Retour d’usage suite de Merrillee Reboullet

Vers l’autonomie en lecture : « Et qu’est-ce que l’on écoute aujourd’hui, Madame ? »

J’entends des traces d’excitation dans la voix du garçon de dix ans en face de moi. Je réponds en souriant, « Aujourd’hui c’est à toi de choisir. »  Je souris parce que je sais déjà qu’il sera ravi de pouvoir choisir lui-même une histoire de « La Souris Qui Raconte ».  Je souris également car je ressens avec lui sa fierté de mieux comprendre un texte plus compliqué, de mieux appliquer des stratégies de lecture qui l’aident à découvrir les nouveaux mots et de mieux gérer sa lecture indépendante. En tant que professeur, quand un des buts pédagogiques se réalise, c’est un grand moment, et il faut le vivre pleinement !

Un autre monde

Au début de l’année, en complément des buts habituels, j’ai fixé plusieurs objectifs par rapport à la littératie pour mes élèves. Premièrement je voulais les voir emballés par la littérature authentique francophone et deuxièmement je désirais qu’ils se voient comme des vrais lecteurs de français et pas seulement des apprentis d’une deuxième langue. Dans les deux cas, la collection de livres de LSQR correspond parfaitement et offre une ressource précieuse à mes élèves anglophones en immersion française.
Durant le premier trimestre de l’année scolaire, j’ai préféré présenter les œuvres de LSQR en grand groupe pour m’assurer que les élèves pouvaient bien comprendre et pour les aider à bâtir leurs stratégies de lecture.  Mais au second trimestre, je voulais les amener vers l’indépendance tout en les encadrant par quelques soutiens. Nous avons trouvé une formule qui combinait la lecture partagée en grand groupe, en petit groupe, ainsi que la lecture individuelle. Je vais les présenter séparément dans cet article, en commençant avec le partage en grand groupe et en finissant avec la lecture indépendante.

La classe a beaucoup aimé notre exploration des thèmes présentés dans le récit « La bulle d’Élodie ». Je craignais que les nuances d’amour ne plaisent pas à mes élèves qui sont un peu trop jeunes pour s’intéresser aux sujets romantiques. Mais je trouvais les autres thèmes qui y étaient abordés, tels que l’appréciation d’autrui, la célébration de nos qualités uniques et l’expression de nos émotions, trop pertinents pour s’en passer. La bonne littérature promeut les discussions liées aux expériences de la vie et je voulais renforcer leur apprentissage précédent de l’expression des émotions avec ce récit émouvant.
Conformes à ce que j’avais espéré, les conversations pendant la découverte de l’histoire étaient pleines de réflexion et les élèves ont fait preuve d’une certaine empathie pour une fille perçue comme différente.  Ils ont également identifié les situations qu’Élodie ressentait, lesquelles influençaient ses actions et ses décisions. Ce qui a été renforcé au cours de cette lecture, mais que je n’avais pas anticipé, était la fragilité de la compréhension d’un texte pour un apprenant de langue. Bien sûr, leurs connaissances antérieures leur apportaient l’idée de ce que c’était d’être sourd, mais en n’ayant jamais rencontré cette idée en français auparavant, ils ne connaissaient pas le mot et ne s’identifiaient pas avec les descriptions éloquentes de la situation d’Élodie.  C’est au moment où ils ont compris pourquoi elle vivait dans « sa bulle »,  que leur connexion au livre s’est intensifiée visiblement.

