La complicité entre les deux autrices de ce nouvel album numérique m’est apparue immédiatement. Et si d’ordinaire, une illustratrice (ou illustrateur) travaille « seul(e) » sur le texte qui lui est confié, la connivence entre Laëtitia Peyre (au texte et à la voix) et Anaïs Vielfaure aux images, a été grandissant tout au long de l’élaboration du rendu final, animé et interactif.

Le livre numérique « Petits chagrins et grands copains » regroupe trois histoires très courtes pour les plus jeunes des lecteurs de La Souris Qui Raconte. Il devait initialement porter le titre général de « Histoires à doigts ».
histoire à doigtsLaëtitia, parlez-nous de ces « Histoires à doigts » et de votre approche contée de ce projet.

LaëtitiaJ’ai découvert les Histoires à doigts (ou « jeux de doigts » comme on les appelle également) au détour d’une formation à l’art de conter animée par Ralph Nataf et j’ai tout de suite adoré ça ! Raconter des histoires avec la voix seule était pour moi très intimidant mais ajouter la chorégraphie des mains et détourner en quelque sorte, le regard du public était d’un seul coup, beaucoup plus confortable ! La toute première « Histoires à doigts » que j’ai créée, c’est celle de Léo le Lion (Casse-tête et bouclettes). Mais je ne l’aurais peut-être jamais fait si une amie ne m’avait pas sollicitée pour l’anniversaire de son fils… Léo !
C’est formidable lorsque votre entourage voit en vous des capacités que vous ne soupçonniez pas vous-même…

Quelles différences majeures existent entre les « Histoires à doigts » et « Petits chagrins et grands copains » ?

Laëtitia : Quand Anaïs m’a envoyé les illustrations de Léo, je n’en suis pas revenue ! C’est vraiment comme si elle avait donné corps à ce lion que je ne me représentais pas moi-même. Et pourtant, c’était bien lui, à n’en pas douter ! Après, c’est au niveau de la narration que c’est très différent et aussi surprenant pour moi. Quand je raconte les mésaventures du lion, du lapin ou de la coccinelle, un geste est associé à chaque phrase, il apporte son rythme et découpe le texte. Je peux mettre un silence parce qu’il se passe quelque chose sur mon visage par exemple. Mais dans la version animée et interactive, ce sont les illustrations d’Anaïs qui cohabitent avec ma voix ! Lors de l’enregistrement, j’ai donc pu m’amuser à donner d’autres interprétations, d’autres couleurs et l’habillage sonore ajoute encore une toute autre dimension aux histoires…

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Anaïs, pouvez-vous nous expliquer votre rencontre avec Laëtitia, ainsi que votre démarche créative pour la conception de « Un pois c’est tout », « Toc, toc et hop! » et « Casse-tête et bouclettes »

Anaïs : J’ai rencontré Laëtitia lors d’une soirée pour les intervenants du concept store Happy Families. Je crois me souvenir que nous cherchions toutes les deux à boire, quelque chose de pétillant… la soirée a filé et nous avons échangé nos cartes. J’ai tout de suite été bluffée par ses créations d’« Histoires à doigts », je trouvais l’idée originale, avec plein de potentiel. Cela faisait aussi très longtemps que je recherchais un/une auteur(e) pour travailler sur des projets. J’ai proposé à Laëtitia d’illustrer ses projets. On avait de très belles histoires et toutes les deux plein d’idées.

La démarche créative de la collection a toujours été de travailler images et texte ensemble.
Pour chaque histoire, j’ai proposé à Laëtitia un univers graphique qui devait marcher par coup de cœur. Son avis était donc très important au moment des premiers dessins. J’ai pris mon inspiration, directement à la source, quand Laëtitia me les racontait en live. Je l’ai fait répéter plusieurs fois ! Quand nous étions toutes les deux d’accord, on pouvait alors les présenter. Un travail en duo. Nous avons d’ailleurs créé une page Facebook et Instagram pour nous présenter. Clémentine et Marguerite. Laëtitia est Clémentine, je suis Marguerite.

