Archive for mars, 2015

30
mars
2015
Écrit par Francoise

Il n’existe pas de meilleure occupation que la découverte de livres lorsqu’il pleut ou lorsqu’il vente. Ce week-end fut pluvieux et venteux ! Alors je vous emmène à Eaubonne (95), pour le 32e salon du livre de jeunesse.

AFFICHE SDL 2015Sollicitée par la responsable des actions culturelles d’Eaubonne, c’est avec un très vif plaisir que nous avons animé des ateliers numériques ce week-end. La Souris Qui Raconte, aidée de Marianne S. a désormais bien rodé l’exercice, et au vu des réactions des jeunes et de leurs parents, ça fonctionne ! Ce devait être la première fois que ce salon accueillait un éditeur 100% numérique et j’espère que l’opération sera reconduite. Un coup ne suffit pas à générer une attente, et c’est bien de l’attente qu’il faut créer pour faire de l’éditeur numérique un acteur incontournable comme n’importe quel éditeur papier. Installés dans un espace mi-clos avec vidéo-projecteur et écran, nous avons accueilli une quarantaine de parents/enfants, tous surpris de découvrir une autre façon de lire.

L’accueil de loisirs des 7/11 ans, dépendant de la Direction de la Jeunesse et de la Politique de la ville, a assisté le samedi 14h à notre premier atelier.

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Les jeunes du centre d’accueil et leur accompagnatrice

Marianne était aux manettes, accrochée au câble trop court du projecteur, la reléguant au fond de la salle où 9 garçons, accompagnés de deux animatrices, ont découvert, ravis, Le livre papillon, en interagissant directement sur l’écran installé pour l’occasion. Ils se sont tellement pris au jeu, que leur plaisir était manifestement aussi sincère que s’ils avaient interagi avec la tablette elle-même !

HEU-REUX !

HEU-REUX !

Ils ont tous lu à haute voix, me montrant une fois encore combien cette pratique les enchante. Deux jeunes garçons immigrés, vivant en France depuis peu, n’étaient pas les derniers à demander à lire ! A la fin du livre, dont la lecture et la découverte de toutes les interactions ont bien duré 50 mn, j’ai remis à leurs éducatrices, un livret (home made) sur lequel les enfants pourront dessiner et répondre aux questions posées en rapport au livre lu.
J’attends d’en recevoir un exemplaire complété afin de le partager avec vous !
Ensuite c’était autour des filles de remplir la salle, avides de lire elles aussi, et de découvrir L’ogresse. Suite à sa lecture, un autre atelier les attendait : dessiner un cadavre exquis alimentaire (fabriqué lui aussi de mes blanches mains). Elles sont reparties avec ce souvenir, qu’elles avaient mis beaucoup de soin à réaliser.

Trois cadavres tout à fait exquis

Trois cadavres tout à fait exquis

La journée du samedi s’est terminée avec la visite de la responsable jeunesse de la médiathèque d’Eaubonne, à qui nous avons synthétisé les trois ateliers avec la présentation du livret spécial papillon, le dépliant du cadavre exquis et les origami de Il suffit parfois d’un cygne.

Dimanche, j’étais seule et le public, beaucoup plus hétérogène que la veille, de 3 à 14 ans !
Une grande jeune fille a fait la lecture de Conte du haut de mon crâne à ses copains, dont un seul (sur les 7) a osé l’exercice. Un petit garçon de 3 ans a eu peur du loup de Thibaut au pays des livres. J’ai également projeté Ogre doux et Chabada pour le bonheur enjoué des enfants médusés. Enfin une lectrice de 9 ans (ayant un gros retard dans l’acquisition de la lecture, mais une envie de lire énorme) ne pouvait plus s’arrêter de découvrir les lignes du Livre Papillon, comme si sa mission de la journée avait été de rendre à Paolo tous ses livres éparpillés !

Dans la place !

Dans la place !

Des beaux moments qui me confortent dans mes choix éditoriaux et me font oublier tous les travers moins faciles de l’édition numérique.
Vivement le prochain !

23
mars
2015
Écrit par Francoise

Inviter les livres et le LIRE dans les jardins, les bases de loisirs, à la plage, dans les campings et les lieux populaires pour faire la fête pendant les vacances est un rêve à transformer en réalité ! On a besoin de vous !