Comme beaucoup d’enseignants, j’emploie les centres de littératie dans mon cours de français pour favoriser un apprentissage ciblé à la production et la compréhension de la langue. Les élèves ainsi occupés, je suis alors disponible pour lire avec de plus petits groupes.  Un de ces centres inclut les habilités orales qui comprennent l’écoute et le parlé.  En général, les présentations de livres de LSQR sont exactement à la bonne longueur —si tout se passe bien côté technique !— pour la durée d’un de ces centres ; il y a juste assez de temps pour écouter, explorer toutes les animations éventuelles (ces dernières comptent pour beaucoup chez les jeunes !) et discuter avec leurs pairs de ce qu’ils ont lu, entendu et compris.
C’est dans ce contexte, en groupe de 4 ou 5 élèves, qu’ils ont découvert « Le prince de Venise », un conte qui rappelle à ses lecteurs d’être reconnaissants pour ce qu’ils ont dans la vie.  Malgré cette bonne morale et les nombreuses leçons possibles à tirer de ce récit, mon but en invitant les élèves à découvrir ce « prince » était tout simplement d’apprécier un livre contenant un peu de magie et d’inciter une réponse personnelle.  Nous commencerons bientôt à écrire nos propres récits imaginaires et j’aime exposer les élèves aux bons exemples d’un genre quand nous l’étudions spécifiquement.
Malgré mes attentes moins grandioses cette fois, je ne pouvais pas m’empêcher de demander aux élèves ce qu’ils souhaiteraient, s’ils tenaient eux-mêmes la noix dans leur main comme les citoyens de Venise. Les réponses variaient comme on pourrait imaginer entre la paix mondiale et la provision à vie des meilleurs bonbons !

Beaucoup de récits de LSQR contiennent des thèmes imaginaires avec des sorciers, des fées, des princesses et de la magie.  Cependant, il y a souvent une petite surprise ou un départ des contes classiques qui attire l’attention d’un élève de CM1 et CM2.  Ils connaissent à cet âge-là, certaines histoires traditionnelles et ils peuvent reconnaître les similarités et soulever les différences entre les classiques et les nouvelles.  Pour fournir encore plus d’exemples de récits imaginaires à mes élèves, je les ai invités à lire individuellement « Une botte pour deux » et « La princesse aux pieds nus ».  Ces deux titres font appel aux contes familiers tout en traitant des thèmes modernes : l’égalité des femmes et des hommes, la beauté intérieure et la célébration de l’individualité de chacun.  Les élèves plongeaient avec enthousiasme à l’écoute, les casques aux oreilles.

Sur l'écran du fond, La princesse aux pieds nus
Sur l’écran du fond, La princesse aux pieds nus. A droite, La grosse tête de Magior

 

Plus tard je leur ai demandé pourquoi ils aimaient lire les histoires de LSQR indépendamment.  Parmi les retours prévisibles comme « C’est amusant » ou « Quand tu cliques au bon endroit il y a des animations, » une fille m’a confié ce qu’elle appréciait. « Ça te lit l’histoire.  Et si tu ne connais pas un mot, la voix [du narrateur] te dit comment le prononcer. »  Pour des élèves qui apprennent sans cesse les nouveaux mots de vocabulaire, c’est un atout précieux.

J’ai hâte de voir comment nous intégrerons les livres pendant le trimestre final. J’imagine que nous allons continuer à les partager dans des contextes variés. Je préfère une approche fluide où les élèves prennent parfois l’initiative, d’autres fois c’est moi qui les dirige vers un texte « incontournable ».  La lecture est beaucoup plus attirante quand chacun participe à la découverte de livres bien agréables qui créent ensuite des souvenirs de partage. C’est ainsi que les « vrais » lecteurs sont emballés par la magie d’une belle histoire.

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Le Conseil Départemental de l’Oise est abonné à La Souris Qui Raconte via la Médiathèque Départementale de l’Oise, depuis fin juin 2015. Au vu de l’usage plutôt actif du service, le deuxième après la bibliothèque de la Cité des Sciences, j’ai pensé qu’en rendre compte aiderait peut-être les autres collectivités abonnées.

bandeau MDO

Maureen Hernandez est responsable Communication et Développement numérique de la MDO. Elle me sollicite chaque mois, aussi précise qu’un métronome, pour connaître les statistiques de connexions. Celles de 2017 ont été particulièrement bonnes, notamment sur le deuxième semestre. Tout en félicitant Maureen, je n’ai pas résisté à la tentation de lui demander le secret de ce succès. La médiation, m’a-t-elle révélé. LA MÉDIATION !
Quel mot magique, puisqu’en la pratiquant (la médiation), ça marche !
J’ai voulu en savoir plus pour vous en rendre compte, et j’ai donc posé quelques questions à Maureen. Voici ses réponses. N’hésitez pas à cliquer sur les liens, il y a aussi un beau travail éditorial qui montre, s’il en était encore besoin, que la communication est essentielle.

