22 | 02
2018

Une belle application ! Mais quand je dis belle, c’est vraiment belle ! C’est devenu si rare, que c’est un bonheur de découvrir celle-ci. Conçue par Julie Stephen Cheeng produite par Ex Nihilo et les éditions Volumiques « La pluie à Midi » est un livre ET une application.

la pluie a midiÇa fait quelques jours que ça buzz autour de cette sortie, qui ne date que du 15 février dernier. Très attendue par la profession, elle va faire couler certainement beaucoup d’encre, et j’anticipe à ma façon l’enthousiasme que cette œuvre numérique va susciter.
La première fois que j’ai entendu Julie parler de son projet, c’était en 2015, à l’occasion d’une journée TransBook organisée par la Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil. Autant dire que cette pépite-là aura demandé du temps pour se polir !

L’histoire ?

Un hippocampe siffle son copain, et un poisson tout rond et tout mignon sort de sa cachette. S’ensuit un échange entre le poisson, qui se prénomme Joe, et l’hippocampe. Pas un mot n’est dit ou écrit (d’ailleurs il n’y en a pas dans toute l’histoire), pas besoin, c’est limpide ! Le rêve du petit poisson est de nager avec les grands requins. Mais pour ça, il lui faut un aileron ! Qu’à cela ne tienne, l’hippocampe lui en trouve un. Et voilà notre hardi poisson nageant parmi les requins, lorsqu’une tempête emporte son aileron, et son rêve avec lui !

Joe vu de dessus
Joe nage, au-dessus de lui une indication de direction pour trouver son aileron

Comment ça se passe ?

Après avoir répondu à la question : « As-tu le livre ? » (laquelle est NON pour ce qui me concerne) je rentre dans l’eau glacée et musicale ! Joe (qui ne manque pas d’humour) s’endort pendant que j’écris ces lignes, et des petits ZZ…ZZZ s’échappent de sa bouche alors que tous ses copains nagent doucement dans le bleu de l’écran ! Mon doigt sur la tablette va le réveiller et c’est ce même doigt qui va mener notre héros à la rencontre de tous ses congénères. Ceux de la pluie, du soleil, de l’orage, de la neige et de la nuit. Cinq univers météorologiques, cinq sortes de poissons qu’il faut aussi attraper en même temps que Joe cherche son aileron. Attention, certains ne sont pas faciles à trouver.
La baignade onirique proposée à l’enfant est d’une très grande poésie. Les ronds dans l’eau que fait le doigt sur la tablette sont plus vrais que des ricochets et Joe déambule ainsi et nous émerveille ! Il n’est pas le seul ! Les nombreux poissons qu’il faut rassembler pour découvrir la parade finale ont tous une, voire plusieurs surprises, à nous faire découvrir ou entendre. Certains sifflent gaiement en se dandinant, d’autres s’allongent ou se transforment… Beaucoup d’humour dans ces nombreuses interactions.
Joe nage, et nous avec. Dans tout ce bleu, et par tous les temps, on découvre aussi quatre spots de jeux où l’enfant doit aider Joe. Une fois le jeu terminé Joe explose de joie, dans un feu d’artifice pétaradant, d’autres poissons se mêlant à l’euphorie de notre petit héros !

poissons neige
Les poissons « neige » il m’en manque un

C’est beau, c’est coloré, et d’une qualité artistique remarquable. C’est très drôle aussi et j’ai ri à certaines trouvailles de Julie. Une application et un livre dont je ne doute pas une minute qu’ils resteront dans les annales de notre petit monde numérique ! Bravo à toute l’équipe.

Ce qu’en disent étapes et Popapp.

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« Une tortue grande comme ça ! » est désormais disponible en streaming et HTML5. C’est le 50e ouvrage publié aux éditions La Souris Qui Raconte. Le texte est signé Emilie Chazerand, à qui l’on devait déjà l’excellent « Il suffit parfois d’un cygne », et Jacinthe Chevalier en a réalisé les illustrations. C’est plus particulièrement vers elle que je me tourne pour connaître (peut-être) quelques secrets de fabrication.

mon_ptit_visageJacinthe, dans votre bio on peut lire que vous dessinez toujours des animaux avec un nombre de pattes impair. Vous vous êtes d’ailleurs posé la question à la lecture du texte d’Emilie de faire une tortue à cinq pattes et plus, alors qu’elle nous précise bien que sa tortue, prénommée Frida « avait quatre pattes vertes, une petite queue de limace, une tête rigolote et une belle carapace. » Alors, un toc ou une raison plus occulte ?

