Quatre ans c’est peu et c’est beaucoup. Cela dépend de qui les porte !
1er juin 2010, dépôt des statuts de La Souris Qui Raconte au tribunal de Nanterre.
1 461 jours, 30 livres numériques inédits et 8 applications (iPad et Android) plus loin… on se sent comment à quatre ans ?
Pour tout vous dire, cela dépend des jours. Mais s’il existe bien une constante c’est le poids de la tâche qui s’alourdit tous les ans. Pourquoi ? Parce qu’être un éditeur tout en ligne (un pure-player quoi, sauf qu’il ne faut plus se faire appeler comme ça paraît-il), qui se consacre à la littérature de jeunesse, c’est pesant. Pesant parce qu’on est seul. Pesant parce qu’on ne gagne rien. Pesant parce que tout est long, mais loooooonnnnnng ! Si je regarde mes petits camarades autour de moi (ceux que j’aime — et ceux que j’aime moins aussi —), combien sont-ils à vivre de leur métier ? Les éditeurs tout en ligne (c’était mieux pure-player non ?) sont pour la majeure partie nés avec l’arrivée de la tablette iPad entre 2010 et 2011. Ils ont envahi l’App Store. Peu nombreux en 2010, nous avons été de plus en plus à nous partager un gâteau dont nous aurions pu croire que la taille augmenterait avec le nombre des années. Que nenni ! Les entrants sont entrés, ils se sont invités, croyant à juste titre que la table aurait quelques rallonges, mais pas du tout ! Ce que j’écris là, rapporter régulièrement nos difficultés, croyez-le ou non, cela m’aide, et j’ose croire que ça en aide d’autres. Hier, une étudiante, travaillant sur son master édition (spécialisation numérique), s’étonnait de l’ignorance des éditeurs « classiques » sur les questions numériques. Elle me demandait pourquoi les pure-player avaient une acuité si maitrisée sur ces questions, alors qu’ils ne pratiquent leur métier que depuis 4 ans, tout au plus ? Avoir les mains dans le cambouis, ne pas avoir la sécurité d’une feuille de paie à la fin du mois, se remettre en question tous les matins en rédigeant sa « to do list » … Voilà les réponses que je lui ai soufflées. Notre métier est dur, peu reconnu, nous n’en vivons pas (à part quelques élus qui se demandent pour combien de temps encore) et nous en perdrons en route.
Pourtant, pendant ces quatre années, j’ai résisté en continuant de faire ce que je savais faire, des livres numériques en ©Flash à lire en streaming. Aujourd’hui quel éditeur numérique peut se targuer d’avoir trente titres à son catalogue (et 8 applications) ? Je crois ne pas avoir à rougir lorsque je fais la reddition des comptes pour distribuer les DA à mes auteurs-illustrateurs. Et pourtant ! L’incertitude de l’avenir, la solitude de l’entrepreneuse, les contrariétés liées à l’incertitude et à la solitude… Bref, je vous le dis tout de go, ce 4e anniversaire, même s’il est placé sous de bien meilleurs auspices n’augure rien de meilleur que le précédent, et ça aussi… c’est pesant !