Ce matin encore (pour quelqu’un qui avait dit non…), je me suis rendue sur le Salon du Livre, piquée par la curiosité de l’annonce faite vendredi de la première édition de la Fête du Livre pour la Jeunesse. Une table ronde, organisée par le CNL et le SLPJ, posait les bases de ce grand événement qui se tiendra du 17 au 31 juillet prochain dans toute la France et au-delà (les DOM y participant bien évidemment).

Présentation de l'événement par V. Monadé

Présentation de l’événement par V. Monadé

Vincent Monadé (Président du CNL) a présenté à l’assistance, nombreuse et curieuse, le projet initié par Fleur Pellerin.
Aujourd’hui qui ne connait pas la Fête de la Musique ? Mais qui aurait parié, en 1982, que cette fête connaitrait un tel succès et deviendrait en 30 ans, mondiale ? Eh bien le livre aura lui aussi SA Fête ! Et comme le disait Vincent Monadé, si la première année est celle où l’on essuie les plâtres, la seconde celle où l’on installe le rythme, la troisième se doit de voir son succès consacré ! Et ce succès sera national, avec l’aide et la mobilisation de tous les acteurs du livre. Editeurs bien sûr, mais aussi bibliothécaires, libraires, animateurs, sans aucun ostracisme entre le in et le out précisait Vincent Monadé… « J’ai besoin de vous », nous a répété le Président du CNL, dont il y a gros à parier qu’il n’a pas spontanément adhéré à cette nouvelle tocade de Madame la Ministre ! La date retenue semblant être une des raisons de sa réserve.
Sylvie Vassalo n’a pas manqué, quant à elle, d’évoquer son volontarisme, et qu’elle voyait dans cette Fête une opportunité à ne pas manquer pour créer une nouvelle rencontre entre les jeunes… et les livres. Autour de nos deux chefs de file, Claire Castan (RL Paca) a parlé de la plage du Prado comme lieu central pendant les 4 journées fortes de l’événement, des villages du sport, des bibliothèques mobiles et de jeux graphiques. Thierry Hertout de la médiathèque départementale de Seine Maritime nous a raconté « Lire à la plage », événement créé il y a 10 ans et qui compte aujourd’hui 12 cabanes de 1 000 livres chacune sur le littoral entre Le Havre et le Tréport, avec transats et parasols, et par voie de conséquence, de son adhésion immédiate au projet. L’association du Labo des Histoires (faite grand chantier présidentiel en 2014 par François Hollande, si, si !!), celle-la même avec laquelle La Souris Qui Raconte élabore une de ses prochaines histoires d’école (si, si !!), sera un acteur phare de la Fête, un agitateur d’écriture, un peu partout en France. Enfin une représentante des DOM était présente pour partager sa façon de faire la fête et de la conduire sur les plages les plus populaires.
Il a été question d’un grand opérateur privé (sans que celui-ci ne soit dévoilé), maillon important pour la visibilité et la médiatisation de l’événement.

Madame la Ministre dévoilera à la presse tous les détails de l’événement fin avril-début mai, avec nom et identité propres.
Le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse et le Centre National du Livre donnent, eux, rendez-vous à l’ensemble de la profession pour une participation bouillonnante. Chacun à son niveau et dans son domaine de compétences, est sollicité pour devenir acteur de la réussite de la grande Fête du Livre pour la Jeunesse ! Un document est à renvoyer avant le 15 mai. Il est à télécharger ici !

Alors on chante tous ensemble, c’est la FÊÊ-TE… LA FÊÊ-TE !!! LSQR a déjà une idée, je vous en parlerai le moment venu !

22
mars
2015
Écrit par Francoise

Cette année, j’avais dit « Non… cette fois-ci, tu n’iras pas ! » Et puis… et puis… !

Alors que l’éclipse assombrissait la matinée, j’ai pris la direction du Salon du Livre de Paris.
Suite à une invitation de Sylvie Vassalo, je me suis rendue sur le stand F80 de la région Île de France pour une conférence de presse, où de manière informelle, la directrice du Salon de Montreuil épaulée par son équipe, réunissait un comité déjà élaboré l’année dernière (je vous en détaillais la liste ici).
Il y était évidemment question du prochain salon, mais pas que !
Le thème de l’édition 2015 « Vrai/Faux ; Réel/Fiction » questionnera aussi bien la création dans sa diversité (avec les rapports au multimedia notamment), mais également le domaine de l’enfance, avec l’actualité récente des événements de janvier qui ont soulevé nombre de questions, dont la façon de les traiter. On a parlé scénographie et, en aparté, j’ai appris que les « pôles » (le numérique en étant un) seraient scénarisés différemment. J’en connais qui vont être content(e)s, hein les filles ?! Les 6 journées de ce marathon, quant à elles, se tiendront du 2 au 7 décembre 2015.