Bébête à 11 pattes
Bébête à 11 pattes ©Jacinthe Chevalier

Oh là là ! Ça fait déjà pas mal d’années que je fais ça (principalement en version 3 pattes). Je trouvais ça drôle, au début, ensuite l’habitude s’est installée, puis après c’est devenu « mon style ». Visuellement je trouve ça mieux (excuse-moi « Dame Nature »). De mon point de vue 3 c’est parfait comme image. Ça fait plus « carré », plus « logo », plus schématisé. Après, je suis restée avec cette idée de l’impair même quand les animaux s’allongent.
La chenille aura 11 pattes et non 10, même si au final ça ne change pas grand chose rendu à ce point. Des fois, par contre, j’oublie. J’ai des livres avec des illustrations d’animaux avec 10 pattes. C’est une erreur, je vous assure ! Quand les enfants travaillent à partir de mes illustrations, c’est rigolo de voir combien tout est fidèlement reproduit SAUF, souvent-très-souvent, le nombre de pattes qui est de 4, presque toujours. On m’a aussi contrainte à faire des personnages avec 2 jambes lorsque j’en faisais 3, même si ça ne changeait rien au texte. Je trouve cela dommage et rigide.

J’ai appris, au cours de l’élaboration de votre création, que vous travailliez toutes vos images en même temps, pouvez-vous nous en expliquer les raisons, et comment vous vous y prenez.

J’ai besoin de surprises tout au long du processus je pense. Déjà, le travail avec un client à qui je dois présenter des croquis au début du projet (c’est normal) me donne souvent la sensation de m’enlever un très grand plaisir. Je n’aime pas avoir une idée précise d’où je m’en vais, ou trop savoir à quoi le projet fini ressemblera. Pour certains, même si je pense que ça génère aussi pas mal de frustrations, ça les rassure de savoir. Pas moi. J’aime m’amener ailleurs à mesure que j’avance. Je trouve ça beaucoup plus facile de travailler « par couche ». Commencer, par exemple, avec une couleur jaune que j’aime à ce moment précis. Je la mets partout où elle est nécessaire et ensuite je passe à autre chose, que j’ajoute où il est possible sur chaque illustration. Tranquillement toutes les images se construisent mais je ne sais toujours pas quelle sera la prochaine étape. J’adore ça ! Au fond, je travaille l’ensemble comme si je faisais un tableau. Couche après couche et un jour : PAF ! c’est fini ! Je suis toujours surprise quand je m’aperçois que je termine. Je ne le vois pas venir. Je trouve que c’est aussi une bonne technique pour avoir une uniformité dans les illustrations. En travaillant différemment, j’aurais du mal à garder la même constance de la première à la dernière image.

C’est la première fois que vous participez à la création d’un ouvrage numérique. Comment l’avez-vous appréhendé ?

-10novembre-aveccroquis-recadré pour article

Oui c’est la toute première fois. En plus, je ne suis pas très bien équipée côté machine du XXIe siècle alors je n’ai pas souvent vu ces œuvres-là. Je suis encore très « papier » pour les livres. J’aime l’objet. Je présente mes excuses à tous les arbres de la terre, soit-dit en passant ! En même temps, c’est quelque chose qui m’intrigue car je vois le potentiel du numérique. Mon meilleur ami fait des jeux vidéos et ça me fascine beaucoup les possibilités d’animations et d’interactions que permettent l’écran ! Ça me donne toujours plein d’idées lorsque nous échangeons lui et moi. Connaître et imaginer « les possibles ». J’adore aussi, depuis des années, les gifs animés sur internet. Les mouvements en « loop » qui recommencent à l’infini. Quand j’écris des histoires je vois souvent mon histoire en petites animations de ce genre. Bref, pour moi c’était vraiment un défi le fun de faire ce projet et ça ne me faisait pas (assez) peur.

Voulez-vous dire que cela s’est avéré plus complexe comme création que celles auxquelles vous êtes habituée ?

