclette ou de camembert coulant sur une pomme de terre chaude…
Un parfum ? Parfum chocolat, pour être la confiserie qu’on mange en toutes circonstances.
Quelqu’un d’autre ? non
Voilà un peu de vous façon « j’en-dis-juste-assez-pour-donner-envie-d’en-connaître-plus »… Merci Mesdames. Une dernière pour finir ! Pourquoi avez vous écrit « Le gâteau d’anniversaire » Gwendoline ?
G. : J’avais envie de parler du principe de base de la solidarité : si chacun donne un peu de quelque chose, à la fin, on peut réaliser un truc sympa. Ici, c’est un gâteau, mais parfois c’est une maison, un emploi, un médicament… La forme du conte randonnée m’a paru très adaptée à cette incroyable et magistrale démonstration. Et je l’ai écrite parce que je sais que les enfants qui vont la lire sauveront l’humanité grâce à elle. Si, si…
Vous avez entendu les enfants ?
Et vous Jennifer, comment avez-vous appréhendé le texte pour le mettre en images ?
J. : Je l’ai d’abord lu une première fois comme un enfant, pour voir si je comprenais tout ce qui se passait. Puis une seconde fois où j’ai pris des notes et où des images me sont venues, que j’ai gribouillé sur une feuille. Puis j’ai laissé passé quelques jours avant de m’y replonger et là, j’ai commencé à chercher les personnages. Les décors sont venus ensuite. Et enfin, après une semaine de recherches, j’ai fait les design définitifs et j’ai commencé la série d’illustrations.
Un très grand merci à vous deux. J’aime votre principe de base de la solidarité Gwendoline, vous savez sûrement à quel point ces valeurs sont importantes pour LSQR. Donner un peu… avec sourire et bonne humeur à l’image de Leïla !
Merci à l’auteur (je ne sais jamais si on met un e), Gwendoline Raisson pour sa confiance. Alors que je travaillais sur le montage de La Souris Qui Raconte, et recherchais des auteurs prêts à se lancer dans l’aventure du numérique, j’ai rencontré Gwendoline, un matin froid de février 2009. Et puis je crois que nous nous sommes plues. Enfin, moi elle m’a plu ! En avril j’avais le plaisir de découvrir ce conte pour enfants (et un autre) dans ma boîte mail ! Bientôt un an plus tard La Souris Qui Raconte va mettre en ligne cette histoire généreuse et pleine d’amour “Le gâteau d’anniversaire” ! Ou comment confectionner “le plus immensément exquis des plus savoureux gâteaux d’anniversaire !”
Les illustrations des aventures de Leïla ont elles, été imaginées par une jeune illustratrice - animatrice, dont j’ai découvert l’univers graphique après qu’elle ait répondu à une annonce passée sur un forum, Jennifer Happert ! Je vous dévoile quelques unes des images que cette histoire lui a inspirée.
Cette nouvelle lecture en ligne sera sur tous les écrans du monde (c’est fou non !) en février. Retenez vos places !