 

Les trois histoires sont très différentes, pourquoi ces partis pris d’univers graphiques si éloignés ?

Anaïs : Les textes de Laëtitia m’inspirent des choses très différentes et chacune de ses histoires mérite un univers unique. J’aime aussi l’idée des exercices de style (Raymond Queneau) qui me permettent de ne pas m’enfermer dans un seul. Pour la collection, l’objectif était de créer quelque chose de dynamique et une palette. Il fallait que les univers se complètent, tout en racontant des choses différentes. 

Comment avez-vous, ensemble, élaboré le projet et pensez-vous qu’il eut été différent si vous n’aviez pas eu cette grande complicité ?

Laëtitia Des allers-retours oui, beaucoup ! Des idées qui rebondissent les unes sur les autres et en créent de nouvelles… Des doutes, des changements de direction… Des rires ! Surtout beaucoup de rires ! A dire vrai, je ne vois pas comment nous aurions pu faire différemment !
Anaïs : Nous avons travaillé le projet par étapes, avec des brainstormings pour développer les idées d’animation en aller-retour, et en travaillant le sens des images par rapport aux mouvements. Je crois que le forfait de téléphone de Laëtitia a beaucoup beaucoup chauffé, car par moment, la ligne coupait. « On devait être sur écoute », c’est ce qu’on se disait alors en reprenant la conversation de plus belle.
Illustrer le travail d’un auteur que l’on ne connait pas, n’a rien à voir, d’autant plus quand ils ne sont pas des amis. C’est un tout autre travail, moins gai et beaucoup plus hésitant. Travailler en duo, c’est avoir confiance en l’autre et savoir aussi que l’on peut compter sur lui quand on a des doutes. Un duo !

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Racontez-nous également comment, toujours ensemble, vous avez reçu la première histoire animée et interactive, « Casse-tête et bouclettes », qui n’étaient plus les fichiers Illustrator indépendants les uns des autres.

Laëtitia : C’était déjà fou d’avoir des images sur mes mots mais de voir ces images bouger, cela relevait carrément de la magie ! L’ambiance sonore aussi  à laquelle je suis particulièrement sensible m’a émerveillée : c’était, en quelques clics, la jungle au milieu de mon salon ! J’ai parcouru l’ensemble très vite puis je me suis ruée sur mon téléphone pour appeler Anaïs ! Je me souviens qu’elle était très émue d’entendre mon émotion. Je n’ai ensuite eu qu’une hâte, faire découvrir cette première histoire animée à Arthur, mon petit garçon…
Anaïs : Nous avions prévu avec Laëtitia, de nous appeler ce jour-là….Timing parfait pour échanger en direct ! Se projeter d’un dessin fixe à sa version animée, c’est très excitant. On invente des personnages, on réfléchit à des animations, mais tant que le tout n’est pas orchestré, on n’est jamais sûre du résultat. C’est un long travail que nous étions toutes les deux très contentes de voir aboutir. J’espère que nous aurons l’occasion de rencontrer nos futurs petits lecteurs, pour qu’ils nous expriment leurs idées et avis pour chaque histoire. C’est toujours un moment délicieux, c’est là que le fruit du travail se voit le plus. Quand leurs visages s’illuminent et qu’ils s’expriment. Avec les enfants, jamais de triche.

Il ne me reste plus qu’à vous remercier l’une et l’autre pour cette nouvelle participation, et la confiance que vous-mêmes m’avez accordée.
Le temps des vacances approche, alors surtout lectrices et lecteurs, petits et grands, ne cessez jamais de lire… Excellentes vacances et à vous retrouver en septembre pour de nouvelles aventures littéraires avant d’être numériques.