Une tortue grande comme ça_03

Oui ! Au départ j’étais vraiment confiante ; je me disais « facile-bébé-fafa ».  Je sais comment ça marche l’animation et le découpage. J’en ai fait au cégep (collège d’enseignement général et professionnel) et à l’université dans mes cours d’arts. Or là, au lieu de seulement faire une image fixe, il faut penser à plusieurs éléments qui bougeraient aussi. Il ne faut pas que ce soit trop pareil non plus d’une image à l’autre. Il faut aussi que ça soit facilement animable. Une fois à la table à dessin, j’ai trouvé ça bien plus compliqué de trouver toutes mes idées. Puis, pour arriver au projet final, c’était beaucoup plus d’étapes que je n’avais imaginé. Ça reste simple mais ça prend pas mal de temps de bien penser comment séparer les « morceaux » qui bougent. Il faut aussi que la personne qui anime comprenne. Ce n’est pas juste mes fichiers à moi (qui sont souvent n’importe comment, avec des noms niaiseux). Au final c’est bien plus de temps que de faire une illustration statique. J’ai été surprise du temps supplémentaire qu’il m’a fallu. Et il s’additionne vite !

Votre plus belle surprise à la découverte du BAT numérique ?

C’est toujours une grande grande grande surprise de voir ses dessins prendre vie. Il y a quelque chose de magique là-dedans et de curieux. Ça me fait presque peur. Je savais ce qui allait bouger mais je ne savais pas que les parties pouvaient bouger de cette façon. C’est au-delà de ce à quoi je m’attendais. J’ai aussi bien rigolé ! J’ai redécouvert l’histoire.

Avez-vous un regret ?

Je ne crois pas. Quand un projet est fini, habituellement, c’est FINI et je n’aime pas y revenir alors je ne me dis pas « je referais ci ou ça ». Illustrer des histoires, c’est un long travail et j’aime bien passer vite à autre chose. C’est un défi pour moi de travailler longtemps sur le même ouvrage. Vraiment.

Et un désir ?

J’aimerais vraiment refaire des images à animées. Des histoires pour enfants, pour des jeux ou des applications. Mais c’est sûr que ce que j’aime le plus au monde entier, c’est de construire des images sans avoir de plan précis. À partir d’une tache, d’une couleur, d’un trait, etc. Et voir où ça m’amène. C’est vraiment ça qui me fait « tripper bin raide* ». Tout comme mon processus créateur : j’ai aucune idée de là où je vais. Mais j’y vais !

* le kif absolu (NdT), je rappelle que Jacinthe vit dans sa grotte à Montréal !

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En préambule, et pour ceux qui n’auraient pas reçu mes vœux, je vous les transmets ici. Il est encore temps de s’embrasser et se souhaiter toutes sortes de belles choses pour 2018.
Pour ma part lectures, rencontres et créations m’émerveilleront ces prochains 300 et quelques jours !

La Souris Qui Raconte l’a commencée en beauté avec deux rendez-vous la semaine dernière. Le premier était organisé par l’association Lire et Faire Lire, et le second par la médiathèque départementale du Morbihan (MDM).

Deux rencontres, deux publics, deux températures !

IMG_6228Prévue de longue date, cette première rencontre de l’année me conduisait à Eaubonne, dans le 95, où j’avais déjà eu l’occasion de présenter La Souris Qui Raconte lors du salon du livre. J’appréhendais cette présentation face à un public de bénévoles à la retraite (pour la plus grande partie), parfaitement ignorant des questions numériques… alors des lectures numériques ! Imaginez un peu !…
Ma surprise fut belle ! La cinquantaine de représentants de l’association du département m’a en effet épatée par la qualité des échanges et leur attention. Face à un public curieux, animé par une même passion que la mienne, lecture et plaisir de lire et faire lire à haute voix, j’ai eu, semble-t-il, autant d’émotion à partager mes publications numériques, qu’eux ont eu à les découvrir et les écouter. Ma rentrée colère portée par la voix de Robin, les a ravis. Alors que je leur passais le micro pour les inviter à lire, ils m’ont prié de faire lire Robin, littéralement sous le charme de son interprétation.

Alors bien sûr, on a évité de parler formats (ce n’était d’ailleurs pas le sujet) et de questions trop techniques, mais cette première rencontre de l’année, sous l’égide de la LECTURE, a été d’une grande richesse. J’ai été enchantée par l’expérience, la première du genre menée avec un réseau de lecteurs bénévoles, et assez impressionnée par la démarche de la présidente de l’association du département : faire le choix d’inviter une éditrice numérique plutôt qu’un auteur à l’occasion de ces réunions mensuelles.