Combien de bibliothèques et points de lecture compte le département ? Pour quelle population ?
Maureen : La Médiathèque départementale de l’Oise est centre de ressources pour les 220 bibliothèques et médiathèques de son réseau, bibliothèques de moins de 10 000 habitants.

Nous le savons tous (dans le milieu en tous cas) une bibliothèque ou médiathèque départementale, n’est pas en contact direct avec le public. Comment un jeune lecteur se connecte-t-il à la ressource ?
M. : La MDO propose depuis 2014 les ressources numériques aux bibliothèques du réseau uniquement. L’objectif est de pouvoir accompagner les bibliothèques de moins de 10 000 habitants. Pour bénéficier de ces ressources, les usagers doivent tout d’abord en faire la demande auprès de leur bibliothèque. C’est ainsi une nouvelle opportunité pour chacune de faire venir un autre public dans ses murs.

ma médiathèque num

La médiation dont vous m’avez parlé, à qui s’adresse-t-elle et comment s’organise-t-elle ?
M. : La MDO souhaite aller plus loin avec les ressources numériques, au-delà d’une offre de service. Nous initions donc depuis 1 an différentes actions de médiation pour accompagner les bibliothèques, tenter de réduire les freins et les résistances liés au numérique et les inciter à utiliser le numérique comme un outil d’animation complémentaire à ce qu’elles proposent au quotidien.
Nous orientons donc ces actions de médiation autour de fiches pratiques.
Pour La Souris Qui Raconte, nous nous appuyons beaucoup sur les fiches proposées sur votre site pour inciter les bibliothèques à mettre en place des contes numériques en bibliothèques.
Nous valorisons par des articles les bibliothèques qui expérimentent les contes. Les équipes de la médiathèque départementale proposent dans nos actions culturelles des contes numériques, ce qui incite aussi les bibliothèques à s’y essayer.
Nous avons créé sur notre site internet une « boîte à idées numériques » où les bibliothèques peuvent venir piocher en fonction de leur public ou de leurs objectifs des idées d’animation : animation en bibliothèque, formations, création de partenariats, innovation sont les maître-mots de cette médiation.
Une autre rubrique de veille numérique : « Numérique en bib’ » vient compléter les informations autour de ce vaste sujet.
Avec La Souris Qui Raconte, nous avons aussi beaucoup sensibilisé les bibliothèques sur l’opportunité qu’offre cette ressource pour un temps privilégié avec l’enfant : l’histoire du soir, un temps calme autour d’une histoire lue, la possibilité aussi de se saisir de ces histoires lues pour les parents qui ne savent pas lire une histoire.

Avez-vous une « formation type » pour la ressource ? Si oui, pouvez-vous nous en donner les grandes lignes ?
M. : Nous organisons chaque année, 2 formations autour du numérique et des ressources numériques intitulées « Quoi de neuf à la MDO ? ». Cette formation est proposée sur les 2 sites de la MDO (Beauvais et Senlis) afin de toucher l’ensemble de notre réseau.
Lors de cette formation nous présentons les ressources, mettons en avant la boîte à idées et insistons sur cette offre qui est une véritable opportunité pour les bibliothèques pour animer et dynamiser leur structure et animer un autre public. Nous souhaitons aller cette année plus loin en leur proposant de monter des ateliers pratiques lors des formations pour qu’ils puissent s’essayer à la démarche avant de le faire en bibliothèque.

Les bibliothèques ainsi « formées », comment s’approprient-elles la ressource et comment s’y prennent-elles pour, à leur tour, la valoriser ?
M. : Grâce à l’intervention de la MDO dans différentes bibliothèques sur les contes numériques et à la valorisation de ces actions, les bibliothèques commencent doucement à mettre en place des contes numériques dans leur bibliothèque en direction des scolaires et des familles. Elles ont davantage d’arguments et d’exemples pour présenter cette offre aux parents et les inciter à découvrir chez eux les contes proposés.