Sylvie Vassalo sur le stand de la région ÎdF

Sur le stand de la région IdF

Sylvie Vassalo a ensuite parlé de l’Ecole du Livre de Jeunesse et de ses formations (1500 stagiaires formés en 3 ans) pour accompagner les enfants. Mission essentielle depuis la récente organisation du temps scolaire. Il a été question du colloque qu’organise le 15 juin prochain l’Ecole du Livre de Jeunesse, et qui aura pour thème « Débats de société et littérature font-ils bon ménage ? ». Cette journée abordera les questions de morale et de censure, de stéréotypes et de préjugés, qui sont des questions centrales dans la littérature de jeunesse. Peut-on tout dire aux enfants ? (j’ai hâte de recueillir les avis des intervenants sur ce sujet).
Après avoir discuté avec les uns et les autres, piqué au passage un badge de La mare aux mots à Gabriel (merci Gabriel), et pris rendez-vous avec Maman Baobab, j’ai entrepris la visite du salon… grand et blindé ! Et parcouru les allées, direction le numérique.

J’y ai retrouvé certains coreligionnaires (version adultes) dont la toute jeune start-up « Iggybook ».
« Iggybook », c’est Nicolas Francannet et Nicolas (un type comme ça !) c’est le créateur de StoryLab, qui est à la fois une maison d’édition 100% numérique de séries littéraires courtes (créée en 2010), et aussi un studio de création spécialisé dans la réalisation d’epubs pour le compte de maisons d’éditions tierces. « Iggybook » est née de l’expérience de StoryLab, qui a su, après 5 ans, identifier chez ses auteurs, des besoins d’outils simples et efficaces pour profiter des opportunités de visibilité et de viralité qu’offrent Internet et les réseaux sociaux. La table ronde à laquelle j’ai assisté par la suite (organisée par la SCAM et la SGDL et qui traitait des rapports entre auteurs et éditeurs), entrait en parfaite résonance avec le concept même d’« Iggybook ».
En France, 200 livres sont publiés par jour ! Comment un éditeur peut-il faire une promotion efficace au regard de ces quantités délirantes ? Comment un libraire peut-il les exposer tous, et prétendre les vendre correctement à ses lecteurs ? La surproduction est un vrai problème pour l’auteur, qui, au delà de voir ses droits se réduire comme peau de chagrin, déplore le manque d’accompagnement de son œuvre (Actualitté reprend d’ailleurs sur son site le contenu de cette table ronde, étayée par le 6e baromètre des relations auteurs/éditeurs). La solution que propose « Iggybook » s’adresse à deux types d’auteurs, ceux publiés chez un éditeur, et les autres, avec la volonté de mettre à la disposition du plus grand nombre, des outils marketing pour promouvoir leurs œuvres. Alors auteurs de passage, publiés chez un éditeur ou indépendants, soyez curieux ! A l’occasion de cet échange avec Nicolas et de la présentation de ce service que je trouve juste SUPER (généreux dans le sens où il est tourné vers l’autre, l’auteur en l’occurrence, bien malmené si on en croit le succès de la marche de samedi) j’ai pu serrer la main de François Gerber, Monsieur iBooks chez Apple France jusqu’à récemment, qui a rejoint l’aventure pour s’investir dans ce projet auquel il croit à fond !