La seconde rencontre me transportait dans le Morbihan, à Auray précisément, pour participer à la troisième marmite numérique.
Organisée par Cyrille Noël de la MDM, que je remercie ici encore, les temps de la journée questionnaient sur « Où va le numérique ? » , avec en guise de clôture et de restitution « Où va la bibliothèque ? » … Un vraiment chouette programme ! La matinée donnait largement la parole à Pascal Desfarges, homme prolixe sur les questions du numérique, du Big Data ou encore de l’intelligence artificielle. Un type brillant sans aucun doute !
S’appuyant sur une présentation parfaitement maîtrisée, Pascal Desfarges nous a embarqués pendant près de deux heures à bord des mutations numériques et du monde de demain poussant inexorablement la porte du monde d’aujourd’hui. Comment se préparer, y faire face sans le craindre ? Alors que la projection mentale de ce que j’entendais m’invitait dans le film Minority Report, j’essayais d’imaginer la perception des bibliothécaires de l’assistance face à un tel discours. Si la brosse à dents connectée sera sans doute une réalité dans quelques années, je me refuse à croire que des puces seront implantées dans nos corps pour nous transformer en ordinateurs à sang chaud ! Et si tel devait être l’avenir de l’homme, au vu de mon parcours de vie, il ne sera pas le mien. Paix à mon âme ! Je ne supporte déjà plus les réseaux sociaux et leurs enfermements algorithmiques… alors être connectés dès la première poignée de mains manque trop de poésie, de hasard et de charme ! Mais il n’empêche, si le discours semblait parfois caricatural, il abordait des sujets tout à fait d’actualité comme les Tiers Lieus, Fab Lab (avec des références fréquentes à La Fabrique du Loch) et tous projets collaboratifs partagés librement. Résumer en quelques lignes la prestation de Pascal serait 1) prétentieux 2) forcément erroné (si je devais être prétentieuse), car certains passages me sont passés un peu au-dessus de la cafetière.
Pour autant, ce que je retiens aussi de cette journée, c’est la dichotomie entre matinée et après-midi.

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© Cyrille Noël

L’après-midi était divisé en ateliers. Fab Lab (avec la Fabrique du Loch) d’une part et tablettes de l’autre. Je ne parlerais que de l’atelier tablette avec La Souris Qui Raconte (l’ubiquité n’étant pas ma spécificité). Celui-ci consistait à présenter mon offre aux bibliothécaires dont bien peu avaient eu la curiosité d’aller voir ce que le web raconte sur cette souris ! Et je n’ai pas séduit ! Présenter son travail, s’exposer en quelque sorte, est un art difficile. Imaginez-vous trente secondes face à un auditoire globalement amorphe, que vous essayer de stimuler par des questions et interactions et qui ne bronche pas ! C’est dur et j’aurais bien aimé avoir l’aisance et l’assurance de Pascal  ! Sans parler de ce grand moment de solitude qui s’amplifie a posteriori parce que le public est de facto concerné par la lecture, les livres et le numérique (thème de la journée).

Mon constat sur ces rencontres professionnelles de bibliothécaires, que je mène depuis plus d’un an maintenant, c’est qu’il existe quelques locomotives, dont Cyrille, qui portent un projet et le conduisent sur la durée avec l’espoir de faire des émules. Malheureusement la majorité regarde de loin, peu ou pas concernée, peu ou pas curieuse, avec pour résultat une inertie contre-productive.

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Retour d’usage écrit par Merrillee Reboullet facilitatrice et accompagnatrice pédagogique de l’immersion française en Alberta Canada.

Il n’y a rien de plus émouvant qu’une histoire, sauf peut-être une histoire partagée ! Cette année dans notre salle de classe nous nous sommes penchés sur la lecture. Son pouvoir, son influence, sa capacité à nous transporter, à nous remplir d’émotion et d’émerveillement.  Après tout, c’est l’amour de la lecture qui transforme quelqu’un qui lit en « lecteur avide », qui le pousse à dévorer les livres avec un appétit sans fin.