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22 | 02
2018

Une belle application ! Mais quand je dis belle, c’est vraiment belle ! C’est devenu si rare, que c’est un bonheur de découvrir celle-ci. Conçue par Julie Stephen Cheeng produite par Ex Nihilo et les éditions Volumiques « La pluie à Midi » est un livre ET une application.

la pluie a midiÇa fait quelques jours que ça buzz autour de cette sortie, qui ne date que du 15 février dernier. Très attendue par la profession, elle va faire couler certainement beaucoup d’encre, et j’anticipe à ma façon l’enthousiasme que cette œuvre numérique va susciter.
La première fois que j’ai entendu Julie parler de son projet, c’était en 2015, à l’occasion d’une journée TransBook organisée par la Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil. Autant dire que cette pépite-là aura demandé du temps pour se polir !

L’histoire ?

Un hippocampe siffle son copain, et un poisson tout rond et tout mignon sort de sa cachette. S’ensuit un échange entre le poisson, qui se prénomme Joe, et l’hippocampe. Pas un mot n’est dit ou écrit (d’ailleurs il n’y en a pas dans toute l’histoire), pas besoin, c’est limpide ! Le rêve du petit poisson est de nager avec les grands requins. Mais pour ça, il lui faut un aileron ! Qu’à cela ne tienne, l’hippocampe lui en trouve un. Et voilà notre hardi poisson nageant parmi les requins, lorsqu’une tempête emporte son aileron, et son rêve avec lui !

Joe vu de dessus
Joe nage, au-dessus de lui une indication de direction pour trouver son aileron

Comment ça se passe ?

Après avoir répondu à la question : « As-tu le livre ? » (laquelle est NON pour ce qui me concerne) je rentre dans l’eau glacée et musicale ! Joe (qui ne manque pas d’humour) s’endort pendant que j’écris ces lignes, et des petits ZZ…ZZZ s’échappent de sa bouche alors que tous ses copains nagent doucement dans le bleu de l’écran ! Mon doigt sur la tablette va le réveiller et c’est ce même doigt qui va mener notre héros à la rencontre de tous ses congénères. Ceux de la pluie, du soleil, de l’orage, de la neige et de la nuit. Cinq univers météorologiques, cinq sortes de poissons qu’il faut aussi attraper en même temps que Joe cherche son aileron. Attention, certains ne sont pas faciles à trouver.
La baignade onirique proposée à l’enfant est d’une très grande poésie. Les ronds dans l’eau que fait le doigt sur la tablette sont plus vrais que des ricochets et Joe déambule ainsi et nous émerveille ! Il n’est pas le seul ! Les nombreux poissons qu’il faut rassembler pour découvrir la parade finale ont tous une, voire plusieurs surprises, à nous faire découvrir ou entendre. Certains sifflent gaiement en se dandinant, d’autres s’allongent ou se transforment… Beaucoup d’humour dans ces nombreuses interactions.
Joe nage, et nous avec. Dans tout ce bleu, et par tous les temps, on découvre aussi quatre spots de jeux où l’enfant doit aider Joe. Une fois le jeu terminé Joe explose de joie, dans un feu d’artifice pétaradant, d’autres poissons se mêlant à l’euphorie de notre petit héros !

poissons neige
Les poissons « neige » il m’en manque un

C’est beau, c’est coloré, et d’une qualité artistique remarquable. C’est très drôle aussi et j’ai ri à certaines trouvailles de Julie. Une application et un livre dont je ne doute pas une minute qu’ils resteront dans les annales de notre petit monde numérique ! Bravo à toute l’équipe.

Ce qu’en disent étapes et Popapp.

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« Une tortue grande comme ça ! » est désormais disponible en streaming et HTML5. C’est le 50e ouvrage publié aux éditions La Souris Qui Raconte. Le texte est signé Emilie Chazerand, à qui l’on devait déjà l’excellent « Il suffit parfois d’un cygne », et Jacinthe Chevalier en a réalisé les illustrations. C’est plus particulièrement vers elle que je me tourne pour connaître (peut-être) quelques secrets de fabrication.

mon_ptit_visageJacinthe, dans votre bio on peut lire que vous dessinez toujours des animaux avec un nombre de pattes impair. Vous vous êtes d’ailleurs posé la question à la lecture du texte d’Emilie de faire une tortue à cinq pattes et plus, alors qu’elle nous précise bien que sa tortue, prénommée Frida « avait quatre pattes vertes, une petite queue de limace, une tête rigolote et une belle carapace. » Alors, un toc ou une raison plus occulte ?