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Retour d’usage, suite et fin par Merrillee Reboullet

C’est la dernière semaine de juin ! Malgré la promesse des vacances d’été qui se présentent dans si peu de temps, mes élèves sont regroupés par quatre ou cinq. Ils sont complètement engagés et en train de discuter les points forts des histoires de « La Souris Qui Raconte ». Parfois les discussions prennent une ampleur intense. Parfois je suis appelée à la rescousse pour donner un deuxième avis du texte qu’ils écrivent. Mes élèves en immersion française* prennent au sérieux ces revues de livres demandées, sachant qu’écrire pour une audience à l’extérieur de l’école ou même hors de leur pays, c’est un cran au-dessus.
En effet, pour ce dernier article du blog, j’ai décidé de passer le micro aux élèves pour lesquels j’ai pris cet abonnement. Après tout, c’est eux qui sont les consommateurs des livres ; c’est eux qui rencontrent des personnages farfelus ou touchants et qui tracent les événements complexes. En petit groupe ils ont rédigé leurs impressions, leurs réactions et leurs recommandations. J’ai essayé de conserver leurs voix autant que possible pour que vous puissiez apprécier leurs grands efforts. Bonne lecture !

* Les élèves à qui Merrillee, enseignante dans le programme d’immersion française à High River au Canada, a confié la rédaction critique des histoires de LSQR sont en 4e année, niveau CM1 en France (rappel)

Le gang des chaussettes

Cette histoire est à propos d’une fille qui s’appelle Morgan.  Elle a pensé qu’une autre fille, Célia, “fait la belle”. Alors elle faitLecture garçons marcher Célia autour du quartier avec une chaussette sur la tête. La deuxième fille pense que son papa et maman avait trop de problèmes eux-mêmes alors elle ne leur a pas demandé de l’aide. Le lendemain matin à l’éducation physique Célia a frappé Morgan. Quand la maman de Célia a su ce que sa fille a fait elle l’amène au bureau du directeur. Célia était désolée. Morgan et Célia ont fini par devenir amies.
— Nous aimons l’histoire parce que c’est à propos d’une fille qui avait des problèmes avec quelqu’un et elle les a solutionnés. On est content que les deux filles ont fini par être amies. Malheureusement, c’était difficile d’entendre les personnes parler par endroit parce-que la musique étaient plus forte que la voix de la narratrice. Aussi on aurait aimé pouvoir ajuster la vitesse de la lecture pour mieux comprendre les mots parlés. Finalement, c’était une histoire bien réussie avec des belles images et les effets spéciaux.

Le prince de Venise

Au début, Luigi veut des nids d’hirondelles et il a demandé à Bernardino d’aller en chercher quelques-uns. Il dit que Bernardino ne peut pas revenir au château sans ces nids. Mais au lieu des nids d’hirondelles, Bernardino amène une noix magique.
— Ce qu’on aime de l’histoire est que la noix est magique. Aussi, c’est intéressant qu’à chaque partie, quelqu’un fait un vœu et ce qu’il voudrait avoir, apparaît devant ses yeux. Si les personnes aiment la fantasie et la magie avec les rois, elles vont aimer ce récit.

Voyage sur les ondes           

— Notre partie préférée est quand Tom et Léa ont amené la lettre au mari de tante Lucette quand ils voyagent dans le temps. C’est grâce à la radio qu’ils arrivent à remonter le temps et rencontrer leur tante quand elle était jeune. Le moment où ils se cachent en dessous de la table est rigolo et on aime que le garçon porte une chemise de superman et retourne à leur propre époque avec un lecteur MP3 !
Les effets spéciaux de l’histoire sont « cool » car il faut chercher les textes cachés pour comprendre toute l’histoire, même si parfois ils sont difficiles à trouver. Les images accompagnent parfaitement les événements. Les gens aimeront cette histoire parce qu’il y a de la bonne musique et des personnages intéressants.