La beauté des histoires tient à ce qu’il y a de nombreuses façons de les découvrir.  On peut les lire tout seul, bien sûr, on imagine le lecteur dans le calme, s’évadant dans un autre monde, en voyage peut-être loin, mais sans bouger du confort des coussins du fauteuil.  Mais d’autres moyens existent pour magnifier des histoires autrement !  Par exemple, pourquoi ne pas employer la lecture à haute voix ou le récit oral entre amis ?  Et encore, le visionnage d’un film, qui constitue un des moyens les plus recherchés pour raconter une histoire de nos jours.  En effet, notre société a du mal à se délaisser d’une bonne histoire, LA bonne histoire.
Peut-être est-ce parce que j’aime tant partager une bonne histoire que j’étais si résolue d’intégrer les contes de « La Souris Qui Raconte » dans mon recueil de littérature à partager avec mes élèves cette année.  Mais c’est également vrai que mes élèves, en programme d’immersion française, profitent grandement d’un livre lu à haute voix et ceci pour plusieurs raisons.  Premièrement, ils aiment se perdre dans une histoire, donc écouter un livre devient tout simplement un plaisir et un repos au milieu d’une journée chargée.  Deuxièmement, ils ont souvent plus de succès à comprendre un livre lu à haute voix.  Et en lisant ensemble, ils peuvent poser des questions et discuter des passages qui pourraient éventuellement leur poser problème lors de la compréhension.  Finalement, écouter un lecteur français lire à haute voix, fournit des exemples authentiques de l’accent francophone et stimule leur propre lecture et leur expression orale.

C’était donc dans le but de découvrir le plaisir de la lecture que nous avons abordé notre premier titre : « Thibaut au pays des livres ».  Dans la première lecture la classe a tout simplement exploré la présentation du livre avec des éléments interactifs, petites animations et aussi des effets sonores.  Les élèves étaient émerveillés !
La deuxième lecture fut plutôt un récit où, avec les images, mais sans le texte, nous avons nous-même raconté les événements de l’histoire. Ensuite, les élèves, en petits groupes, ont isolé les événements importants du début, du milieu et de la fin de l’histoire, en les mettant  sur un post-it, puis en les collant sur des grandes feuilles.  Ainsi nous avons pu réviser comment tracer le fil d’une histoire en ordre chronologique, ce qui est toujours important, surtout au début de l’année !
C’est important de cultiver des habitudes de bons lecteurs quand on lit.  Lors de ma leçon, les mots clés intégrés dans l’histoire présentaient l’occasion d’introduire une stratégie de compréhension d’un livre. Pendant la troisième leçon avec « Thibaut au pays des livres », nous avons tiré tous les mots-clés que Thibaut a trouvés dans le dictionnaire. Nous avons alors remarqué que c’était avec ces mots-clés qu’il a pu faire vivre ses histoires.  Et si nous faisions pareil ?  Est-ce que les mots-clés nous aideraient à mieux raconter ce que nous avons lu ou entendu ?  Ne serait-il pas plus facile d’écrire un sommaire si nous en avions extrait certains mots-clés ?  Pendant la lecture d’autres livres nous avons testé cette stratégie et trouvé qu’en effet, c’était très efficace.  La classe a donc ajouté cette méthode à ses stratégies de compréhension de lecture à utiliser.  Grâce à cette pratique, les élèves réussissent bien à repérer les mots-clés dans les textes divers.  Merci Thibaut !

POST-IT

 

Un autre titre que nous avons exploré récemment est « Voyage sur les ondes ».  J’ai choisi cette histoire surtout parce que nous lisons un livre, « Résistants à 10 ans » à l’heure du conte. Ce récit a lieu pendant la Deuxième Guerre Mondiale.  Mes élèves sont fascinés par cette période et veulent tout savoir de cette époque.  Donc non seulement  « Voyage sur les ondes » était une diversion pour mes élèves, mais aussi l’occasion d’examiner l’époque avec un regard différent des personnages de notre roman en cours.
Tout d’abord, il faut toujours introduire le livre, ce qui nous prend un certain temps.  Il y a des discussions autour de la compréhension du texte ainsi que les thèmes abordés dans le livre : la famille, le passage du temps, l’utilisation des indices du contexte pour comprendre ce qui se passe (comment s’y prennent les personnages Tom et Léa) et bien sûr le climat social avant la guerre qui est traité si spécifiquement.  Les élèves posaient beaucoup de questions et parfois il fallait les arrêter pour pouvoir finir le livre !