50 ans de maillots et de culottes

50 ans de maillots et de culottes

L’après-midi m’a ensuite conduite du côté des petits éditeurs jeunesse, regroupés dans un square, comme un autre regroupait les éditeurs de livres de cuisine. Je n’ai pas été insensible à la petite phrase d’un des intervenants de la table ronde auteurs/éditeurs qui, parlant de la profusion asphyxiante des livres, précisait sa pensée en remarquant qu’évidemment il n’était pas forcément question de produire moins, mais de produire mieux, et pointait du doigt la quantité indigeste de livres traitant des cup cakes tout en regrettant l’absence d’une biographie sur Duke Ellington (si j’ai bien noté la comparaison).
De square jeunesse en square cuisine, je suis arrivée à l’exposition organisée par L’école des Loisirs qui a 50 ans ! J’ai lu quelques albums, prenant de l’avance sur les lectures à faire à l’occasion du comité de lecture du SLPJ auquel La Souris Qui Raconte participe, et j’ai terminé épuisée mais heureuse d’y être passée, sur ce salon… grand et blindé !

Lectures à haute voix

Lectures à haute voix

 

18
mars
2015
Écrit par Francoise

Pour poursuivre mes coups de cœur liés à l’actualité, je vous emmène une fois encore à Bologne !

« Les trois cochons » Médaille Caldecott 2002

« Les trois cochons » Médaille Caldecott 2002 ©David Wiesner

icon SPOT175x175Après « My very hungry Caterpillar », élue grande gagnante du BolognaRagazzi Digital Award, « David Wiesner’s Spot » ne pouvait être que remarqué. Cette application est juste A-MA-ZING et à télécharger d’urgence ! Si La Souris Qui Raconte avait fait partie du jury (on peut toujours rêver héhé !?), entre Carle et Wiesner, mes goûts auraient porté mon choix sur « Spot » (mais bon… je n’étais pas dans le jury).
L’artiste (David Wiesner dont le talent ne date pas d’hier, et dont j’adore l’illustration des 3 cochons ci-dessus) nous emmène dans un univers incroyable affranchi de tout texte, où chacun peut librement se raconter sa propre histoire, au fil tortueux d’une navigation insolente ! Dès l’ouverture de l’appli, à l’affichage de son titre, une indication vous est donnée pour entrer DANS le livre. En zoomant, à l’aide de deux doigts, vous vous retrouvez dans une espèce d’atelier où trois coccinelles s’affairent à la réparation d’une des leurs, mécanique. Au centre de l’image un bureau, dont il faut encore vous rapprocher. Sur ce bureau, cinq objets, avec pour consigne suggérée, de vous rapprocher encore et encore… plus près !
De là démarre une exploration incroyable ! Vous plongerez dans 5 univers imaginaires aux illustrations remarquables, habités de robots, poissons (dont un qui fait drôlement peur !), chats, souris, lapins-moutons… et naviguerez de l’un à l’autre, dans une ambiance sonore hyper soignée. Vous zoomerez… dézoomerez… irez à droite, puis à gauche. Vous vous perdrez, vous retrouverez… Vous vous émerveillerez de vos découvertes « cliquables » !
L’expérience n’est pas explicable, il faut la vivre. Mais elle est vraiment chouette !

Un livre numérique qui ne peut que séduire tellement son immersion est captivante, et tout le travail autour, magistral !

 

L'atelier de réparation, point de départ de l'aventure

L’atelier de réparation, point de départ de l’aventure

Le bureau et les 5 "Spot"

Le bureau et les 5 “Spot”

 

11
mars
2015
Écrit par Francoise

En France on a nos Pépites de la Création Numérique, en Italie, ils ont leur « BolognaRaggazi Digital Award » ! Deux must pour tout éditeur numérique jeunesse !

Dans quelques jours, le 30 mars, s’ouvrira la « Bologna Children’s Book Fair ». A l’instar du Salon du Livre et de la Presse de Montreuil, Bologne distingue aussi les meilleurs dans différentes catégories. Pour celle du numérique, la liste des prétendants au trône étaient de 192 participants pour 27 pays, dont la toute toute petite Souris Qui Raconte ! Vous trouverez, en anglais, une synthèse sur le Children’s Technology Review avec tous les gagnants et les nominés !
pr_source.150x150-75Curieuse, j’ai évidemment voulu découvrir le gagnant « My very hungry Caterpillar » de l’éditeur StoryToys (dont je ne suis pas particulièrement fan). Je vous en parlais ici !
Cette chenille m’a infiniment séduite, pour deux raisons. La première, est que cette application est d’abord un livre de l’auteur illustrateur américain Eric Carle, publié en France sous le titre La chenille qui fait des trous. La récompense embrasse ainsi l’œuvre dans sa globalité, en rendant hommage au talent de son créateur.