La princesse aux pieds nus

Rémi est un cordonnier. Il fabrique des chaussures pour une belle damoiselle, mais le lendemain elles tombent des pieds de la fille.  Rémi a trouvé des chaussures qui sont bonnes pour la belle damoiselle. La belle damoiselle veut que Rémi coupe les chaussures et parte avec elle en laissant ses propres chaussures aussi.
— Nous aimons que l’histoire ait un grand problème et que les souliers parlent. C’est amusant quand Rémi pleure et quand la chaussure est devenue vivante. Nous sommes contentes qu’à la fin Rémi reçoive ce qu’il voulait.
Nous pensons que les effets spéciaux comme la musique étaient très jolis. Quand les personnes et les choses bougent c’est fantastique. Nous ne savions pas que les personnes et les objets pouvaient bouger dans vos histoires parce que c’était notre première fois.  Ouah ! Nous  avons aimé ça !
Même si nous avons aimé la musique, surtout celle du deuxième chapitre, on a trouvé que la musique dans le premier chapitre était un petit peu trop forte et que la narratrice devrait parler plus clairement. Dans le chapitre deux peut-être que l’histoire devrait expliquer un peu plus, et que les chapitres devraient être plus longs. Nous pensons que les grands et les petits aimeront ce livre parce qu’il y a plein de surprises. Le fait est que c’est fantastique ! Merci « La Souris Qui Raconte » pour cette très bonne histoire !

Lecture fillesL’Ogresse

Cette histoire est à propos d’une princesse avec deux fées marraines. Elles lui offrent des dons pour qu’elle ne manque de rien.  Alors, tout le monde lui donne ce qu’elle veut. Elle commence à tout manger. Elle devient une géante, une ogresse ! Mais un jour les personnes de la ville décident de dire « NON » à ses requêtes ! Ensuite, elle demande à ses serviteurs et eux aussi, refusent de lui donner de la nourriture en disant « NON ». Elle veut savoir pourquoi. Ils lui expliquent que ses actions mènent le pays vers la ruine et elle a compris. Elle aide à nettoyer sa ville. Tout le monde vit avec un sourire au visage.
— Nous aimons cette histoire parce qu’elle est drôle. On peut choisir la fin de l’histoire parce qu’il y a trois options. Notre fin préférée est celle qui s’appelle « Dire NON ». Nous apprécions comment la narratrice lit l’histoire et la façon dont les images, bien dessinées à la main au lieu d’être en trois dimensions, montre l’histoire ; même quand on écoute l’histoire les images bougent.
On aime beaucoup cette histoire mais voici les idées qui, nous pensons, pourraient l’améliorer. Le volume de la musique était assez fort pendant que les personnes parlaient et parfois les paroles étaient prononcées si vite que c’était difficile de les comprendre. Peut-être si on pouvait ajuster la vitesse des paroles du narrateur et le niveau du volume, ça serait plus facile de tout entendre correctement. Une autre idée serait d’utiliser plusieurs personnes pour raconter le conte. Par exemple, quand l’ogresse est fâchée, on pourrait utiliser une autre voix.
Les personnes qui sont jeunes vont probablement aimer ce récit le plus, parce que c’était créé pour les jeunes qui aiment faire actionner les images avec la souris d’ordinateur. Merci pour cette très bonne histoire !

En lisant leurs rédactions, c’est clair que les élèves ont apprécié les histoires trouvées dans cette collection.  Nous n’avons pas eu assez de temps pour tout lire cette année, ce qui me convient, car je récupère la moitié de la classe l’année prochaine. Je veux remercier « La Souris Qui Raconte » pour cette occasion extraordinaire. Inclure des livres interactifs dans l’enseignement enrichit les ressources déjà disponibles aux professeurs de nos jours. J’encourage fortement d’autres professeurs qui enseignent le français comme langue maternelle ou dans mon cas, comme langue seconde, de considérer introduire cet ensemble de livres dans leur propre salle de classe. C’est un geste à ne pas regretter ! 