Une initiative chez nous est de rendre la réflexion des élèves plus « visible » en utilisant des routines de pensées.  Il s’agit des différentes routines qui aident les élèves à mieux faire les liens entre ce qu’ils apprennent et leurs vies actuelles ; ou bien qui encouragent les élèves à mieux communiquer leurs idées.  J’ai décidé d’introduire une nouvelle routine de pensée avec les élèves.  Cette routine les a invités à lier les thèmes de l’histoire avec leurs propres expériences et leurs apprentissages antérieurs. Ensuite ils étaient encouragés à approfondir leur recherche personnelle. C’était un peu difficile pour certains, du à la profondeur de réflexion demandée pour une telle tâche.  Mais ils étaient bien motivés d’y travailler parce qu’ils savaient que la prochaine activité les attendait…

DANS LE TEMPSPour l’activité finale associée à cet album, j’ai invité mes élèves à répondre à l’idée centrale de ce livre : le voyage dans le temps.  Plus tôt dans l’année, nous avons officiellement rencontré le conditionnel pour la première fois.  Maintenant je voulais qu’ils explorent ce temps de façon imaginative en créant une page dans leurs journaux visuels.  Je leur ai demandé de finir la phrase « Si je pouvais voyager dans le temps, je… » et puis créer une page artistique qui illustrait leur phrase.  Certaines idées étaient assez prévisibles ; plusieurs élèves rêvaient de retourner à l’ère des dinosaures. D’autres étaient plus réfléchis et révélaient le désir de rencontrer leur propre grand-mère quand elle était plus jeune. Comme toujours, les journaux visuels encouragent les élèves à s’exprimer dans toute leur créativité.

EIFFEL TOWER

J’ai déjà quelques titres dans la collection de « La Souris Qui Raconte » que je planifie de partager prochainement avec ma classe. Je pense également qu’ils sont prêts à commencer à explorer la collection par eux-mêmes.  Ils sont vraiment en train de devenir des lecteurs avides, aspirés dans une histoire, puis une autre.  C’est un plaisir de leur offrir des ressources diverses, tout comme les beaux livres animés et présentés par « La Souris Qui Raconte ».

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Tous les ans depuis l’année 2011, La Souris Qui Raconte transhumait, direction le salon de Montreuil pour un bain de foule, d’enfants, de livres… Cette année, la septième donc, mon choix fut autre !

L’expérience de ce très grand salon est magnifique, fatigante mais extrêmement riche (et culturellement nourrissante du coup), alors pourquoi cet autre choix ? Pour ceux que ça intéressent, je vais essayer de m’en expliquer.
Le premier argument est assez trivial puisqu’il est financier. Même si le retour sur investissement n’a jamais pu être quantifié, un stand, qu’il s’agisse d’un comptoir d’à peine un mètre de long ou d’une table de deux, coûte. L’expérience des six dernières années ayant montré que vendre du numérique sur un tel salon tient de la gageure, cet investissement était donc celui de la représentation, indispensable au démarrage. Seulement voilà, ça fait sept ans !
L’autre argument est une certaine érosion de l’envie, doublée d’une frustration progressive. Je n’irai pas jusqu’à dire « Tant de bruit pour ça » car certains y trouvent leur(s) compte(s), mais vu de ma fenêtre, ce sont souvent les mêmes et alors qu’on parle de la diversité et de la richesse de l’édition jeunesse, quid de tous les petits qui y participent ? Prenons le plan d’agencement de cette année par exemple. Niveau 0, 47 stands alors que j’en dénombre presque 100 au niveau 1. Ai-je vraiment besoin de vous expliquer pourquoi je trouve cela choquant ? Je ne polémiquerai pas, je n’y suis pas, et je laisse à chacun le soin de sa propre réflexion.

Maintenant, petite rétrospective !

La souris fait son cirque-SLPJ2011-recadré2011 année 1 l’année du cirque avec pour la première fois un Pôle Numérique pour les éditeurs ad’hoc. Le salon innove puisqu’il est le premier à valoriser de la sorte les « pure-player jeunesse » ! Souvenez-vous, la sortie de l’iPad 1 date d’une année à peine, et c’est l’hystérie totale autour de ce médium. Nous participons à cette hystérie, et imaginons les développements les plus audacieux pour nos livres web. Sur notre tablette nous présentons  Antiproblemus veut sauver la Terre (introuvable sur l’AppStore aujourd’hui), et sur notre ordinateur notre collection de livres enrichis.
Le salon, célèbre pour son travail autour des Pépites, en ajoute une à sa liste. Pépite de la création numérique : Un jeu de Hervé Tullet.