Bébête à 11 pattes
Bébête à 11 pattes ©Jacinthe Chevalier

Oh là là ! Ça fait déjà pas mal d’années que je fais ça (principalement en version 3 pattes). Je trouvais ça drôle, au début, ensuite l’habitude s’est installée, puis après c’est devenu « mon style ». Visuellement je trouve ça mieux (excuse-moi « Dame Nature »). De mon point de vue 3 c’est parfait comme image. Ça fait plus « carré », plus « logo », plus schématisé. Après, je suis restée avec cette idée de l’impair même quand les animaux s’allongent.
La chenille aura 11 pattes et non 10, même si au final ça ne change pas grand chose rendu à ce point. Des fois, par contre, j’oublie. J’ai des livres avec des illustrations d’animaux avec 10 pattes. C’est une erreur, je vous assure ! Quand les enfants travaillent à partir de mes illustrations, c’est rigolo de voir combien tout est fidèlement reproduit SAUF, souvent-très-souvent, le nombre de pattes qui est de 4, presque toujours. On m’a aussi contrainte à faire des personnages avec 2 jambes lorsque j’en faisais 3, même si ça ne changeait rien au texte. Je trouve cela dommage et rigide.

J’ai appris, au cours de l’élaboration de votre création, que vous travailliez toutes vos images en même temps, pouvez-vous nous en expliquer les raisons, et comment vous vous y prenez.

J’ai besoin de surprises tout au long du processus je pense. Déjà, le travail avec un client à qui je dois présenter des croquis au début du projet (c’est normal) me donne souvent la sensation de m’enlever un très grand plaisir. Je n’aime pas avoir une idée précise d’où je m’en vais, ou trop savoir à quoi le projet fini ressemblera. Pour certains, même si je pense que ça génère aussi pas mal de frustrations, ça les rassure de savoir. Pas moi. J’aime m’amener ailleurs à mesure que j’avance. Je trouve ça beaucoup plus facile de travailler « par couche ». Commencer, par exemple, avec une couleur jaune que j’aime à ce moment précis. Je la mets partout où elle est nécessaire et ensuite je passe à autre chose, que j’ajoute où il est possible sur chaque illustration. Tranquillement toutes les images se construisent mais je ne sais toujours pas quelle sera la prochaine étape. J’adore ça ! Au fond, je travaille l’ensemble comme si je faisais un tableau. Couche après couche et un jour : PAF ! c’est fini ! Je suis toujours surprise quand je m’aperçois que je termine. Je ne le vois pas venir. Je trouve que c’est aussi une bonne technique pour avoir une uniformité dans les illustrations. En travaillant différemment, j’aurais du mal à garder la même constance de la première à la dernière image.

C’est la première fois que vous participez à la création d’un ouvrage numérique. Comment l’avez-vous appréhendé ?

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Oui c’est la toute première fois. En plus, je ne suis pas très bien équipée côté machine du XXIe siècle alors je n’ai pas souvent vu ces œuvres-là. Je suis encore très « papier » pour les livres. J’aime l’objet. Je présente mes excuses à tous les arbres de la terre, soit-dit en passant ! En même temps, c’est quelque chose qui m’intrigue car je vois le potentiel du numérique. Mon meilleur ami fait des jeux vidéos et ça me fascine beaucoup les possibilités d’animations et d’interactions que permettent l’écran ! Ça me donne toujours plein d’idées lorsque nous échangeons lui et moi. Connaître et imaginer « les possibles ». J’adore aussi, depuis des années, les gifs animés sur internet. Les mouvements en « loop » qui recommencent à l’infini. Quand j’écris des histoires je vois souvent mon histoire en petites animations de ce genre. Bref, pour moi c’était vraiment un défi le fun de faire ce projet et ça ne me faisait pas (assez) peur.