Image de prévisualisation YouTube

Lu par Eric Carle en anglais

Image de prévisualisation YouTube

Lu par des enfants en français

La seconde raison est le travail d’adaptation fait par StoryToys qui ne dénature pas le personnage. La chenille a toujours faim. C’est à l’enfant de la nourrir pour l’aider à se constituer ses réserves et lui permettre de faire sa chrysalide qui la fera se transformer en un magnifique papillon ! L’enfant pourra aussi jouer avec la petite chenille qu’il déplace dans l’écran en lui tapotant son chemin. Lui faire faire de la peinture, ou encore lui demander de crever des bulles de savon. Des activités qui n’existent pas dans le livre.
Pas de texte à lire ici, c’est beau et poétique, intuitif et ludique. Idéal pour les petits à partir de 3 ans.

Image de prévisualisation YouTube

Alors que je termine ces lignes, l’accès à StoryToys sur l’iTunes Store est indisponible. Argl ! J’espère juste que c’est une panne momentanée et qu’il n’y a pas des histoires de droits là-dessous ! Avouez que ce serait ballot !

 

 

3
mars
2015
Écrit par Francoise

Après une orthophoniste et un psychiatre, que l’arrivée des objets connectés a poussés à certaines mutations, c’est au tour d’une bibliothécaire de nous raconter son métier, lui aussi en pleine révolution.

Alors que Marianne S. termine la mise en pratique des ateliers sur lesquels elle travaille avec La Souris Qui Raconte depuis le mois d’octobre, j’ai tout naturellement souhaité m’entretenir avec une bibliothécaire qui avait bénéficié de ses ateliers. Marianne ayant quelque accointance familiale avec la ville de Lyon, elle a initié 4 rencontres dans la région, dont deux à Villeurbanne dans la très belle bibliothèque du Rize, en février dernier.

Jacqueline Valard, vous êtes une de ses bibliothécaires, et je vous remercie infiniment pour votre temps, et vos réponses. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre métier aujourd’hui et si des différences sont apparues depuis… disons … une dizaine d’années ?

Je ne pense pas que le métier ait foncièrement changé. Les missions sont toujours de réaliser une sélection de titres qui correspondent aux besoins d’information, de formation du public, et d’accueillir les publics, les aider dans leurs recherches et les orienter dans leurs choix.
Certes, les supports changent, les cédéroms disparaissent, les ebooks et les applications apparaissent. L’important reste le contenu !
S’approprier une application, c’est comme s’approprier un album, c’est toujours chronophage. Mais comment transmettre sans connaître ?
Ensuite s’ajoute la partie technique, mais il faut reconnaître que les tablettes sont des outils bien plus simples d’utilisation qu’un ordinateur !
Dans les accueils du samedi matin pour enfants ET leurs parents, je propose, sur un fil conducteur le plus pertinent possible, la découverte simultanée de différents média : histoire papier, court métrage, musique, application. Chacun puise dans ce qu’il préfère, en ayant connaissance de l’ensemble des ressources mises à disposition.

apprendre à dessiner une vache 3
A titre d’exemple, lors de la parution de : Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache / Hélène Rice ; Ronan Badel - T. Magnier, j’avais bâti l’animation autour du crocodile (il faut voir le livre pour comprendre !).

N'oublie pas de te laver les mains

C’est à dire que j’ai lu le classique : N’oublie pas de te laver les dents / Philippe Corentin - Ecole des loisirs, puis nous avons dégusté un crocodile bonbon d’une marque bien connue. Retour sur la lecture avec Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache, ce que les enfants ont fait au feutre vert fluo. Découverte du premier épisode de Caïman songe/ Anne-Sophie Gousset chez Tralalère. L’attrait pour la tablette permet de faire poser les crayons facilement. Et pour finir, Rocco le vieux croco dans Cuit cuit / Les Papas Rigolos en CD.

Caiman songe
Une fois la séance « organisée » terminée, les enfants et leurs parents ont un temps de liberté. Là, certains retournent sur l’application, d’autres reprennent une des histoires, d’autres encore dessinent… Et les parents demandent les références de l’application.

Quel est votre équipement numérique, ordinateurs, tablettes et liseuses, et leurs modes d’utilisation pour vos abonnés ?