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2012 année 2 l’année de l’aventure, nourrie des meilleurs espoirs sur le numérique et son devenir. Le flot des éditeurs « pure-player » a grossi, et c’est, bien alignés, que nous accueillons les visiteurs avides de découvertes tactiles ! La chasse aux écrans (ces vilaines sorcières sur lesquelles les plus ignorants déversent l’opprobre) n’a pas perdu de temps, et s’affiche sous forme de tracts placardés dans les rues autour de l’entrée du salon.
Pépite de la création numérique : Fourmi d’Olivier Douzou.

2013 année 3 l’année Kenji (Kollectif des Éditeurs Numériques Indépendants) notre héros, c’est dire combien on espère, encore et toujours, reconnaissance et considération des instances qui font l’édition. Un groupement pour être plus fort à plusieurs, porter nos voix, réfléchir ensemble à des solutions pour faire avancer ce genre émergeant de littérature enfantine. Nous prenons tous les risques parce que nous y croyons, alors que le modèle économique peine à se dessiner, mais nous les prenons à nos seuls risques et périls !
Pépite de la création numérique : Anne Franck au pays du Manga.
Epaulé par le CNL, le salon lance un fonds d’aide à la création numérique, pour soutenir financièrement des projets innovants qui seront dévoilés à l’occasion de la prochaine édition.

000008463_52014 année 4 l’année des 30 ans. 30 ans de littérature enfantine, 30 ans de textes, d’images, de livres pour la jeunesse. 30 ans de succès pour les uns et d’échecs pour d’autres. 30 ans de notoriété grandissante pour fédérer plus de 160 000 visiteurs. Sans conteste, une réussite magistrale ! Du côté de La Souris Qui Raconte, toujours à expérimenter, les Cartes à Lire (ou comment vendre du livre numérique et le dédicacer sur un salon) font leur apparition.
Pépite de la création numérique : Botanicula
E-Toiles Edition est l’une des lauréates à la bourse d’aide à la création, avec son excellent Lapin bricoleur. Mais l’initiative fait long feu et ne sera pas reconduite.

2015 année 5 l’année noire, plus Pour de vrai que pour de faux avec seulement 3 éditeurs « pure-player » encore présents. Le pôle numérique est démantelé, comme tous les pôles d’ailleurs et nous sommes mélangés aux éditeurs papier du Grand Marché. Déception. Encore ! Les visiteurs avaient pris leurs habitudes, les pôles artistiques étaient des repères et permettaient, il me semble, une identification rapide de la littérature par genre, dont l’édition numérique. Il est vrai que la défection croissante de nos troupes, rendait la reconduction des pôles caduques (au moins pour le pôle numérique).
Pépite de la création numérique : David Wiesner’s Spot

1355_SLPJ_SALON_AFF_40x60_Mise en page 12016 année 6 l’année sens dessus dessous. Une année tellement « up side down » que je me rends compte seulement aujourd’hui de mon erreur. En 2016, c’était bien notre sixième participation, contrairement à ce qu’indique le titre de l’article. Et les deux « pure-player jeunesse » (stricto sensu) encore en lice étaient Cot-Cot-Cot App et La Souris Qui RaconteL’Apprimerie, mes partenaires de Cartes à Lire, proposant cette année-là des livres papier, dont l’excellent 3 petits chats. Une édition du salon particulièrement difficile et frustrante, où la confrontation papier Vs numérique (sous forme de Cartes à Lire) a démontré toute la dichotomie.
Pépite de la création numérique : pas de pépite.

2017 année 7 l’année de l’absence, mais surtout du ménagement. L’année du repositionnement, où l’on me verra et entendra à Rouen, qui fait aussi son festival. Les deux éditeurs « pure-player » (stricto sensu again) de l’édition 2016 proposent chacun un ouvrage papier avec sa déclinaison numérique incluse. A ce propos, Eric Sanvoisin sera en dédicace lundi 4 décembre (de 11h à 13h) sur le stand de mes co-éditrices et amies L’Apprimerie. Niveau 1, Grand Marché.
Pépite de la création numérique : pas de pépite.

J’en ai terminé de ma petite rétrospective, qui montre, s’il en était besoin, combien l’avenir du livre numérique en France est compromis. Le modèle que je défends, celui du streaming, s’il peine aussi à se mettre en place, me semble plus cohérent avec l’avenir du web et de la couverture réseau, où la France finira bien par rattraper son retard.


 
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