Merci Merrillee, pour ces retours d’usage, très importants pour nous, éditeurs. Merci aux élèves pour leur enthousiasme et oui, bien sûr, nous encourageons aussi d’autres professeurs à essayer nos ressources, car si nous sommes maintenant bien implantés en bibliothèques, les écoles restent encore à convaincre.

 

 

 

 

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affiche_congres2018

Du 7 au 9 juin prochain se tiendra, à La Rochelle, le salon de l’ABF (Association des Bibliothécaires de France). Le thème de ces trois journées professionnelles est une question d’importance : « A quoi servent les bibliothèques ? ». Les bibliothèques comme lieu, les bibliothèques innovantes, les bibliothèques et l’humain… le programme détaillé est consultable ici.

C’est une première pour La Souris Qui Raconte. Après plus de huit années d’activité, dont quatre tournées presqu’entièrement vers les bibliothèques, je me devais cette expérience. J’avais eu l’occasion, en tant qu’invitée, de participer à un salon professionnel organisé par l’IFLA (un ABF mondial pour faire court), c’était en 2014. Après une assiduité obstinée à des salons grand-public qui a connu ses limites l’année dernière, j’ai eu envie de tenter cette expérience professionnelle, et d’aller à la rencontre des bibliothécaires qui pourraient encore être surpris(es) par nos offres numériques d’abonnement. Nous serons donc parmi les 64 exposants du salon, installés stand B52 à proximité de l’Agorabib, avec l’envie de vous rencontrer, d’échanger et de vous convaincre, mesdames et messieurs les bibliothécaires. Alors soyez les bienvenu(e)s chez nous le temps de ces trois journées.

Et puis c’était aussi l’occasion de réaliser une jolie bande annonce sous forme de « pitch » de La Souris Qui Raconte, pour dire en quelques mots ce qui distingue LSQR des autres éditeurs numériques. C’est chose faite. En exclu, vous pouvez la découvrir ici, et la retrouver stand B52.

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Un alphorêt, c’est une forêt dont les arbres sont rangés comme dans un dictionnaire, par ordre alphabétique, du A au Z ! Pour le A c’était assez facile, mais pour le Z, le W ou le Q, il fallait les trouver, et avoir toute la connaissance sylvestre de son autrice Marie-Laure Depaulis. Quant à leur représentation, Claire Fauché a probablement passé beaucoup de temps dans le manuel de botanique dont il est question dans le récit !

la forêt

L’alphorêt est notre 51publication numérique, et sera notre deuxième co-édition papier, dont j’espère bien que les arbres de cet alphorêt soient tous épargnés. Publication jubilatoire par l’humour et l’originalité du texte et par la richesse et la beauté des illustrations de Claire, et je ne vous dis rien sur l’inventivité des interactions mais vous invite plutôt à découvrir comment planter un dattier ou épiler le goyavier !

Marie-Laure, j’ai eu un immense plaisir à découvrir votre texte, lorsque vous me l’avez confié. Il est tellement original qu’il a forcément une histoire, quelle est-elle ?

XanthocerasLorsque j’habitais en Grèce, au cours d’une soirée à refaire le monde, une très bonne amie à moi a évoqué un souvenir qui m’a immédiatement charmée. Encore étudiante, elle avait planté, tout le long d’une allée de sa maison de famille, vingt-six arbres : chacun avait un nom qui commençait par une des lettres de l’alphabet.
Le lendemain, j’ai accroché une grande feuille de papier dans mon salon, j’y ai dessiné les vingt-six lettres de l’alphabet latin et j’ai passé plusieurs jours à écrire là les noms d’arbres qui me venaient à l’esprit en appelant tout mon entourage à la rescousse ! J’ai arrêté lorsque j’ai obtenu une liste dont les sonorités me plaisaient et, comme Alphaki, je la fredonnais sans cesse !
Au même moment, je jetais sur papier les premières lignes de L’alphorêt que j’ai souhaité devenir une ode à l’acceptation des nouveaux arrivants.