La médiathèque du Rize propose 9 ordinateurs avec connexion Internet en consultation libre, à concurrence d’une heure par jour pour tout adhérent ayant sa carte valide (gratuite jusqu’à 26 ans et 10 € pour les Villeurbannais de plus de 26 ans en plein tarif ou une carte uniquement consultant et gratuite). 4 tablettes (jusqu’à leur disparition). 2 avec une sélection en direction des adultes, 2 avec une sélection pour les enfants. Elles sont également en consultation sur place et libre d’accès. Nous n’avons pas de liseuse.

Concernant les acquisitions des ressources, dont il n’est pas rare d’entendre qu’elles sont compliquées pour les bibliothèques, pouvez-vous nous raconter comment cela se passe au Rize.

Chaque responsable de secteur (musique & cinéma, documentaires adultes, fiction bandes dessinées adultes, fonds local, jeunesse) s’occupe de la veille sur les applications concernant son domaine. La demande d’acquisition est transmise au responsable multimédia qui achète les applications. Elles sont ensuite testées. Tous les deux mois une sélection d’une vingtaine d’applications est faite pour une mise à la disposition du public. (Mise à disposition fictive depuis mi-décembre et le vol des tablettes, en attendant le rachat en cours). Certaines applications sont présentées plus particulièrement lors d’ateliers. Les applications « coup de cœur » font l’objet d’une présentation sur signet plastifié, intégré aux collections de livres. Si l’usager le souhaite il peut flasher le QR code qui le conduit au site marchand.
Les outils de veille sont principalement sur les sites Internet (la souris grise de Laure Deschamps, Idboox d’Elisabeth Sutton, Declickids de Nathalie Colombier, le regretté Applimini de Odile Leveugle, etc…), les flux Rss sont bien pratiques pour être tenu informé, de même que les newletters, etc. Le « bouche-à-oreilles » de Facebook, est également efficace entre collègues. Les quelques années de pratique permettent aussi de connaître quelques éditeurs importants à suivre (Audois et Alleuil, Tralalère, Cotcotcot apps….), avec une veille particulière sur la production des auteurs illustrateurs déjà reconnus pour leurs albums.
Pour l’année 2015 le budget des applications est de 445 € pour le réseau, dont 265 € pour la jeunesse, et pour la première fois cette année, sans répartition par site. Et l’équipe a la chance de bénéficier d’une personne en emploi d’avenir, en charge des médiations auprès du public en salle.

A combien se montent vos ressources numériques pour les enfants aujourd’hui (applications et eBooks) ?

Nous devons avoir actuellement autour de 180 applications et eBooks. Principalement des applications pour la petite enfance et tous genres confondus, documentaires, ludo-éducatives, histoires, jeux…
Lors de la mise à disposition d’une sélection bimensuelle j’essaie d’équilibrer l’offre pour chaque tranche d’âge, en documentaires, histoires et apprentissage ou ludo-éducatives.

Il y a quelques temps de cela, j’avais pointé du doigt certaines pratiques d’acquisition qui me paraissent indignes des bibliothèques (relire article du blog ici), et dont je crains qu’elles ne se perpétuent en l’absence de législation. Avez-vous votre avis sur cette question, vous-même mais aussi au Rize, parmi vos collègues, ou votre direction ?

Que voulons-nous ? Quelle société ? Souhaitons-nous être envahis par la publicité et ne plus avoir de choix ? A partir du moment où nous souhaitons des applications de qualité, avec de vrais créateurs, dans un environnement sécurisé pour nos enfants, il est indispensable que toutes les personnes de la chaîne de fabrication soient rémunérées. Par contre il est aussi vrai que le coût réel d’une application est vite hors des possibilités des budgets !
Pour une petite structure comme la médiathèque du Rize, les livres ne sont achetés qu’en un exemplaire, qui reste plusieurs années à disposition du public. Alors que les applications, pour deux tablettes dédiées jeunesse en salle, il n’y a qu’un seul achat et 2 lectures simultanées possibles. Et, au bout de deux mois, l’application est remplacée par une autre.
C’est à dire qu’une acquisition par structure me semble la moindre des choses, mais je ne suis pas prête à acheter 2 fois la même histoire pour une durée brève. Toute l’ambiguïté est là.

J’aimerais maintenant que nous abordions les deux ateliers que Marianne est venue animer dans votre bibliothèque. Le premier « Le Livre Papillon » et le second « Il suffit parfois d’un cygne » sont respectivement une application et un eBook enrichi. Leurs différences de formats ont-elles eu un impact dans le déroulé des ateliers ? En avez-vous senti les différences ?