Voulez-vous dire que cela s’est avéré plus complexe comme création que celles auxquelles vous êtes habituée ?

Une tortue grande comme ça_03

Oui ! Au départ j’étais vraiment confiante ; je me disais « facile-bébé-fafa ».  Je sais comment ça marche l’animation et le découpage. J’en ai fait au cégep (collège d’enseignement général et professionnel) et à l’université dans mes cours d’arts. Or là, au lieu de seulement faire une image fixe, il faut penser à plusieurs éléments qui bougeraient aussi. Il ne faut pas que ce soit trop pareil non plus d’une image à l’autre. Il faut aussi que ça soit facilement animable. Une fois à la table à dessin, j’ai trouvé ça bien plus compliqué de trouver toutes mes idées. Puis, pour arriver au projet final, c’était beaucoup plus d’étapes que je n’avais imaginé. Ça reste simple mais ça prend pas mal de temps de bien penser comment séparer les « morceaux » qui bougent. Il faut aussi que la personne qui anime comprenne. Ce n’est pas juste mes fichiers à moi (qui sont souvent n’importe comment, avec des noms niaiseux). Au final c’est bien plus de temps que de faire une illustration statique. J’ai été surprise du temps supplémentaire qu’il m’a fallu. Et il s’additionne vite !

Votre plus belle surprise à la découverte du BAT numérique ?

C’est toujours une grande grande grande surprise de voir ses dessins prendre vie. Il y a quelque chose de magique là-dedans et de curieux. Ça me fait presque peur. Je savais ce qui allait bouger mais je ne savais pas que les parties pouvaient bouger de cette façon. C’est au-delà de ce à quoi je m’attendais. J’ai aussi bien rigolé ! J’ai redécouvert l’histoire.

Avez-vous un regret ?

Je ne crois pas. Quand un projet est fini, habituellement, c’est FINI et je n’aime pas y revenir alors je ne me dis pas « je referais ci ou ça ». Illustrer des histoires, c’est un long travail et j’aime bien passer vite à autre chose. C’est un défi pour moi de travailler longtemps sur le même ouvrage. Vraiment.

Et un désir ?

J’aimerais vraiment refaire des images à animées. Des histoires pour enfants, pour des jeux ou des applications. Mais c’est sûr que ce que j’aime le plus au monde entier, c’est de construire des images sans avoir de plan précis. À partir d’une tache, d’une couleur, d’un trait, etc. Et voir où ça m’amène. C’est vraiment ça qui me fait « tripper bin raide* ». Tout comme mon processus créateur : j’ai aucune idée de là où je vais. Mais j’y vais !

* le kif absolu (NdT), je rappelle que Jacinthe vit dans sa grotte à Montréal !

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En préambule, et pour ceux qui n’auraient pas reçu mes vœux, je vous les transmets ici. Il est encore temps de s’embrasser et se souhaiter toutes sortes de belles choses pour 2018.
Pour ma part lectures, rencontres et créations m’émerveilleront ces prochains 300 et quelques jours !

La Souris Qui Raconte l’a commencée en beauté avec deux rendez-vous la semaine dernière. Le premier était organisé par l’association Lire et Faire Lire, et le second par la médiathèque départementale du Morbihan (MDM).

Deux rencontres, deux publics, deux températures !

IMG_6228Prévue de longue date, cette première rencontre de l’année me conduisait à Eaubonne, dans le 95, où j’avais déjà eu l’occasion de présenter La Souris Qui Raconte lors du salon du livre. J’appréhendais cette présentation face à un public de bénévoles à la retraite (pour la plus grande partie), parfaitement ignorant des questions numériques… alors des lectures numériques ! Imaginez un peu !…
Ma surprise fut belle ! La cinquantaine de représentants de l’association du département m’a en effet épatée par la qualité des échanges et leur attention. Face à un public curieux, animé par une même passion que la mienne, lecture et plaisir de lire et faire lire à haute voix, j’ai eu, semble-t-il, autant d’émotion à partager mes publications numériques, qu’eux ont eu à les découvrir et les écouter. Ma rentrée colère portée par la voix de Robin, les a ravis. Alors que je leur passais le micro pour les inviter à lire, ils m’ont prié de faire lire Robin, littéralement sous le charme de son interprétation.