Claire, je me souviens que lorsque je cherchais un•e illustrat•eur•rice pour mettre des images sur les mots de Marie-Laure,Robinier alors que vous aviez décliné plusieurs textes que je vous proposais, celui-ci vous à conquise instantanément. Quel écho a-t-il fait résonner en vous ?

Un texte nous faisant sourire avec ses incongruités poétiques et pointes d’humour, ça ne se refuse pas ! Et c’était l’opportunité de revoir les connaissances en botanique. Je peux me targuer de reconnaître un robinier maintenant, c’est un faux-acacia !

Marie-Laure, quels commentaires sur votre livre numérique en images animées, en voix et musiques ? Et quel écran a votre préférence ?

Je suis enchantée du résultat ! 
Je trouve les illustrations de Claire drôles et très poétiques. Alphaki a le physique qu’il devait avoir et il m’est à présent impossible de l’imaginer autrement qu’avec ses bretelles orange et sa barbe frisottante ! J’aime la brouette tracée en noir sur fond blanc, la palette de couleurs choisie et la singularité de chacun des arbres. L’histoire s’est considérablement enrichie grâce aux images.
Pour ce qui est de l’aspect sonorisé et animé, la musique me semble renforcer les différentes atmosphères et les animations, quant à elles, apportent un soupçon de magie supplémentaire ! Un aspect ludique également.
Il m’est très difficile de choisir l’écran que je préfère. Celui sur lequel on peut dessiner le petit alpha me replonge en Grèce avec bonheur, j’adore la galerie de portraits sylvestres et l’apparition du dattier après lecture du manuel de botanique. Mais j’aime aussi la fantaisie avec laquelle sont rendus les cauchemars et la poésie qui émane du petit voilier glissant sur fond de soleil couchant !
Claire a eu des idées géniales ! 

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Claire : Merci Marie-Laure, ça me fait plaisir que vous accueilliez mes illustrations avec autant d’enthousiasme. Merci pour votre texte aussi.

M.-L., vous qui êtes aussi conteuse, et m’aviez confié vouloir lire votre texte, comment avez-vous entendu la lecture de Thierry ?

J’ai souvent raconté cette histoire, et je la raconte bien sûr encore avec plaisir. Je ne tenais cependant pas absolument à l’enregistrer pour le livre et la version que propose Thierry Ragueneau est parfaite ! Il a ce petit sourire dans la voix qui va très bien à l’alphorêt !

Claire, nous n’en sommes pas à notre première collaboration, et « Conte du haut de mon crâne » reste le must de La Souris Qui Raconte. C’est vous qui aviez (en 2011) fait toute l’animation en Flash. Expérience renouvelée plus tard avec « Le livre papillon », que vous aviez traité d’une tout autre manière. Vous savez donc « animer ».
Pour cet ouvrage-ci, vous avez, avec une infinie minutie, préparé chaque étape des animations, ou interactions que vous souhaitiez. Celles-ci ont été faites (et sous traitées) en html5, et html n’autorise pas ce qu’autorisait Flash, c’est frustrant pour nous aussiLà où nous étions presque dans un dessin animé avec Conte, j’ai bien senti votre déception avec « L’alphorêt ». Le résultat pour vous n’était pas satisfaisant. Avec le recul, et les analyses que vous avez recueillies auprès de vos amis, qu’en pensez-vous après sa dernière lecture ?

Il faut savoir y trouver son compte et faire des compromis et surtout, reconnaître la masse de travail et la bonne volonté de l’équipe. Mon entourage n’y voit que du feu de toutes façons !

M.-L.Vous avez déjà prévu de le montrer en bibliothèque, avez-vous une idée de la manière dont vous vous y prendrez ?