Programme du Rize

L’application est directement visible sur la tablette contrairement à l’eBook qu’il faut aller chercher dans la bibliothèque de la tablette et demande une médiation supplémentaire. Sans doute très pratique en famille, moins en bibliothèque.
Est-ce une impression ? Je trouve l’eBook moins « stable » que l’application. Toutefois je n’ai noté aucune remarque, ni des enfants ni des adultes qui les accompagnaient concernant le support.

Pouvez-vous nous décrire rapidement comment se sont passés ces ateliers, et s’ils vous ont apporté un autre regard sur la lecture numérique ?

J’ai beaucoup apprécié ces ateliers, ils m’ont « décomplexée » pour les présentations futures. Je m’explique. Quand je présente un album aux enfants, je le mets en voix, je l’anime, tourne les pages plus ou moins vite, etc. Une histoire de LSQR est déjà animée, sonorisée, elle n’a pas besoin de moi ! Marianne m’a permis de voir ce que l’on peut faire très simplement, assise au milieu des enfants. Tout le monde profite de l’image de belle taille sur grand écran, et une fois qu’ils ont compris que les petits doigts sur la tablette c’est « chacun son tour », tout le monde est fin prêt pour la grande aventure. La préparation en amont est la même que pour un album « ordinaire ». Il faut bien connaître l’histoire et malgré cela les enfants découvrent toujours un détail qui m’avait échappé. D’où l’émerveillement. Les ouvertures ou rebondissements sont les mêmes, par exemple : Il suffit parfois d’un cygne nous a permis de découvrir les documentaires sur les oiseaux, et Marianne nous a appris l’origami d’un oiseau.

Et les enfants, comment ont-ils perçu cette rencontre ? Est-ce que certains d’entre eux, ou leurs parents, vous en ont reparlé depuis ?

Il y a surtout une demande pour recommencer ! Les enfants n’étaient pas pressés de repartir. Il suffit parfois d’un cygne est une histoire courte. La séance fut donc agrémentée de l’Ogresse, autre très belle histoire de LSQR, pour le bonheur de tous.

Avez-vous trouvé l’expérience positive, comptez-vous la prolonger et proposer régulièrement de pareilles rencontres avec les jeunes lecteurs ?

Oui oui, et je suis ravie car j’ai maintenant un programme tout fait pour mes lectures d’été !

Pour terminer, et partager avec les lecteurs (dans lesquels je ne doute pas qu’il y ait des bibliothécaires) pouvez-vous me citer trois livres numériques (hormis LSQR) que vous aimez particulièrement et nous expliquer pourquoi, comment ou grâce à qui vous les avez distingués.

Trois histoires, c’est difficile, je ne voudrais blesser personne, et je vais faire un choix spontané de ce qui me vient à l’esprit en premier, en évitant toutefois les noms déjà beaucoup cités.

C’est pas de l’eau, c’est des mots Marc Solal / Marie-Paule Prot - La dentellière. Découverte suite à une critique de La Souris grise. Une histoire courte, poétique, parfaitement ciselée.

Pierrot Pierrette / Nicolas Gouny - Audois Alleuil. Présenté par IDboox sur son site. En noir et blanc avec juste quelques pointes de rouge, une histoire de tendresse.

La grande fabrique de mots Agnès de Lestrade / Valérie Docampo - Mixtvision. Du livre éponyme édité chez Alice. Critique sur Declickids. Dans un pays où les mots s’achètent, comment dire son amour ? Avec là une forte dominante de rouge.

Voilà un choix qui trahit mes dernières recherches !
Il faut vous dire que la Cie Anda Jaleo est pour un an en résidence au Rize autour du thème de L’AMOUR et que je tisse des liens entre les présentations faites aux enfants et ce qui se passe ailleurs dans le bâtiment.

Vos trois choix sont excellents ! Si je ne connais pas C’est pas de l’eau, c’est des mots, je connais les deux autres avec un coup de cœur pour Pierrot Pierrette, et l’univers tellement remarquable de Nicolas Gouny. Merci encore Jacqueline, pour vos réponses et vos éclaircissements sur votre métier et votre rapport au numérique.

 
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