Alors bien sûr, on a évité de parler formats (ce n’était d’ailleurs pas le sujet) et de questions trop techniques, mais cette première rencontre de l’année, sous l’égide de la LECTURE, a été d’une grande richesse. J’ai été enchantée par l’expérience, la première du genre menée avec un réseau de lecteurs bénévoles, et assez impressionnée par la démarche de la présidente de l’association du département : faire le choix d’inviter une éditrice numérique plutôt qu’un auteur à l’occasion de ces réunions mensuelles.

La seconde rencontre me transportait dans le Morbihan, à Auray précisément, pour participer à la troisième marmite numérique.
Organisée par Cyrille Noël de la MDM, que je remercie ici encore, les temps de la journée questionnaient sur « Où va le numérique ? » , avec en guise de clôture et de restitution « Où va la bibliothèque ? » … Un vraiment chouette programme ! La matinée donnait largement la parole à Pascal Desfarges, homme prolixe sur les questions du numérique, du Big Data ou encore de l’intelligence artificielle. Un type brillant sans aucun doute !
S’appuyant sur une présentation parfaitement maîtrisée, Pascal Desfarges nous a embarqués pendant près de deux heures à bord des mutations numériques et du monde de demain poussant inexorablement la porte du monde d’aujourd’hui. Comment se préparer, y faire face sans le craindre ? Alors que la projection mentale de ce que j’entendais m’invitait dans le film Minority Report, j’essayais d’imaginer la perception des bibliothécaires de l’assistance face à un tel discours. Si la brosse à dents connectée sera sans doute une réalité dans quelques années, je me refuse à croire que des puces seront implantées dans nos corps pour nous transformer en ordinateurs à sang chaud ! Et si tel devait être l’avenir de l’homme, au vu de mon parcours de vie, il ne sera pas le mien. Paix à mon âme ! Je ne supporte déjà plus les réseaux sociaux et leurs enfermements algorithmiques… alors être connectés dès la première poignée de mains manque trop de poésie, de hasard et de charme ! Mais il n’empêche, si le discours semblait parfois caricatural, il abordait des sujets tout à fait d’actualité comme les Tiers Lieus, Fab Lab (avec des références fréquentes à La Fabrique du Loch) et tous projets collaboratifs partagés librement. Résumer en quelques lignes la prestation de Pascal serait 1) prétentieux 2) forcément erroné (si je devais être prétentieuse), car certains passages me sont passés un peu au-dessus de la cafetière.
Pour autant, ce que je retiens aussi de cette journée, c’est la dichotomie entre matinée et après-midi.

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© Cyrille Noël

L’après-midi était divisé en ateliers. Fab Lab (avec la Fabrique du Loch) d’une part et tablettes de l’autre. Je ne parlerais que de l’atelier tablette avec La Souris Qui Raconte (l’ubiquité n’étant pas ma spécificité). Celui-ci consistait à présenter mon offre aux bibliothécaires dont bien peu avaient eu la curiosité d’aller voir ce que le web raconte sur cette souris ! Et je n’ai pas séduit ! Présenter son travail, s’exposer en quelque sorte, est un art difficile. Imaginez-vous trente secondes face à un auditoire globalement amorphe, que vous essayer de stimuler par des questions et interactions et qui ne bronche pas ! C’est dur et j’aurais bien aimé avoir l’aisance et l’assurance de Pascal  ! Sans parler de ce grand moment de solitude qui s’amplifie a posteriori parce que le public est de facto concerné par la lecture, les livres et le numérique (thème de la journée).

Mon constat sur ces rencontres professionnelles de bibliothécaires, que je mène depuis plus d’un an maintenant, c’est qu’il existe quelques locomotives, dont Cyrille, qui portent un projet et le conduisent sur la durée avec l’espoir de faire des émules. Malheureusement la majorité regarde de loin, peu ou pas concernée, peu ou pas curieuse, avec pour résultat une inertie contre-productive.

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