Je serai sans doute tentée de raconter l’histoire avant de dévoiler le livre, comme je le fais pour d’autres récits que j’ai publiés. Puis il me paraît indispensable, dans un second temps, de laisser les lecteurs explorer et découvrir seuls les trésors cachés des animations…

Merci à vous deux pour votre confiance.
Merci aussi à Sabine Chalaguier et Prakash Topsy, pour « la masse de travail » accomplie sur les animations et interactions, car dans ce livre, on déplace et plante des arbres, on en arrose d’autres. On aide Alphaki à épiler le goyavier et on mange son fruit délicieux ! Mais surtout, surtout… on découvre cet arbre étrange à la feuille unique !

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Retour d’usage suite de Merrillee Reboullet

Vers l’autonomie en lecture : « Et qu’est-ce que l’on écoute aujourd’hui, Madame ? »

J’entends des traces d’excitation dans la voix du garçon de dix ans en face de moi. Je réponds en souriant, « Aujourd’hui c’est à toi de choisir. »  Je souris parce que je sais déjà qu’il sera ravi de pouvoir choisir lui-même une histoire de « La Souris Qui Raconte ».  Je souris également car je ressens avec lui sa fierté de mieux comprendre un texte plus compliqué, de mieux appliquer des stratégies de lecture qui l’aident à découvrir les nouveaux mots et de mieux gérer sa lecture indépendante. En tant que professeur, quand un des buts pédagogiques se réalise, c’est un grand moment, et il faut le vivre pleinement !

Un autre monde

Au début de l’année, en complément des buts habituels, j’ai fixé plusieurs objectifs par rapport à la littératie pour mes élèves. Premièrement je voulais les voir emballés par la littérature authentique francophone et deuxièmement je désirais qu’ils se voient comme des vrais lecteurs de français et pas seulement des apprentis d’une deuxième langue. Dans les deux cas, la collection de livres de LSQR correspond parfaitement et offre une ressource précieuse à mes élèves anglophones en immersion française.
Durant le premier trimestre de l’année scolaire, j’ai préféré présenter les œuvres de LSQR en grand groupe pour m’assurer que les élèves pouvaient bien comprendre et pour les aider à bâtir leurs stratégies de lecture.  Mais au second trimestre, je voulais les amener vers l’indépendance tout en les encadrant par quelques soutiens. Nous avons trouvé une formule qui combinait la lecture partagée en grand groupe, en petit groupe, ainsi que la lecture individuelle. Je vais les présenter séparément dans cet article, en commençant avec le partage en grand groupe et en finissant avec la lecture indépendante.

La classe a beaucoup aimé notre exploration des thèmes présentés dans le récit « La bulle d’Élodie ». Je craignais que les nuances d’amour ne plaisent pas à mes élèves qui sont un peu trop jeunes pour s’intéresser aux sujets romantiques. Mais je trouvais les autres thèmes qui y étaient abordés, tels que l’appréciation d’autrui, la célébration de nos qualités uniques et l’expression de nos émotions, trop pertinents pour s’en passer. La bonne littérature promeut les discussions liées aux expériences de la vie et je voulais renforcer leur apprentissage précédent de l’expression des émotions avec ce récit émouvant.
Conformes à ce que j’avais espéré, les conversations pendant la découverte de l’histoire étaient pleines de réflexion et les élèves ont fait preuve d’une certaine empathie pour une fille perçue comme différente.  Ils ont également identifié les situations qu’Élodie ressentait, lesquelles influençaient ses actions et ses décisions. Ce qui a été renforcé au cours de cette lecture, mais que je n’avais pas anticipé, était la fragilité de la compréhension d’un texte pour un apprenant de langue. Bien sûr, leurs connaissances antérieures leur apportaient l’idée de ce que c’était d’être sourd, mais en n’ayant jamais rencontré cette idée en français auparavant, ils ne connaissaient pas le mot et ne s’identifiaient pas avec les descriptions éloquentes de la situation d’Élodie.  C’est au moment où ils ont compris pourquoi elle vivait dans « sa bulle »,  que leur connexion au livre s’est intensifiée visiblement.

Comme beaucoup d’enseignants, j’emploie les centres de littératie dans mon cours de français pour favoriser un apprentissage ciblé à la production et la compréhension de la langue. Les élèves ainsi occupés, je suis alors disponible pour lire avec de plus petits groupes.  Un de ces centres inclut les habilités orales qui comprennent l’écoute et le parlé.  En général, les présentations de livres de LSQR sont exactement à la bonne longueur —si tout se passe bien côté technique !— pour la durée d’un de ces centres ; il y a juste assez de temps pour écouter, explorer toutes les animations éventuelles (ces dernières comptent pour beaucoup chez les jeunes !) et discuter avec leurs pairs de ce qu’ils ont lu, entendu et compris.
C’est dans ce contexte, en groupe de 4 ou 5 élèves, qu’ils ont découvert « Le prince de Venise », un conte qui rappelle à ses lecteurs d’être reconnaissants pour ce qu’ils ont dans la vie.  Malgré cette bonne morale et les nombreuses leçons possibles à tirer de ce récit, mon but en invitant les élèves à découvrir ce « prince » était tout simplement d’apprécier un livre contenant un peu de magie et d’inciter une réponse personnelle.  Nous commencerons bientôt à écrire nos propres récits imaginaires et j’aime exposer les élèves aux bons exemples d’un genre quand nous l’étudions spécifiquement.
Malgré mes attentes moins grandioses cette fois, je ne pouvais pas m’empêcher de demander aux élèves ce qu’ils souhaiteraient, s’ils tenaient eux-mêmes la noix dans leur main comme les citoyens de Venise. Les réponses variaient comme on pourrait imaginer entre la paix mondiale et la provision à vie des meilleurs bonbons !

Beaucoup de récits de LSQR contiennent des thèmes imaginaires avec des sorciers, des fées, des princesses et de la magie.  Cependant, il y a souvent une petite surprise ou un départ des contes classiques qui attire l’attention d’un élève de CM1 et CM2.  Ils connaissent à cet âge-là, certaines histoires traditionnelles et ils peuvent reconnaître les similarités et soulever les différences entre les classiques et les nouvelles.  Pour fournir encore plus d’exemples de récits imaginaires à mes élèves, je les ai invités à lire individuellement « Une botte pour deux » et « La princesse aux pieds nus ».  Ces deux titres font appel aux contes familiers tout en traitant des thèmes modernes : l’égalité des femmes et des hommes, la beauté intérieure et la célébration de l’individualité de chacun.  Les élèves plongeaient avec enthousiasme à l’écoute, les casques aux oreilles.

Sur l'écran du fond, La princesse aux pieds nus
Sur l’écran du fond, La princesse aux pieds nus. A droite, La grosse tête de Magior

 

Plus tard je leur ai demandé pourquoi ils aimaient lire les histoires de LSQR indépendamment.  Parmi les retours prévisibles comme « C’est amusant » ou « Quand tu cliques au bon endroit il y a des animations, » une fille m’a confié ce qu’elle appréciait. « Ça te lit l’histoire.  Et si tu ne connais pas un mot, la voix [du narrateur] te dit comment le prononcer. »  Pour des élèves qui apprennent sans cesse les nouveaux mots de vocabulaire, c’est un atout précieux.

J’ai hâte de voir comment nous intégrerons les livres pendant le trimestre final. J’imagine que nous allons continuer à les partager dans des contextes variés. Je préfère une approche fluide où les élèves prennent parfois l’initiative, d’autres fois c’est moi qui les dirige vers un texte « incontournable ».  La lecture est beaucoup plus attirante quand chacun participe à la découverte de livres bien agréables qui créent ensuite des souvenirs de partage. C’est ainsi que les « vrais » lecteurs sont emballés par la magie d’une belle histoire.

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